Venez découvrir votre âme slave à Sofia

Elle ne possède peut-être pas le charme immédiat de certaines capitales du monde, celui qui déclenche le coup de foudre, mais si vous vous laissez séduire par sa beauté cachée, alors vous ne pourrez que succomber. Elle correspond tout à fait à cette définition si subtile de la beauté, celle que l'on approche timidement et puis qui se dévoile petit à petit puisque vous avez choisi de lui accorder votre confiance. Vous ne regretterez rien d'un tel choix car quoi de plus beau qu'un prénom féminin pour une capitale ?

Le terminal 2 de l'aéroport, très élégant se devait d'être resplendissant pour son entrée pour son entrée dans l'Union Européenne le 1er janvier 2007.

À la hauteur de la tâche, il donne même encore un peu l'impression d'être amidonné dans sa tenue d'apparat, exhalant encore ses parfums de neuf.

Une fois encore, c'est la vie, la vraie qui vous tend les bras. Il faut monter dans un taxi, un vrai là aussi, afin de gagner le centre ville. Certains chauffeurs peu scrupuleux ont en effet détourné le logo officiel d'une des compagnies pour tenter d'escroquer le touriste peu averti. N'ayez crainte, il y aura toujours quelqu'un pour vous prévenir et vous expliquer. C'est peut être ce sens de l'hospitalité bien connu des Bulgares qui s'exprime le pied à peine posé sur le sol national.

Après tout, ils n'ont aucune envie que votre première impression en soit une mauvaise.

Quelle que soit l'époque de l'année, engouffrez-vous dans l'un de ces taxis jaunes, tels ceux de New York City et laissez le charme agir. Froid mordant, printemps clément ou chaleur déroutante vous accompagneront sur ce trajet que certains trouveront triste, froid, et inhospitalier, portant encore les stigmates d'un passé pas si lointain au fond.

Abandonnez donc ce regard étroit qui vous conduit à une conclusion trop hâtive et réductrice. Saisissez plutôt l'instant qui permet aux idées reçues de changer à tout jamais. Imaginez les visages derrière les fenêtres des immeubles vieillots et lézardés, ces maisons dont le charme dépasse la vétusté des lieux.

Je suis tombée amoureuse de cette impression dégagée par les pays situés à l'Est de l'Europe, il y a plus de 20 ans, à une époque où la construction de nos liens était bien moins encouragée sur la scène internationale qu'ils ne le sont maintenant, et où il fallait que nos histoires d'amitié soient faites d'un béton bien plus solide que celui du mur édifié pour séparer nos deux mondes pour résister.

Est-ce donc cela que l'on appelle le charme slave ? Bien difficile de le dire pour sûr, mais c'est incontestablement une des ses composantes. Plus de vingt années passées à approcher la vie des gens m'empêchent même de bien rendre en français le climat qui se dégage de tous ces foyers. Du russe au bulgare, le mot est quasiment identique pour rendre compte de toute la chaleur d'un foyer quand tout le reste fait parfois défaut à l'intérieur. C'est ce même sentiment qui m'habite chaque fois que je quitte l'aéroport pour le centre ville de Sofia, j'ai hâte de retrouver cette atmosphère et je m'y prépare en regardant ce paysage qui surprend toujours mon regard mais qui néanmoins réchauffe mon âme. Il m'emplit de tristesse chaque fois que j'en pars car je sais qu'il faut attendre une prochaine fois dont je ne connais pas toujours la date. J'espère que vous commencez vous aussi à avoir l'âme slave car nous sommes déjà arrivés au centre ville. Ne comptez pas trop sur moi pour vous parler des hôtels de Sofia qui déploient un luxe qui rivalise sans mal avec les plus grandes capitales européennes. Quelle que soit la forme d'hébergement que vous choisirez, c'est la rue qui vous révèlera son plus joli spectacle. Laissez-vous guider par cette envie de regarder les choses autrement. Un conseil néanmoins, mesdames, ne vous exercez pas à un sport citadin que vous ne maîtrisez pas. Quand vous voyagez à l'Est, rappelez-vous qu'il n'y a que les femmes russes pour marcher rapidement sur la glace avec des talons aiguille et que les femmes sofiotes pour déjouer les pièges des trottoirs disjoints.

Il ne s'agit pas là d'un itinéraire qu'il vous faut faire scrupuleusement dans cet ordre, mais plutôt d'un parcours d'observation, destiné à vous faire apprécier la slav'attitude et qui sait, vous laisser gagner par le charme envoûtant qu'elle dégage.

Théâtre Ivan VazovLes villes de l'Est comptent toutes de magnifiques espaces verts et Sofia ne déroge pas à la règle. Avant de vous précipiter en direction du célèbre Boulevard Vitocha et du parc qui abrite le très imposant Palais de la Culture, communément appelé NDK, encore empreint de la rigueur architecturale d'autrefois, dirigez-vous vers le Jardin Municipal où se trouve le Théâtre National Ivan Vazov. Toute l'âme slave y est concentrée, et je ne peux que vous conseiller de vous asseoir sur l'un de ces bancs de bois qui font face à la fontaine pour vous imprégner totalement de ce sentiment impalpable.

Joueurs d'echec dans un parc de SofiaÀ votre droite, vous ne pourrez manquer les joueurs d'échecs disputant des parties tout aussi sérieuses que passionnées. À votre gauche, il y aura sûrement, un jour ou l'autre, suivant les caprices de la météo, un joueur d'accordéon offrant un air un peu mélancolique à qui veut bien l'entendre. Ce spectacle de rue m'oblige à rendre hommage à Cyrille et Méthode, illustres inventeurs de l'alphabet cyrillique, auxquels je suis tant redevable d'avoir accompagné mes pas dans l'apprentissage de la langue russe, étendant à fortiori mon intérêt linguistiques aux autres langues slaves.

