La Bulgarie ! Comment ? Pourquoi ?

La musique d'abord m'y a conduite. La rencontre d'un pianiste bulgare...l'ouverture sur un pays que j'ignorais...flash immédiat de séduction et intérêt. Peut être une graine enfouie il y a de nombreuses années, par la lecture du Don paisible de Mikhaïl Cholokhov (3 volumes) y a t-elle aussi contribué ? J'avais ressenti très fort le caractère slave de l'œuvre, et l'alphabet cyrillique éveillait ma curiosité.

La Bulgarie a été le point de départ de cette écriture créée par les frères Saints Cyrille et Méthode. C'est aussi un pays où la musique est vénérée, pratiquée, entretenue, par goût bien sûr, mais aussi en mémoire de la grandeur passée d'un Empire bulgare étouffé par cinq siècles d'occupation ottomane.

Les très nombreux Conservatoires de Musique aujourd'hui en sont-ils les témoins ?

Armoiries de Plovdiv
Древен и Вечен Antique et éternelle

Enfin, depuis mon adhésion à l'Association Bulgaria-France, mon attirance pour ce pays prenait des contours plus précis jusqu'au jour où Lidia, une amie professeur de bulgare à l'Université de Strasbourg, m'a proposé de passer un mois à Plovdiv, sa ville natale, et d'y suivre les cours de bulgare pour étrangers, à l'Université Паисий Хилендарски [Païsii Hilendarski] en habitant chez une de ses amies du Rectorat. Les dimanches, son frère ou Areksi, son amie d'enfance, guide de l'Office de Tourisme, m'emmènerait visiter des lieux chargés d'histoire dans la région.

Mai fut le mois choisi, afin d'y vivre la fête de l'Alphabet slave et le printemps.

Départ pour la Bulgarie

Mon séjour débuta à Pleven chez une amie. Le trajet en car, depuis Sofia était un premier aperçu de la Bulgarie entre sud et nord par le massif Stara Planina (Balkan). Temps superbe. Le nez collé à la vitre, j'admirais sous le soleil, le côté agricole, la couleur de la terre fertile exploitée sur de grandes surfaces, et les jardins des petites maisons entourées toutes, de quelques ceps de vignes. Puis, la montagne peu habitée, couverte d'arbres magnifiques. La halte au col Beklemeto, à côté de l'hôtel Via Trayana...un rêve ! Beauté du paysage, air frais, léger...j'y serais bien restée six mois ou plus. Mais ce n'était pas toute la Bulgarie.

Des trois jours passés à Pleven, je retenais surtout l'histoire douloureuse et sanglante des retrouvailles de la Bulgarie avec elle-même à la fin du XIXe siècle. C'est en marchant beaucoup dans la ville : musées, églises, parc du Général Ckobelev, que je m'écartais peu à peu de l'aspect insouciant d'une population déambulant sans grande hâte, dans la lumière d'un printemps ensoleillé, pour remonter vers les années 1876 - 77. Combats violents dont Pleven a été le théâtre et qui ont marqué la fin de l'occupation ottomane. D'où les multiples statues, rappelant tant de sacrifices et d'héroïsme.

Je laissais Pleven pour reprendre le car, franchir encore une fois le Stara Planina (Balkan) avec arrêt au col de Shipka, toujours accompagnée du même soleil qui efface les souvenirs de guerre. Je profitais de la 1/2 heure de halte pour prendre en photo ce site historique où les Russes ont affronté l'armée ottomane en décembre 1877, et auraient été anéantis sans l'arrivée massive de Bulgares déchainés, venus leur prêter main forte jusqu'à la défaite des Turcs.

Pancarte Pod Naem
Panneau "POD NAEM" (à louer)
sur un immeuble à peine ébauché !

À Plovdiv où m'attendait Stefka, commençait le séjour long, culturel, d'adaptation à une grande ville, la deuxième après Sofia, une des plus vieilles ville d'Europe, peut être la plus ancienne. En 24 heures, Stefka m'a initiée au quartier, avec les boutiques où m'approvisionner, les lignes de bus, surtout les 2 conduisant à mon Université, la Poste Centrale et le trajet vers le Vieux Plovdiv situé sur une des six collines de la ville.

