Les origines de la Bulgarie

La Bulgarie est située au centre de la péninsule balkanique et à la croisée de grandes migrations. La chaîne montagneuse du Balkan qui la traverse sur toute la longueur et se termine par le cap Eminé sur la mer Noire, donne son nom à la péninsule.

Pays Bulgarie
Carte de la Bulgarie ©D. Aslanian

Trois autres grands massifs, riches en pâturages et en forêts, s'élèvent au sud-ouest : Rila qui abrite le célèbre monastère de Rila et dont le pic Moussala (2926 mètres) est le plus élevé de la péninsule, Pirin avec le pic Vikhren qui talonne Moussala (2916 mètres), et Rhodope, qui s'étale le long du sud du pays. Sredna Gora (la Montagne Moyenne) et Sarnena Gora (la Montagne des Cerfs) sont séparées du Balkan par des vallées dont la mieux formée est la Vallée des roses.

La capitale Sofia s'étale au pied de la montagne Vitocha, à environ 80 km au nord de Rila.

Les fouilles à Varna sur la mer Noire mirent à jour en 1972 l'existence d'une des plus anciennes civilisations de l'Europe (5e millénaire av. J.C.), contemporaine de celle de l'Asie Mineure et de l'Anatolie et disparue pour des raisons inconnues.

théâtre Plovdiv
Le théâtre antique de Plovdiv.

Les Thraces, les plus anciens habitants du territoire bulgare actuel, laissèrent de nombreux tumuli où l'on trouve des trésors remarquables portant l'empreinte des grandes civilisations des peuples de l'Antiquité qui avaient envahi le territoire thrace entre la fin du VIIe et les dernières décennies du Ve siècle avant Jésus Christ : les Grecs dont les comptoirs Sozopol, Messemvria (Nessebar), Odessos (Varna) apparurent sur la mer Noire, les Macédoniens et les Romains. Les vestiges romains sont nombreux en Bulgarie.

Les invasions des Slaves commencèrent au VIe siècle en provenance des rivages du Danube inférieur.

Le Premier Royaume Bulgare danubien fut fondé par le khan Asparoukh au VIIe siècle (681). Il se présentait comme une fédération entre les Slaves déjà installés sur la péninsule, sans structure solide, et les Bulgares, venus des steppes asiatiques pendant la Grande Migration des peuples. Les Bulgares, avec leur forte tradition étatique, constituaient la couche militaire aristocratique qui dirigeait la nouvelle nation. Ils lui ont donné leur nom qui allait traverser les siècles. Les chefs (knias) des tribus slaves possédaient une certaine autonomie dans leur région ainsi que leur propre administration et armée, et ils reconnaissaient le khan bulgare comme le souverain de l'État.

Le fait décisif pour la fusion complète entre les Bulgares et les Slaves païens fut la conversion à une religion commune, le christianisme, au IXe siècle pendant le règne de Boris Ier (852-888). Le pays fut placé sous la juridiction spirituelle du Patriarcat de Constantinople, mais il obtint l'autonomie pour son Église.

L'introduction de la liturgie en slavon fut faite par Kliment dit d'Okhrid et Naoum, élèves de Cyrille et Méthode - les créateurs de l'alphabet slave dit glagolitique. Peu après, Kliment d'Okhrid donna une nouvelle écriture, appropriée à la langue bulgare rounique, que l'on appela cyrillique. Elle servit à créer les moyens d'expression qui permirent à la Bulgarie de s'associer à la civilisation européenne et d'y contribuer : à quelques adaptations près, l'alphabet cyrillique est toujours utilisé aujourd'hui par la Fédération de Russie, les Ukrainiens, les Biélorusses, les Serbes et les Macédoniens.

Après le Siècle d'Or pendant le règne de Siméon le Grand (893-927), le pays connut une décadence qui aida Byzance à le soumettre à son pouvoir entre 1018 et 1186.

[Monastère de Batchkovo]
Monastère de Batchkovo

Le rôle le plus important pour la préservation de l'identité et de la culture bulgares pendant cette époque sombre fut joué par les monastères, dont celui de Batchkovo, qui a survécu jusqu'à nos jours. Les deux frères, Péter et Ivan Ier Assen, libérèrent la Bulgarie du pouvoir byzantin et fondèrent le Deuxième Royaume Bulgare (1186-1393) avec leur dynastie des Assens dont le plus brillant représentant fut Kaloyan (1197-1207).

Après un affaiblissement, une nouvelle dynastie des Sismans donna une dernière impulsion au pays avant qu'il ne passe sous la domination des Turcs en 1393.

S'ensuivirent cinq siècles d'asservissement par les Turcs (1396-1878).

Malgré l'oppression physique, politique et religieuse, les Bulgares réussirent à préserver leur conscience nationale. Elle connut un fort regain de vigueur à l'apparition d'ouvrages littéraires ressuscitant le riche passé occulté, dont le premier était la célèbre histoire slavo-bulgare du moine Paissi dit de Hilendar écrite en 1762 et largement répandue parmi le peuple.

