L'enseignement du français en Bulgarie à l'époque de la Renaissance nationale

История на обучението по френски език в България през Възраждането

Le but de l'ouvrage, fort de près 600 pages, est de présenter un tableau général de l'enseignement du français en Bulgarie à l'époque de la Renaissance nationale en retraçant les différentes étapes dans la formation d'une communauté francophone dans les Balkans au cours du XIXe siècle. L'objet de cette recherche sont les traditions didactiques et les multiples expériences acquises par l'école bulgare dans le domaine de l'enseignement du français de la fin de XVIIIe siècle jusqu'à 1878. Conçu à la fois comme un récit historique, puisqu'il ajoute des traits bien particuliers au cadre temporel précis où il est situé, et comme une étude proprement didactique de la diffusion du français à cette époque qu'on pourrait qualifier à juste titre de siècle d'or du rayonnement linguistique et culturel de la France en Bulgarie, cet ouvrage est désormais la référence incontournable des historiens et des didacticiens du français.

Un exemplaire de cet ouvrage a fait l'objet d'acquisition par la Bibliothèque Nationale de France (BnF)-75013 Paris → voir le catalogue BnF

L'ouvrage en bulgare est disponible dans les deux librairies du Rectorat de l'Université de Sofia et dans la librairie de Colibri (Institut francais) à Sofia.

Sofia, Presses universitaires, 2003, 583 p.ISBN 954-07-1867-8.

La leçon du français à l'époque de la Renaissance bulgare

Възрожденският урок по френски език

Reconstruction linguistique et didactique

Indépendamment de sa dimension allodidactique, ollendorfienne ou télémaquo-fénélonienne, l'enseignement du français pendant la Renaissance nationale (1762-1878) peut être considéré comme l'un des jalons éducatifs modernes situés sur le chemin menant à la confirmation de l'identité culturelle et de la conscience nationale bulgares.

La leçon de français

À travers les prototypes de la leçon de français s'élargit l'horizon scientifique et éducatif des Bulgares, se réalise une autocomparaison avec les autres nations balkaniques et européennes, se matérialisent les acquisitions empiriques et théoriques acumulées au fil de longues années d'expérience dans l'enseignement des langues étrangères à l'époque la plus bulgare de notre histoire, où l'école se transforme en capitale éducative de l'État spirituel, comme l'a bien remaqué l'académicien Dmitri S. Lihkatchov.

La reconstruction de ce phénomène culturel peu ordinaire, symbole de la modernité dont la doctrine éducative nationale s'est imprégnée, donne une idée des premières tentatives bulgares de description théorique de la structure du français, des fondements didactiques et méthodologiques des unités d'apprentissage, de la classification typologique et de la spécificité des leçons de français, du discours pédagogique et du système d'examens de contrôle et d'évaluation des résultats de l'enseignement du français dans les écoles bulgares pendant la période étudiée.

La vision théorique bulgare de la langue française au XIXe siècle ajoute à la traditionnelle description normative des éléments explicatifs et comparatifs, insérés dans les exercices de traduction (thème et version), dans les corpus de textes et de vocabulaires bilingues. D'autre part, les différences entre la langue bulgare et la langue française sont mentionnées de façon toujours plus explicite et ce processus s'accompagne souvent d'ébauches de généralisation théorique.

L'organisation de la leçon de français au XIXe siècle se caractérise essentiellement par la prédominance des méthodes mécaniques d'enseignement/apprentissage héritées de l'enseignement des langues classiques et basées sur deux principes formels - Tantum scimus, quantum memoria tenemus et Repetitio mater studiorum est.

Parallèlement au perfectionnement de la formation pédagogique des maîtres de langue et au développement intensif de l'école secondaire publique, l'enseignement mécanique cède la place à l'enseignement réflexif ou constructiviste : apprends ce qui est exposé dans le livre et non pas le livre-même devient le nouveau crédo pédagogique.

L'apprentissage avec un maître privé ou une gouvernante d'origine française ou non francophone se révèle coûteux mais très efficace quand il s'agit d'acquérir la prononciation française ou de développer des savoir-faire pour l'expression orale. Ce type d'enseignement se répand tout d'abord à Constantinople, mais avec l'extension du commerce il atteint les grandes villes situées tout au long du Danube, comme par exemple Roussé et Vidine. La pratique de tels cours a cependant démontré que les leçons particulières ne donnent pas toujours le résultat espéré et escompté. Lors de ce type d'enseignement/apprentissage, le problème qui surgit assez souvent est la faible motivation de l'apprenant et l'absence de volonté chez l'élève devant l'effort nécessaire à l'acquisition du français. Il s'avère révélateur que tous les guides de conversation contiennent des répliques reflétant cette situation en la traitant sous différents angles de vue.

