Plovdiv : Belle de Bulgarie

Je souhaiterais dédier les lignes qui vont suivre à mes amis Matilda et Krasimir, grâce à qui j'ai pu non seulement découvrir la ville de Plovdiv, mais également partager un moment de vie que l'on garde jalousement au fond de la boîte à souvenirs précieux. Je pourrais être très banale et commencer par vous dire que Plovdiv est la seconde ville du pays, à quelques 150 km de Sofia, mais susciterais-je chez vous une véritable envie d'en savoir plus ?

Imaginez plutôt un harmonieux mélange d'héritage thrace, de vestiges romains et de demeures « Éveil National », toutes plus jolies les unes que les autres et qui confère à la ville un charme irrésistible. Laissez-vous donc conduire et séduire par les ruelles pavées et étroites qui sillonnent les trois collines sur lesquelles la vieille ville fut bâtie, puis relevez la tête et admirez les maisons à l'architecture caractéristique et enfin écoutez le bruit des marteaux des ouvriers qui s'affairent à redonner une nouvelle jeunesse à certaines de ces demeures, toutes classées au patrimoine mondial de l'Unesco. Si tous vos sens sont en émoi, alors je vous invite à poursuivre cette promenade que vous ne manquerez pas de vouloir continuer seul.

Rivière de Plovdiv
La Maritsa...

Mais, commençons d'abord par un symbole. Chacun d'entre nous se souviendra certainement d'un nom indissociable de la ville de Plovdiv, celui de la rivière qui la traverse : la Maritsa. Petite fille, sans aucune notion de géographie très précise à l'époque, j'ai prononcé ce mot clé de la chanson de Sylvie Vartan sans savoir un jour que je la verrai de mes yeux. Je l'imaginais sans doute autrement qu'en ce jour d'été, affaiblie par une sécheresse exceptionnelle, ne pouvant plus dès lors être impressionnée que par le nom célèbre de la rivière tant son débit était réduit.

Quel bonheur par contre que de replonger l'espace d'un instant dans un souvenir de mélodie d'enfance rien qu'en la regardant.

Plovdiv est sans conteste une ville qui incite à la rêverie à plus d'un titre, et je comprends sans mal qu'Alphonse de Lamartine ait choisi d'y séjourner au retour de son voyage en Orient, qui d'ailleurs deviendra le titre d'un de ses ouvrages. Seule, je n'aurais eu vraisemblablement que peu de chance d'entrer dans la résidence du poète. La lourde porte de bois qui en protège l'entrée ne s'ouvre aux visiteurs qu'en de rares occasions, car elle est maintenant devenue le siège de l'Union des Ecrivains Bulgares. C'est pour cette même raison que nous ne fûmes pas autorisées à monter à l'étage où subsistent quelques effets personnels du poète, cependant, bien difficile de se plaindre lorsque tout laisse à croire que la maison est fermée et que la porte s'en ouvre exceptionnellement. Il se dégage dès le jardin une atmosphère très Lamartinienne.

Roses

Mes yeux furent attirés par l'abondance de roses en fleurs qui retombaient lourdement sur le balcon de bois. Elles me donnaient l'impression d'un vibrant hommage d'alliance franco-bulgare, petite rose de Damas au parfum si délicat, symbole de la Bulgarie, déposant ses fleurs en cascade sur le balcon du poète français. J'espère ne pas être la seule à y voir un quelconque signe de reconnaissance mutuelle.

Mais précisons les circonstances de la venue de Lamartine à Plovdiv. Nous sommes alors en 1832 et le poète et académicien vient d'échouer à la députation. Il décide donc d'effectuer un périple en Orient, satisfaisant ainsi un désir de longue date. Malheureusement, cette soif de découverte orientale est endeuillée par la perte de sa fille unique Julie, qui n'a que onze ans. Il parcourt alors frénétiquement la Palestine, la Syrie et le Liban et songe au retour pour occuper de nouvelles fonctions politiques. Il s'arrêtera à Plovdiv afin d'honorer l'invitation d'un jeune Grec et ne se lassera pas de décrire cette cité de 30 000 âmes... qui s'appelait encore Philippopolis. Il ne manquera pas de parler de la gentillesse et de l'hospitalité que lui ont réservée les Bulgares, ainsi que de leur exceptionnelle capacité d'endurance et de résistance face à l'occupant ottoman.