Carte des traités
Carte de la Bulgarie
selon les traités de San Stefano et de Berlin

Suite au soulèvement national ensanglanté (1876) et la libération de la Bulgarie par les Russes, le traité de San Stefano constitua le 03 mars 1878 une Bulgarie autonome, comprenant un accès à la mer Égée et une grande partie de la Macédoine. Inquiétées par les succès russes, les Grandes Puisances européennes firent réviser ce traité au congrès de Berlin (juillet 1878) en réduisant l'étendue de la Bulgarie et en la partageant en deux : la Principauté de Bulgarie, qui restait tributaire du Sultan, et la Roumélie Orientale au statut de province autonome turque avec un gouverneur chrétien désigné par la Sublime Porte de Constantinople.

Une constitution très démocratique fut votée et le premier prince Alexandre de Battenberg régna de 1878 à 1887. À la suite d'une révolte sans effusion de sang, les deux parties du pays se réunirent en un seul État bulgare (1885) et les Grandes Puissances d'Europe durent se résigner à cet affaiblissement ottoman. Sous son successeur, le prince Ferdinand de Saxe-Cobourg Gotha (1887-1918), le pays fit preuve d'un remarquable élan économique et culturel. En 1908, Ferdinand se proclama Tsar des Bulgares et constitua le Troisième Royaume Bulgare qui subsista pendant le règne de son fils Boris III (1918-1943), période de prospérité et de soubresauts politiques, et de son petit-fils Siméon II (1943-1946).

Relativement peu touchée pendant la seconde guerre mondiale, la Bulgarie passa sous régime communiste avec l'entrée de l'armée rouge le 9 septembre 1944 et fut proclamée République Populaire en 1946. La suprématie de l'U.R.S.S. en Bulgarie avait déjà été assurée par le partage de l'Europe centrale et orientale, conclu à Moscou entre Churchill et Staline dès octobre 1944. La population subit la terreur du stalinisme pur 1948-1956), suivie entre 1956 et 1989 des périodes du culte de la personnalité et de la Perestroïka.

La liberté commence à partir de 1989

Réputée satellite fidèle de l'U.R.S.S., les relations de la Bulgarie communiste avec l'Europe de l'Ouest et les États-Unis d'Amérique avaient été distendues et compliquées. De nos jours, elle reste en dehors des conflits ethniques armés qui bouleversent l'Ouest de la péninsule et elle constitue, ainsi, un facteur de stabilité au cœur de la poudrière balkanique.

La démocratie se développa avec plusieurs alternances politiques entre les Rouges et les Bleus. Les gens commencèrent à prendre en mains leur propre avenir et la situation économique s'améliora.

Un événement unique eut lieu en Bulgarie le 17 juin 2001 : un ex-roi, Siméon II, revint au pouvoir par le sacre du scrutin populaire. Après une campagne législative éclair, un nouveau mouvement appelé Mouvement populaire Siméon II remporta exactement la moitié des sièges de députés au parlement. Siméon de Saxe-Coburg Gotha avait proposé de prendre en charge le destin de son peuple et accepta le poste de Premier ministre. Un défi difficile à relever après l'espérance suscitée par son arrivée.

Un nouveau président de la République fut élu au mois de novembre 2001. La curiosité à l'égard de la Bulgarie augmenta davantage car c'était un pays dont le Premier ministre était un ancien monarque et le président élu, Gueorgui Parvanov, un ancien communiste. Cette curiosité fut d'autant plus justifiée que Siméon II, mineur durant son règne, n'avait pas alors exercé le pouvoir et que Parvanov n'appartenait pas à l'élite communiste lorsque celle-ci avait gouverné le pays.

Peu de temps après, les difficultés que les Bulgares rencontrèrent dans leur vie quotidienne entrèrent en contradiction avec les grands espoirs nourris pendant les périodes électorales et la croyance en des solutions rapides.

La Bulgarie participe à la lutte contre le terrorisme mondial et rejoint la coalition des États-Unis contre l'Irak. Elle fut admise dans l'OTAN le 29 mars 2004. Le traité d'adhésion à l'Union européenne fut signé le 25 avril 2005 à Luxembourg. Son entrée est prévue pour 2007, sauf si elle ne satisfait pas aux clauses de sauvegarde qui concernent cinq sujets dont la lutte contre la corruption et la réforme de la justice.

L'économie de marché s'impose en s'appuyant sur le dynamisme des entrepreneurs. Les illusions s'estompent et il devient évident que les gens ne doivent pas s'attendre à une solution indolore des problèmes du pays. Leur solution ne viendra que grâce aux efforts unis de l'ensemble du peuple.

Dimitrina Aslanian

Nous remercions Dimitrina Aslanian, auteur du livre Histoire de la Bulgarie de l'antiquité à nos jours de nous avoir fourni ce document. Voir le livre

Crédit photos : Françoise Asfazadourian et Marie Loris.

Publié en | Mis à jour