Que me reste t-il en mémoire et dans le cœur de tout ce que j'ai vécu au cours du mois de mai ?

La rue...ma rue assez tranquille, avec ce bistrot typique sous les platanes. Des hommes surtout s'y rencontraient pour bavarder. Quelques femmes aussi. Je retrouvais la même ambiance détendue dans les vastes jardins publics, offrant partout des bancs pour se reposer à l'ombre des grands arbres. Les poussettes me semblaient plus adaptées aux petits qu'en France.

De couleurs vives, leurs jeux permettaient toutes sortes de manipulations ludiques pendant la promenade. Le parc, c'était la nature, le repos, le jeu, la lecture, les rencontres et la détente.

Et quel bruit, sitôt arrivée sur les grands boulevards ! Les signaux ne sont pas simplement tricolores comme dans le monde entier, mais s'y rajoute un affichage qui décompte le temps qu'il reste en secondes avant de pouvoir passer, pour le piéton ou démarrer pour l'automobiliste. Toutes sortes de véhicules, dont les belles voitures neuves, souvent noires, aux vitres teintées, appartenant à une classe aisée qui tient à se démarquer des citoyens bulgares salariés et imposables. Les Bulgares apprécient les rues piétonnes, non pas des ruelles étroites, sans trottoirs, non, Plovdiv, comme Pleven laisse aux piétons de larges avenues commerçantes, bordées d'arbres, agrémentées de bancs. Très agréable.

Le 9 mai, fête de l'Europe a été magnifiquement célébrée au cours d'une longue matinée. Introduite par une fanfare militaire, elle s'est poursuivie sur un podium dressé pour l'occasion, où se sont produits des groupes folkloriques de toutes les régions de Bulgarie.

Danse horo
Jour de la fête de l'Europe

Costumes extraordinaires de beauté (bravo au savoir faire des couturières), rythmes enjoués et musique traditionnelle...que de jolies photos prises ce matin-là ! Et peu à peu, les rues de Plovdiv me devenaient familières, les quartiers, les marchés, la Poste Centrale, vaste bâtiment où la fraicheur me reposait du soleil trop chaud. Je m'y étais trouvé une amie vendeuse de cartes postales et gadgets comme il y en avait quelques-unes dans le vaste hall. Elle était contente de ma nationalité française et désirait retrouver un peu du vocabulaire appris à l'école. Nous échangions des phrases courtes français-bulgare.

Le Vieux Plovdiv était assez éloigné du domicile de Stefka, mais j'y suis allée plusieurs fois bien sûr, c'est le quartier historique par excellence. J'en connaissais tous les accès : montée lente par les rues, ou plus courte et sportive par l'arrière, à partir du marché proche de la Cathédrale St Louis. On accédait ainsi directement au Conservatoire de Musique, au Théâtre Antique romain, et à la vue superbe dominant la ville.

Mais la plus grande partie de mes journées était consacrée à l'étude de la langue bulgare et je passais la moitié de la journée à l'Université Паисий Хилендарски [Païsii Hilendarski] (moine, auteur de L'Histoire slavo-bulgare 1762). J'y étais reçue comme une invitée, je pouvais assister aux deux niveaux des cours avant de choisir le mien, et sinon, libre à moi de circuler partout dans le très vaste bâtiment et de faire connaissance avec les sujets enseignés autant que les commodités offertes. En France, j'aurais été considérée comme auditeur libre. A Plovdiv, j'étais un cas un peu à part, inhabituel. L'université est vite devenue comme ma deuxième maison. Il y avait les cours, et puis les découvertes. Cinq étages de longs couloirs bordés de salles, sans compter les vastes paliers agrémentés de banquettes confortables. Le niveau 1 fut mon choix, car les étudiants grecs et turcs le suivaient déjà depuis cinq mois et étaient bien avancés. On s'y exprimait en bulgare et, si quelque difficulté de compréhension intervenait, l'anglais venait au secours de tous. Tant mieux ! L'anglais ne présentait aucune difficulté pour moi. La connaissance de cette langue était, pour mon entourage, une invitation à la conversation. Je le découvris en allant frapper à la porte de la Bibliothèque Américaine au 5ème étage : hâvre de paix, garni de riches collections d'ouvrages américains, anglais, et de tous les usuels français que l'on trouve dans nos Bibliothèques Municipales. La bibliothécaire était d'autant plus accueillante que nous pouvions parler anglais.