J'espère que vous saurez vous aussi, saisir ces instants précieux de communion avec l'âme slave afin de ne pas poursuivre plus longtemps votre chemin avec un œil ordinaire. Dans ce cas, levez-vous du banc de bois et longez le parc en vous dirigeant doucement vers l'Eglise russe Saint Nicolas.

Elle est sans conteste l'expression architecturale et religieuse de la Sainte Russie et vous ne pourrez demeurer insensible à sa beauté. Prenez le temps de monter doucement les quelques marches qui mènent à l'entrée, afin de mieux vous préparer à la spiritualité des lieux. Une fois en haut, poussez délicatement la porte et laissez-vous gagner par l'odeur de cire et d'encens qui embaume.

Accordez-lui le temps qu'elle mérite, qu'il s'agisse d'un temps de visite ou d'un temps de recueillement et de prière, ou peut être un mélange des deux qui porteront vos pas encore plus loin dans votre promenade.

N'allez pas trop vite cependant. L'Est a mis du temps à s'ouvrir, il faut donc que vous preniez le temps de le découvrir.

Derrière l'église russe de SofiaDerrière l'église, il y a un autre banc de bois au pied du célèbre buste d'Alexandre Pouchkine. La branche de bouleau dont les feuilles lui caressent délicatement la tête me font immanquablement penser au destin du poète. Un mélange d'Est et d'Ouest, porteur d'un sort lourd de conséquences pour cet homme dont la poésie a été murmurée sur toutes les lèvres du monde. Poursuivez donc votre chemin, non sans une pensée de nostalgie mais n'y succombez pas non plus, car Sofia est une capitale jeune et gaie qui entend bien le montrer. Après l'église, prenez l'artère qui monte sur votre gauche et traversez en direction de la Cathédrale Alexandre Nevski. En chemin, n'oubliez pas de vous arrêter devant les stands du marché aux puces, parfois édifiants de souvenirs d'un passé trouble.

Mais l'histoire est l'histoire et les hommes d'aujourd'hui ne peuvent se rendre responsables des décisions prises par une poignée d'hommes d'hier.

Mes yeux furent presque automatiquement attirés par les laques de Palekh, les bijoux d'ambre et les petites coupelles au pied d'argent destinées à recevoir les plus savoureux des caviars, sans oublier le plus fidèle compagnon de toutes les bonnes maisons et dans lequel vous aurez sans aucun doute reconnu le samovar.

Même si l'espace d'un instant mes pensées m'avaient entraînée en Russie, c'est en terre bulgare que j'avais posé les pieds et j'entendais bien ne pas confondre les deux. Tout autour d'Alexandre Nevski se trouvent également d'autres stands, ceux qui reçoivent les habiles travaux des femmes de Bulgarie, qu'il s'agisse de chemins de table au point de croix brodés dans des couleurs chatoyantes ou bien encore les napperons au crochet ou les tchorapi, ces grandes chaussettes de laine si souvent au motif de la rose, emblématique du pays. Je vous souhaite de rencontrer cette femme aux mains fatiguées mais toujours adroites, qui vous dira dans un français à faire pâlir mon bulgare, que par cinq fois, elle est allée à Paris avec son époux, et qu'à chaque fois, elle avait ramené de l'enseigne parisienne du Printemps, l'incomparable coton à broder DMC, indispensable à la réalisation de ces ouvrages. Une large place entoure Alexandre Nevski dont les dômes n'échapperont à personne. Elle est magnifique et en impose par sa grandeur. L'intérieur est à l'égal de ce que vous présentiez à l'extérieur, chef d'œuvre de la religion orthodoxe. Davantage de commentaires seraient superflus et vous jugerez vous-même de l'effet qu'elle provoque.

Revenez ensuite vers le centre en direction de la place Slaveïkov, célèbre petite place aux livres, rendue éternelle par la présence de la sculpture des deux frères du même nom qui assistent inlassablement, depuis leur banc de bronze au défilé de lecteurs avides de nouvelles trouvailles. Il se dégage de la présence de tant de titres sur une petite place, une atmosphère particulière.

J'ai toujours été impressionnée par le nombre de livres sur les étagères de toutes ces maisons de l'Est où qu'elles soient situées. À une époque où la liberté de pensée était formatée par des dictats politiques qui ne souffraient pas d'être critiqués, les livres constituaient un mode d'évasion d'une valeur inestimable. On peut parfois n'être libre ni de ses mouvements ni de ses actes, mais on peut néanmoins demeurer libres dans sa tête, afin que celle ci vous offre la force et la résistance nécessaires pour accéder à une forme d'évasion.

Si comme moi, vous aimez ce qui n'est trouvable qu'en terre slave, vous ferez de Sofia une halte privilégiée où vous aimerez vous perdre chaque fois un peu plus afin de percer le mystère de la seule capitale à porter le nom d'une femme, mais également d'une sainte dont vous visiterez certainement l'église au cours de l'une de vos promenades. Je pourrais continuer ainsi très longtemps et vous parler des halles ou du pont des lions, mais je crois qu'il est temps pour vous de vous aventurer seul afin d'apprécier à sa juste mesure ce pouvoir un peu magique exercé par Sofia.

Catherine Minard

Mis à jour