La Bulgarie a besoin d'un Président actif

Cette page a été publiée en 2003 lors de la présidence de l'ancien président Gueorgui Parvanov.

Présentation

Guéorgui Sedefchov Parvanov est né le 28 juin 1957 dans le village de Sirichtnik près de la ville de Pernik (sud-ouest de la Bulgarie) et devient docteur en histoire en 1988. Il adhère au Parti communiste en 1981 et, jusqu'en 1991, travaille à l'Institut d'histoire du Parti communiste bulgare. Vice-président du Parti socialiste (PSB) en 1994, il est également élu député la même année. En 1996, il devient président du Conseil suprême du PSB (Réélu en 1998 puis en 2000 à une large majorité), fonction qu'il cumule avec celle de président du groupe socialiste à l'Assemblée. Le 4 février 1997, après le dramatique échec du gouvernement socialiste de J. Videnov, forcé à la démission (hyper-inflation, scandales financiers, protestations violentes dans la rue), il joue un rôle essentiel pour mettre un terme à la crise politique et permettre ainsi la tenue de nouvelles élections législatives. Candidat à la présidence de la République, il est élu le 18 novembre 2001, au second tour du scrutin, avec 54,13% des suffrages exprimés.

Être élu Président de la République à 45 ans est un redoutable défi, surtout quand on ne s'y attend pas ! [1] C'est ce qui est arrivé le 18 novembre 2001 au jeune historien bulgare Guéorgui Parvanov.

Cette situation qui pourrait paraître banale ailleurs, l'est peut-être moins en Bulgarie car le Premier ministre n'est autre que Siméon de Saxe-Cobourg Gotha [2], l'ancien souverain du pays (1943-1946) [3] et le Président de la République le représentant d'une nouvelle génération de responsables d'un Parti socialiste qui s'appelait encore le Parti communiste jusqu'en avril 1990.

C'est dire combien cette cohabitation à la bulgare intrigue les observateurs car si la configuration politique est inédite et les acteurs manifestement plus habiles, le contexte socio-économique reste, lui, tout aussi difficile. Tout laisse à penser, pourtant, qu'après une dizaine d'années de transition chaotique sur le plan politique et économique, les Bulgares aient fait le pari du renouveau et de la stabilité. Renouveau politique, d'abord, avec l'arrivée de dirigeants neufs, et surtout modérés ; stabilité, ensuite, avec le consensus affiché à l'égard de la poursuite d'une politique orientée résolument vers l'économie de marché et l'État de droit.

Le tableau pourrait paraître idyllique. Certains vont même jusqu'à affirmer que les deux dernières élections de 2001 marquent la fin de la transition en Bulgarie et l'établissement d'un système politique normalisé à l'occidental.

Le binôme formé par un Premier ministre libéral et un Président de la République socialiste dispose de quelques années pour réussir, ensemble, la gageure de renforcer la confiance internationale pour attirer les investissements, redresser une économie sinistrée et, surtout, assurer un mieux-être à une population dont l'immense majorité est à bout !

Dans ce contexte particulier, que peut faire un Président sur qui pèsent de nombreuses contraintes ? La première est une contrainte constitutionnelle car les pouvoirs du Président de la République ont été limités par les rédacteurs (ex-communistes) de la Constitution de 1991. (À l'époque, le Président de la République était le philosophe dissident J. Jelev, créateur du principal mouvement anti-communiste. Ceci explique cela). Jusqu'à présent, les Présidents bulgares ont donc plutôt joué un rôle de régulateur, de médiateur, qu'un rôle d'acteur majeur du jeu politique surtout quand le Premier ministre dispose d'une majorité au parlement (ce qui est le cas de Siméon II).

Dans ce cas de figure, le Président dispose essentiellement d'un pouvoir d'influence. Pour avoir une portée politique, ses actions ne peuvent être faites qu'avec beaucoup de subtilité car elles reposent finalement sur l'appréciation, positive ou négative, qu'en fera l'opinion publique.

À cet égard, il semble que le Président Parvanov ait réussi à manifester des dispositions remarquables dès les premiers mois de son mandat…

Sans que l'on puisse y voir un lien direct de causes à effets, grâce à quelques discours adroitement ciblés [4] ou à l'utilisation habile de son droit de veto [5], sa côte de popularité est passée en trois mois de 45,5% à 58,8% de bonne opinion. Au début de l'année 2003, elle avoisine désormais les 70% ! (Chiffres recueillis auprès de l'institut de sondages Gallup de Sofia. Source : www.aresearch.org.) Il ne fait aucun doute que ce président ne restera pas inerte comme le fut son prédécesseur direct, le Président P. Stoyanov [6]. Malgré quelques dénégations de bon aloi, tout laisse à penser qu'il cherchera à élargir son champ d'influence pour exister au maximum sur la scène politique [7], quitte à bousculer les anciennes habitudes. Sa décision, fin août 2002, de créer directement auprès de la présidence un Conseil de coordination pour la lutte contre la criminalité [8] ou sa volonté de prendre l'opinion publique à témoin de façon théâtrale [9] entre manifestement dans cette stratégie d'expansion de son influence politique.