La spécificité de la leçon de français commence à se profiler vers la fin des années 1840. Ce processus s'intensifie aussitôt après la Guerre de Crimée (1854-1856), quand la langue française conquiert les écoles bulgares en s'y instaurant comme une discipline de base dans les nouveaux plans d'études et programmes scolaires. Cette tendance s'accentue avec l'apparition massive sur le territoire bulgare de manuels et de supports pédogogiques destinés à l'enseignement/appentissage du français, mais le contour des différents types de leçon de français continue à être encore relativement flou. La vision de l'éducateur bulgare sur la leçon reste toujours syncrétique: les limites de l'unité didactique sont déterminées de manière quantitative et longitudinale, mais ne prennent en considération ni le contenu, ni les variantes de sa structuration. Il ne faut pas s'étonner si tous les auteurs de manuels sont unanimes dans leurs prescriptions autorisant le maître de français à poser lui-même les limites de la leçon en fonction des conditions concrètes du processus d'enseignement.

Dans cette première vision que le maître de français s'est fait sur l'enseignement/apprentissage moderne des langues étrangères, la leçon est avant tout un conglomérat intuitivement conçu: c'est-à-dire un volume d'informations qui doit être présenté ou acquis indépendamment de ses traits spécifiques et de son potentiel de restructuration multiple. Thomas M. Kralevskij introduit le concept урок - leçon (1850), adopté un peu plus tard par Athanasse P. Granitski (1858), Spas Zafirov (1862), Pétar Odjakov (1863), Ivan Tchoraptchiev (1865), Vasille Mantchov (1867), Kostaki Tarnovski (1869), Nestor Markov (1874) etc. D-r Vassil Béron fait apparaître la distinction entre граматична теория (la théorie grammaticale) et тема по тази теория (le thème /exercice/ sur cette théorie) dans l'appelation des différentes unités didactiques, tandis que Spas Zafirov est l'un des premiers qui oppose урок (leçon) à уражнение (l'exercice) en tant qu'unités didactiques dans les manuels bulgares de français.

Si l'on fait abstraction de cet amorphisme théorique régnant dans les publications pédagogiques, on voit dans l'expérience éducative et didactique des Bulgares se profiler quelques (proto)types de leçon de français : букварен leçon abécédairienne (d'alphabétisation initiale), разговорен leçon dialogique (destinée à développer la production orale élémentaire), граматичен leçon grammaticale, преводен leçon de traduction, лексикален leçon lexicale et смесен leçon mixte.

Le discours pédagogique francophone reconstruit à partir des données conservées sur les conversations menées traditionnellement en salle de classe entre le maître et ses élèves et entre les élèves eux-mêmes complète le panorama. Il est à noter l'apparition dans les écoles bulgares d'un nouveau type de dialogues, dits didactiques, où les interlocuteurs échangent leurs réflexions sur les méthodes, les moyens et les démarches spécifiques d'enseignement/apprentissage effectifs du français.

Les examens sillonnant l'apprentissage du français étant les points d'arrivée des marathons éducatifs, démontrent que l'élève bulgare, vivant à quelques milliers de kilomètres de Paris et de la France, plongé dans l'atmosphère de la Bulgarie renaissante, épelle, copie, lit, récite les auteurs français classiques ou romantiques aussi bien que les jeunes apprenants allemands, autrichiens ou britanniques de son âge...Et ce n'est pas tout - il fait une lecture particulière du fameux roman de Fénélon Les Aventures de Télémaque, différente de toute lecture occidentale ou centro-européenne, parce qu'il découvre l'esprit de l'ancienne Thrace, entend la musique d'Orphée, reconnaît sa patrie dans l'image de l'état mythique de Bétique et capte le moindre appel à la liberté en dépit de la prudence extrême du rationnalisme fénélonien. Grâce aux leçons de français, parfois assez intuitives et loin d'être parfaites, les apprenants bulgares créent, avec les adolescents serbes, grecs, roumains et turcs, la perception balkanique de l'univers francophone et dessinent les contours d'une nouvelle région européenne imprégnée de l'esprit francophone, où bientôt quelle файда voisinera avec гаранция Франция, le mot turc кат cèdera définitivement la place à етаж, tandis que мерси évincera dans la communication quotidienne l'expression littéraire "благодаря".

L'ouvrage en bulgare - Éditions Lik - ISBN 954-607-672-4

Dr Dimitar Vesselinov,
linguiste et maître de conferences à l'Université de Sofia

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