Palmi Rantchev [Палми Ранчев]

Couverture du livre Anonimi snayperisti
Анонимни снайперисти

Si, lors de vos flâneries dans les librairies bulgares, votre regard se pose au hasard sur une couverture représentant une rue austère où s'aventurent quelques passants hagards, vous pouvez être sûr qu'il s'agit d'un livre de Palmi Rantchev.

Car c'est dans ses errances à travers les rues que l'écrivain puise son inspiration, capte des images, s'imprègne d'atmosphères, esquisse des personnages, bâtit son univers. Un univers en teintes sombres, cruel mais authentique. Palmi Rantchev est un phénomène dans la vie littéraire en Bulgarie, tant par son parcours inhabituel, que par le monde particulier qu'il crée.

Il est originaire de Sofia. À peine adolescent, il devient champion de boxe chez les juniors, puis chez les adultes. Il fait des études à l'École Nationale des Sports et poursuit une carrière sportive réussie. À 29 ans, il est déjà entraîneur en arts martiaux auquel nombre de sportifs bulgares et étrangers vont devoir leurs médailles. Ses activités sportives lui donnent l'occasion de séjourner dans de nombreux pays. Il exerce par la suite toutes sortes de métiers : directeur de journal, journaliste indépendant, garde du corps encore plus indépendant, propriétaire de café, animateur d'émissions radio et télé, chroniqueur et pigiste pour la presse écrite. Même si, comme il le souligne lui-même, il a acquis l'essentiel de son expérience professionnelle lors de ses déambulations à travers les rues où il a écrit son premier livre, puis les suivants.

À Sofia, le café In time, surnommé Chez Palmi, a été le rendez-vous de la bohème littéraire, un lieu de vie et de travail pour de nombreux écrivains.

Palmi Rantchev fait très jeune ses premiers pas en écriture. Au temps du régime communiste, il est peu publié car son style est jugé incompatible avec le dogme du réalisme socialiste. Il se réfugie alors dans l'exil intérieur et devient, comme tant d'autres, un écrivain du tiroir. Son premier livre voit le jour en 1993 et reçoit le prix Printemps du Sud. Depuis, l'auteur a fait son chemin dans le paysage littéraire bulgare.

Portrait de l'écrivain
Palmi Rantchev

Palmi Rantchev est l'auteur de plus d'une dizaine d'ouvrages, dont les recueils de poèmes L'homme de minuit - biographies (Среднощен човек – биографии), L'amant des rues désertes et des maisons abandonnées (Любовник на самотни улици и запустели къщи), Un bleu visible et caché (иньо, видимо и скритоet) et, le recueil de récits Amateurs et professionnels (Аматьори и професионалисти). Son dernier roman Snipers anonymes (Анонимни снайперисти) est doublement nominé pour les prix littéraires VIK et Hélicon.

Fait rare, l'auteur a été sélectionné une nouvelle fois pour le prix Hélicon à l'occasion de la sortie de son dernier livre Un peu de chance pour plus tard (Малко късмет за по-късно), paru à la maison d'éditions bulgare Fama. Sa présentation au public a eu lieu au salon du livre de Sofia de décembre 2007.

Les thèmes choisis par Palmi Rantchev traduisent le malaise profond d'une société qui n'en finit pas de transiter. Une société post-communiste aux valeurs inversées, minée par la corruption et en proie à un capitaliste sauvage, conforme aux clichés idéologiques de l'ancien régime. Ses personnages évoluent, solitaires, dans les rues, les halls de gare, les cités de type brejnévien. Ce sont des gens ordinaires, déclassés, laissés sur le côté de la route par les bouleversements politiques. Ils s'agrippent à la vie, tentent de subsister dans un monde à part, de trouver un petit coin à eux au milieu du chaos. Ils sont troublants parceque ils brouillent les frontières entre le bien et le mal. Ils sont inquiétants aussi par leur témoignage sur la fragilité de la condition humaine.

Dans un phrasé sobre et avec souvent un humour glacial, Palmi Rantchev dissèque leur état psychologique. Il les dépouille de leurs enveloppes pour mieux révéler leurs blessures. Il traque la vérité de l'inextricable humain, l'étincelle de la dignité qui couve sous les cendres du désespoir.

Ralitsa Frison-Roche

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