Dimcho Debelyanov [Dimtcho Débélyanov] (1887–1916)

Le clair de lune inonde

Le clair de lune inonde
de son onde le chemin désert
que bordent des saules pleureurs
ployés sous leur fardeau.

Un souffle frais fait ondoyer les champs
assoupis après un jour ardent
telle une nuée d'angelots blancs
qui apportent le calme.

Une étoile se précipite sur terre
de la voûte profonde et solitaire
au loin, les sanglots se meurent
d'un ruisseau en pleurs.

Je plonge dans mes songes
et je vogue dans des lueurs mornes,
bercé du souvenir lointain
de deux yeux sereins.

Chant noir

Je meurs et à la lumière je renais,
l'âme en tourments, l'humeur instable.
Le jour je bâtis inlassable,
La nuit je détruis sans pitié.

J'appelle de mes vœux des jours heureux -
des tempêtes fondent sur les flots sombres.
Je cherche, éperdu, des ciels orageux -
des complaintes apaisées me répondent.

Je rêve d'aurores embrasées -
leur clarté blesse mon regard.
J'erre au printemps le cœur glacé,
en automne je reprends espoir.

Muette, ma vie non vécue s'étiole,
dans l'indifférence du temps fuyant.
Ma quête d'un havre s'envole
Et s'aparpille dans un désert brûlant.

Poèmes traduits du bulgare par Ralitsa Mihailova-Frison-Roche

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