Monastère bulgare de Zographe (Zographou-Zografou) sur le Mont Athos

Mont Athos est le nom de la plus orientale des presqu'îles de la péninsule chalcidique (près de Thessalonique en Grèce). Elle a près de 60 km de long, 8 à 12 km de large et une superficie d'environ 360 km2. C'est là qu'a survécu jusqu'à aujourd'hui un grand centre monastique.

Les premiers centres de vie monastique furent situés en Égypte, en Syrie et en Asie-Mineure, puis en Palestine et à Constantinople. Il n'en reste que quelques monastères abritant très peu de moines ou des ruines de bâtiments qui témoignent de leur splendeur passée.

Le Mont Athos est un endroit propice à la vie spirituelle et à la méditation par son isolément, ce qui suscita une grande affluence de moines et le fit connaître comme la « Montagne Sainte » depuis l'époque byzantine moyenne. Ce nom fut officialisé par une chrysobulle (nom donné à un acte officiel ou une loi de grande importance. Ce nom signifie bulle d'or et fait référence au sceau en or de l'empereur byzantin - édit scellé d'une bulle d'or de l'empereur Constantin Monomarque au milieu du XIe siècle).

Vers la fin du même siècle, une chrysobulle d'Alexis Ier Comnène, y interdit entre autres, l'entrée de tout être vivant de sexe féminin. À partir de cette époque, la Montagne Sainte entre officiellement dans l'histoire comme centre monastique dont l'autonomie fut préservée même après la prise de Constantinople en 1453 par les Turcs.

Monastère Zographe

Vingt monastères y restent actuellement en activité, dont le monastère bulgare de Saint-Georges-le Zographe. D'après la tradition, il fut fondé au Xe siècle par trois Bulgares d'Ohrid : Moïse, Aron et Jean, frères du roi Samouïl (997-1014). Selon la légende, ils ne furent pas d'accord sur le nom du monastère et décidèrent de s'en remettre à la volonté divine. Ils enfermèrent dans l'église une plaque de bois et prièrent pour que le miracle ait lieu.

Lorsqu'ils vinrent constater le résultat, ils trouvèrent peinte sur le bois l'image de Saint Georges auquel ils consacrèrent alors le monastère sous le nom de Saint Georges Zographos, c'est-à-dire le peintre. L'histoire ultérieure du monastère nous échappe parce que beaucoup d'archives ont été brûlées.

Au Moyen Âge, le monastère de Zographe fut un centre religieux et littéraire significatif. Il fut favorisé par de larges donations des rois bulgares. Cet épanouissement fut interrompu le 10 octobre 1276 par un pillage de pirates catalans. Les assaillants détruirent la tour bâtie par le roi Ivan II Asen (1218-1241) et les 22 moines qui y étaient restés pour défendre le monastère furent brûlés vifs. Un monument érigé dans la cour du monastère en 1873 rappelle ce martyre. C'est à Zographe que vint vivre en 1745 le moine Païsi, un grand patriote et humaniste bulgare. Il écrivit en 1762 sa remarquable « Histoire slavo - bulgare » poussé par la volonté de réveiller la conscience de ses compatriotes et de les encourager à lutter pour leur libération spirituelle et politique.

L'église actuelle du monastère date de 1801, tandis que ses peintures murales sont de 1817. Parmi ses objets précieux on peut citer deux grandes icônes portables de Saint Georges dans la nef. L'une est considérée comme non faite de main d'homme. Elle date de l'époque des premiers fondateurs du monastère. La légende raconte qu'un évêque incrédule, ayant posé son doigt dessus, le vit rester collé sur l'icône (sur laquelle on voit une phalange collée encore aujourd'hui).

Icône

La seconde icône date de 1822 et porte un riche revêtement d'argent.

Le monastère possède deux autres icônes vénérées de la Vierge : Akathistos et Epakonoussa. Au sujet de la première, on dit qu'un vieux moine lisait sans cesse devant elle l'hymne Akathisos, si bien que la Vierge prévint les moines avec cet hymne de l'arrivée des pirates et permit à ceux qui le voulaient de s'échapper.

Quant à l'autre icône, la tradition rapporte que le moine Cosmas (fin XIIIe - début XIVe siècle) s'interrogeait devant elle sur la meilleure conduite à tenir pour sauver son âme lorsqu'une voix lui conseilla de sortir du monastère et de pratiquer l'ascèse solitaire. Les ermitages couvrirent progressivement les pentes de la montagne environnante et hébergèrent la majorité du millier de moines que compta le monastère à son apogée.

La bibliothèque du monastère garde de nombreux manuscrits anciens parmi lesquels se trouve l'original de l'« Histoire slavo - bulgare » de Païsi.

Dimitrina Aslanian

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