Et puis, il y avait l'étage Musique. Le son d'un piano m'appelait quelque part vers le haut, jusqu'à la porte de Roumiana.

Toc ! Toc !

Lors d'une pause, je fus accueillie avec gentillesse et simplicité. Nous étions l'une et l'autre Baba (grand'mère), cela nous faisait rire et je vivais là une relation amicale autour du piano. Roumiana me donnait des conseils et je pouvais travailler, à volonté, sur un des deux pianos mis à la disposition des étudiants. Le soir, nous nous retrouvions avec Stefka chez elle, entre 19 et 20h00. Quelques soirées TV ou anglais (car au Rectorat, elle avait la possibilité de suivre des cours d'anglais), mais plus souvent, soirées concerts où nous allions ensemble ou moi toute seule. Je voulais profiter au maximum de la musique en Bulgarie, et en cette fin d'année scolaire, il y avait des auditions en plus des concerts. Ils avaient lieu soit au Conservatoire à côté du Théâtre Antique dans le vieux Plovdiv, soit dans une salle de concert près de la Poste, dans un bâtiment carré, sans pittoresque datant de la période communiste, mais très central et facile d'accès : auditions de piano ou chant choral ou concerts d'autres instruments comme le marimba, sorte de xylophone amélioré. Je me trouvais là, mêlée aux amoureux de la musique, tous habitants de Plovdiv.

La fin du mois de mai annonçait les élections du 7 juin 2009 pour le nouveau Parlement de l'Union Européenne, et j'ai eu la chance de vivre les préparatifs de cette grande journée et de photographier un montage géant destiné à éveiller la conscience des citoyens à l'intérêt de ce vote.

image
Колко етикета са нужни за един продукт?

Deux gigantesques poulets identiques, emballés sous plastique. L'un d'eux recouvert de cinq étiquettes, preuve de l'origine, information, qualité etc. et en dessous :

De combien d’étiquettes faut-il marquer un produit ?

Donnez votre avis en votant le 7 juin...

Originale publicité pour encourager au vote. Quelle finesse, quel humour !

Et quel plaisir en lisant sans effort, d'avoir l'impression que j'étais comme n'importe quel habitant de cette ville. Grâce à Lidia, mon séjour gardait sa tournure vivre avec les Bulgares, et son frère, Roumen, nous emmena Stefka et moi, tout un dimanche avec sa femme et un de leurs fils pour une journée tourisme, histoire et traditions.

Hisarya

image
Средна гора

Première étape à Hisarya, ville d'eau où se mêlent sources thermales et ruines romaines. Déjà fréquentée au temps des Thraces, c'est aujourd'hui comme un grand parc.

On y vient pour ses eaux aux diverses vertus thérapeutiques, et prendre une photo de la porte monumentale « les Chameaux » construite au temps des Romains par des maçons thraces.

Kalofer

Deuxième étape : Kalofer, ville du héros national et poète révolutionnaire Hristo Botev. Sur fond de collines et montagnes couvertes de forêts, un gigantesque monument à sa gloire, auquel on accède par un vaste escalier...Impressionnant.

escalier
Monument à la gloire de Hristo Botev

Moment de recueillement en visitant son Musée, sa maison natale et d'autres grandes maisons entretenues avec soin.

Puis accueil sur place dans la famille de Lidia, qui nous invitait pour le verre de l'amitié dans leur maison entourée d'un joli jardin avec sa pergola viticole. La terre bulgare regorge de vignes. D'autres amis de la famille se sont joints à nous et je ne saisissais pas bien le sens de la conversation...Il faudra beaucoup étudier.

