Vassil Levski, l'apôtre de la liberté

La Bulgarie est restée sous la domination ottomane (le joug turc) pendant presque cinq siècles, de 1396 à 1878.

De nombreux soulèvements eurent lieu, tous réprimés dans la violence. Plusieurs mouvements de révolution prirent naissance et échouèrent. Le "Comité central révolutionnaire bulgare" fait son apparition à l'initiative de Ljuben Karavelov et de Vassil Levski, lequel par ses actions marque le tournant décisif vers la lutte de libération.

Le héros Vassil Levski

Vassil Levski
En uniforme de la 1ère légion bulgare,
photographié par Carol Popp de Szathmáry
en 1868 à Bucarest, Roumanie.

Vassil Ivanov Kountchev, surnommé "levski" (qui signifie lion) pour son courage et sa force fut l'organisateur et fondateur d'un mouvement révolutionnaire à échelle nationale.

Il est né le 18 juillet 1837 (06 juillet d'après l'ancien calendrier) à Karlovo en Bulgarie.

À 14 ans il est ordonné diacre au monastère de Sopot, sous le nom religieux d'Ignatius.

En 1862 il part pour Belgrade s'enrôler dans la première Légion armée bulgare fondée par Georgi Sava Rakovski, puis il revient en Bulgarie et met en place avec détermination une structure en fondant des comités clandestins révolutionnaires départementaux, en renforçant la police secrète, en mettant en place la formation de chefs militaires, en récoltant des fonds destinés à l'armement et il réussit ainsi à réunir des milliers de combattants appartenant à toutes les couches sociales.

Dit l'Apôtre de la révolution, l'Apôtre de la liberté, Vassil Levski avait pour devise :

Une fois liberés, créer une sainte et pure Republique où chacun pourra y vivre librement, indépendamment de son origine, de sa religion, de ses convictions.

Le poète-révolutionnaire bulgare Christo Botev l'appelle "Vassil le diacre" et le décrit comme un personnage ayant un caractère inouï, toujours joyeux et aimant la danse et le chant.

Que désirer encore après avoir vu ma Patrie libre !

Ces mots de Vassil Levski révèlent son abnégation et sa sincérité.

Trahi, il fut jugé par un tribunal ottoman, condamné à mort et pendu à Sofia le 19 février 1873.

Commémorations

Chaque année est fêté à Karlovo l'anniversaire de sa naissance et de sa mort et se déroule dans plusieurs villes de Bulgarie une cérémonie en commémoration de la pendaison de Vassil Levski qui eut lieu le 19 février 1873.

Ci-dessous l'allocution prononcée auprès du monument consacré à Vassil Levski à Sofia le 19 février 2003 par le Professeur Boyan Bioltchev, docteur ès lettres, recteur de l'Université Kliment d'Okhrid.

Chers compatriotes !

C'est avec douleur et une extrême affliction qu'aujourd'hui, le 19 février, nous vous retrouvons en ce lieu où, il y a cent trente ans, est survenue la mort de Vassil Levski, jour devenu une des plus sombres commémorations de la Bulgarie. Et l'on ressent à quel point est pénible et responsable toute formule le concernant. «Apostol» (L'Apôtre) est depuis longtemps l'objet d'éffusions oratoires, tant de choses ont été dites à son propos, tant de phrases pathétiques, lestes et superficiellement passionnées résonnent depuis les années de notre libération nationale. Et c'est compréhensible, il est l'autel du bon moral populaire, le critère de notre imperfection humaine, mais également le symbole des instants, aussi brefs soient-ils, de notre portée historique.

C'est dans son ombre que cherchent leur stature les nabots, trouvent leur humilité et leur contrition les honnêtes gens ordinaires, tandis que les plus ingénieux voient en lui leur sommet hors de portée. Or, Levski est resté dans l'au-delà, dans ce temps qui lui est propre et qu'aujourd'hui nous pouvons dénommer inaccessibilité de notre idéal national bulgare. Diakon (Le diacre) connaît fort bien les paroles évangeliques de Jésus : Ce ne sont pas les bien-portants, mais les malades qui ont besoin de medecin !

L'Apôtre, en outre, sait autre chose : la maladie dont souffre le Bulgare réside dans sa finaude obédience, son maudit instinct de survie à tout prix, sa basse passion de s'agencer rapidement et pour longtemps. Et il se sacrifie pour guérir cette maladie. Il est celui qui pousse, en s'astreignant , l'esclave cinq fois séculaire, vers la dignité humaine. Il est celui qui nous dévoile que la vie, la vraie, à éprouver une satiété bestiale ; il est celui qui nous suggère, majestueusement et effroyablement, que les intérêts de la personnalité mènent à la dépravation quand ils deviennent un but en soi, quand est brisé le lien avec les intérêts et le destin du peuple. Mais, en même temps, Levski est ce bulgare qui a su déceler les grandes vérités pour la société et l'homme, avant même qu'elles ne se soient transformées, pour nous, en slogans de la civilisation européenne. Dans tout ce qui nous arrive et nous dépasse aujourd'hui, nous percevons autant la parole initiale que le regard désapprobateur de l'Apôtre.

Saluons donc en lui le citoyen de l'Europe et du monde, lors même où l'Europe et le monde, imbriqués dans des luttes et des inimitiés, n'osaient présumer que timidement la crédibilite d'une telle citoyenneté. Entre nous et l'Apôtre se trouve le XXe siècle - le plus performant sur le plan technique et le plus sanglant quant à l'histoire de l'humanité. Pourvu qu'en ce nouveau siècle - tous ensemble et loin de nos égoismes suicidaires, de nos verbigerations et de nos étroitesses d'esprit et de vue - nous puissions aboutir à une, au moins une chose - le comprendre tant soit peu. Ressentir jusqu'au fond du cœur que, depuis fort longtemps déjà, il porte notre croix bulgare et qu'il est grand temps, pour nous, de la porter sur nos propres épaules. Nous avons réduit la recherche de son délateur concret et de sa tombe physique en un sport national. Alors qu'en somme, nous tous, au détail et dans le quotidien, nous continuons à trahir jusqu'à ce jour l'oeuvre de Vassil Levski, en écartant la pensée de le voir enseveli, uniquement et à jamais, au fond de nous-memes, en notre âme et conscience. Ici et maintenant, il ne nous reste qu'à prononcer :

Nous te demandons pardon, Apôtre !

Allocution transmise et traduite par
madame Vera Marinova

Plaque Vassil Levski à Paris

Mardi 16 octobre 2007, la pose d'un bas-relief de Vassil Levski sur la façade de l'Ambassade de Bulgarie à Paris, côté place de la Résistance, a été officiellement inaugurée par le Président de la République de Bulgarie, monsieur Gueorgui Parvanov et par madame Irina Bokova, ambassadeur de Bulgarie à Paris, accompagnés de madame Anastasia Mozer de l'Assemblée nationale de Bulgarie et du ministre bulgare des affaires étrangères, monsieur Ivaïlo Kalfin.

Sur la plaque on lit le texte suivant, écrit également en cyrillique :

Être égaux avec les autres peuples européens ne dépend que de nos propres et communs efforts.

—Vassil Levski

Informations complémentaires

Le musée historique de Vassil Levski à Karlovo www.vlevskimuseum-bg

Voir également la page Christo Botev le poète révolutionnaire

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