Calqués sur ce modèle, on trouve ces riches marchands, qui sous l'occupation sont allés faire prospérer leur négoce sous d'autres latitudes tout en participant à l'édification de somptueuses maisons, demeurant aujourd'hui comme autant de figures emblématiques de cette ville. Parmi ces maisons de négociants fortunés, l'une des plus singulières et des plus édifiantes est sans doute la Maison Hindlyan, un riche marchand d'origine arménienne. C'est un ensemble architectural très réussi, habillé de bleu pâle et blanc. Construit en 1834-1835, l'édifice est la représentation d'une maison de type symétrique de Plovdiv au XIXe siècle. Sa riche décoration intérieure et son hammam doté du luxe pour l'époque de l'eau chaude et de l'eau froide courante en font un exemple significatif de l'étendue de la fortune de certains de ces marchands. Vos conclusions seront identiques si vous visitez la Maison Balabanov ainsi que celles qui n'ont pas été nécessairement transformées en musée.

Ancienne maison
Maison Argir Kuyumcuoğlu

N'oubliez pas de faire une halte au musée ethnographique, qui est, dit-on, la plus belle représentation de ce que l'on appelle également le « baroque bulgare ». Ces guirlandes de fleurs sur fond bleu sont magnifiques et l'intérieur vous réserve toutes les explications utiles à la compréhension de la vie des gens autrefois. Ne croyez pas que tout se concentre uniquement sur la vieille ville, chacun découvrira un itinéraire qui lui conviendra de la ville basse à la vieille ville. Redescendons doucement vers le centre ville en empruntant la rue Saborna.

Rien de semblable à ce que nous venons de visiter, mais une ambiance teintée de présent et de passé. Si les maisons-musées offrent des objets méticuleusement entretenus et rangés pour la postérité, ceux des antiquaires de la rue s'exposent dans un joyeux désordre, invitant l'acheteur potentiel à leur redonner la place qu'ils méritent.

Des coffres de bois peint destinés au trousseau des jeunes filles, en passant par les dentelles et les pièces de lin tissé aux couleurs chatoyantes, nul doute que vous ne repartirez pas les mains vides de votre escapade. Elles se succèdent pour vous entraîner de passé à présent en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire. Ce n'est peut-être pas un paradis pour antiquaires mais c'est sans conteste un royaume de l'artisanat. Traversez pour admirer la petite pharmacie appelée Pharmacie Hippocrate. De mémoire de Bulgare, elle n'est que très rarement ouverte, n'offrant son visage de belle pharmacie d'autrefois qu'au travers de ses vitres de verre soufflé.

A Plovdiv, il vous sera utile d'oublier le temps, il vous reste tant à faire dont je n'ai encore parlé. Je me suis émerveillée devant le grand nombre de galeries d'art, mais il y a également les églises dont vous ne manquerez pas d'admirer les iconostases de bois sculpté, le petit musée des icônes et tant d'autres choses qui mériteront votre détour.

Profitez sans modération du jardin du Tsar Siméon, cet immense jardin public aux arbres centenaires et prenez le temps de saisir la vie des gens : les mamies gardant les petits enfants, les gens qui prennent le temps de discuter à l'ombre protectrice des grands arbres. C'est un spectacle simple, sans prétention mais un tel témoignage de vie quotidienne qui s'exprime.

J'ai envie de vous faire quitter Plovdiv sur cette image. Bien sûr, il y a son centre ville et son activité commerciale qui rivalise avec les grandes villes d'Europe, mais je voudrais tant que vous sachiez que c'est en saisissant la vie des gens que l'on apprend à aimer un pays.

Plovdiv régalera vos cinq sens et vous n'attendrez que d'y retourner !

Catherine Minard

Crédit photos : Catherine Minard, Nikolaï Popov

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