Et nous reprenons la route, car Roumen veut terminer la journée au Monastère de Kalofer. Combien de kilomètres ? Huit ou dix sur une mauvaise route, la suspension de la Toyota est robuste et semble accoutumée. On a une bonne impression de l'éloignement d'un monastère, difficile d'accès. Mais une fois sur place, l'air sent bon, la proximité de la ferme, les vaches en liberté, tranquilles, le va et vient des citadins, jeunes ou plus âgés, ou en famille. Il y a l'église avec ses icônes, le choix de tous formats des bougies à l'entrée, puis le moment que l'on passe à prier devant l'un ou autre Saint invoqué.

Ici et à Plovdiv, je me suis souvent attardée dans les églises, orthodoxes pour la plupart mais aussi une ou deux catholiques. Tout est ouvert dans la journée, et j'ai aussi été invitée à entrer dans une Mosquée par l'imam qui était dans son jardin, avec ses rosiers, alors que je passai par là.

La prière est vécue par les Bulgares que j'ai rencontrés, elle fait partie de leur vie, et c'est encore l'Histoire que je touche, le christianisme est resté vivant depuis ses origines, malgré l'occupation de l'Empire ottoman musulman qui a duré près de 500 ans. Aujourd'hui la Bulgarie tient à être un exemple de tolérance. Les communautés musulmane et juives minoritaires y sont libres, la démocratie est laïque.

Dans la forêt entourant le monastère de Kalofer, un chemin menait à la rivière Blanche (Бяла река) le long de laquelle nous aurions pu randonner toute la journée. Mais le soir venant, il fallait rentrer à Plovdiv en vue de la reprise du travail le lendemain. Et le dimanche suivant, c'est Areksi, l'amie d'enfance de Lidia et guide de l'Office de Tourisme, qui est venue nous chercher Stefka et moi, pour circuler dans les alentours historiques, traverser la plaine thrace d'où ont été exhumés des trésors d'orfèvrerie conservés dans les musées, témoins d'une civilisation préhistorique qui n'a malheureusement pas laissé d'écrits. Nous avons longé de grandes plantations de rosiers, sans nous arrêter car les roses commençaient à peine à bourgeonner. Nous avons traversé Assenovgrad au pied des Rhodopes, puis nous sommes arrêtées dans un monastère, le Света Недела (Sveta Nedeliya), vaste domaine dans lequel un bâtiment est une hostellerie. Le Pope, à l'entrée de l'église, parlait anglais. Le but principal de la journée était Бачково (Batchkovo), le plus célèbre monastère après celui de Rila.

En Bulgarie, le dimanche, il est fréquent d'aller dans un monastère. C'est un but de promenade qui permet de se recueillir, s'aérer, rendre visite à l'Histoire (l'éveil national s'est organisé dans les monastères, loin des villes). Le parking encombré montrait combien Бачково (Batchkovo) était recherché. Et tout le long de l'allée menant à l'entrée principale du monastère, c'était une succession d'étals de produits du pays, d'où se dégageait des parfums épicés.

Dernière soirée à Plovdiv

Apothéose avec le spectacle folklorique de la meilleure troupe de Bulgarie, au Théâtre Antique, offert par la Ville et par le sponsor Melina Ltd. Ce fut un bouquet de couleurs vives, de rythmes enjoués. Quelques danses traditionnelles dans le style de celles du 9 mai, mais aussi des danses à thèmes relatant une légende, ou illustrant le courage des voïvodes. Celui qui tombe pour la liberté ne meurt jamais a écrit Hristo Botev à leur propos. Une très jolie danse vantait un mariage au village avec humour et gaieté.

À la fin, une pluie de pétales de roses et la voix solennelle du présentateur :

Ceci était LA BULGARIE !!

fut immédiatement suivie d'un hymne patriotique entonné par la foule debout, fière et reconnaissante. Heureusement Areksi avait pensé à son appareil de photo, clic ! clac ! Puis nous redescendions toutes les trois vers le centre ville.

Le lendemain matin, au revoir Stefka ! Merci de m'avoir hébergée pendant plus de trois semaines et de m'avoir présentée à tes amicales collègues du Rectorat. De vous tous, qui viendra me voir à Belle Île pour respirer le vent de l'Atlantique ?

Anne Cirier

Crédit photos : Anne Cirier.

Mis à jour