Dans le cadre de l'adhésion de la Bulgarie à l'OTAN, décidée lors du sommet de Prague en novembre 2002, la réforme délicate de l'armée lui donnera également l'occasion d'apposer concrètement sa marque (Dès la prise de fonction de son successeur, en juin 2002, l'ancien Chef d'état major des Armées, le général M. Mihkov, a rejoint le Président de la République en qualité de conseiller).

À cette contrainte juridique s'ajoute ce que l'on pourrait appeler une contrainte extérieure. En effet, le consensus existant entre le Premier ministre, sa majorité parlementaire et le Président de la République, au sujet de l'adhésion de la Bulgarie à l'Union européenne (UE) et à l'OTAN impose aux acteurs politiques bulgares de poursuivre avec persévérance des réformes structurelles qui sont douloureusement ressenties par l'électorat de chacun des protagonistes politiques.

On peut se demander si les velléités d'action du Président de la République, sa volonté de justice sociale en faveur des plus démunis par exemple, ne se heurteront pas très rapidement aux limites fixées par les calendriers respectifs d'adhésion à ces deux institutions. On imagine mal certaines privatisations d'entreprises d'état ou certaines restructurations administratives [10], réclamées par le FMI, sans un accroissement substantiel du chômage. L'adhésion à l'OTAN, quant à elle, doit passer par une réduction du format des armées et, pour respecter les délais fixés, on évoque le licenciement à court terme de plus de 10.000 cadres de l'armée. (Plus de 7000 militaires ont reçu, mi-juin 2002, une lettre de licenciement à échéance de 6 mois.)

Le nouveau Président peut-il s'opposer à ces diverses mesures et comment ? Sa marge de manœuvre est étroite car ce qu'il peut gagner politiquement, au plan intérieur, vis-à-vis d'un électorat angoissé mais versatile, il peut le perdre au plan de sa crédibilité extérieure vis-à-vis des principaux bailleurs de fonds et investisseurs que sont les Institutions financières internationales (FMI, Banque mondiale), l'UE ou les Etats-Unis. A trop critiquer, la présidence bulgare pourrait risquer de se voir qualifier, pour reprendre une expression qui a fait florès en France lors d'une période de cohabitation, de ministère de la parole.

Quant à la contrainte intérieure, elle est d'autant plus forte que l'immense majorité de la population attend le redressement économique promis, synonyme d'emplois, de revalorisation du pouvoir d'achat et de mieux-être social pour certains quand ce n'est pas tout simplement de survie pour plusieurs catégories de la population (minorités ethniques, retraités, sans emploi, petits salariés).

L'électorat du Parti socialiste bulgare, essentiellement rural et vieillissant, ne sera plus en mesure de peser politiquement s'il n'est pas renouvelé. Le Président Parvanov ne l'ignore certainement pas et, en toute logique, il devrait briguer le renouvellement de son mandat en 2006. Selon certains connaisseurs du PSB, la stratégie du nouveau Président semble fixée : laisser le Premier ministre gouverner tant que le PSB n'est pas prêt à l'alternance. Bref, jouer le jeu de la démocratie.

En réussissant à maintenir son fidèle et très jeune second, Sergueï Dimitrievitch Stanichev [11], à la tête du Parti, le Président Parvanov a marqué un premier point pour garder ce que certains appellent déjà un contrôle à distance du PSB. Les résultats du 45e Congrès du PSB, tenu en juin 2002, laissent augurer le virage social démocrate du Parti, tant attendu par les socialistes européens. Si le Parti sait se montrer raisonnable au plan politique et continue à soutenir sans entrave l'ancrage du pays aux structures euro-atlantiques, l'Internationale socialiste (IS) pourrait, alors, envisager avec bienveillance l'éventualité d'une adhésion en qualité de membre consultatif [12] qu'elle lui a toujours refusé jusqu'à ce jour [13]. Ce label serait excellent pour l'image du parti à l'étranger. Au plan symbolique, il contribuerait à tourner la page du passé communiste.

Certains signes encourageants ont été donnés de part et d'autre. Des contacts réguliers sont désormais établis (Le congrès du PSB a été retardé d'une semaine pour permettre à S. Stanichev de participer à la réunion de l'IS qui se tenait à Casablanca), certains pays étrangers ont envoyé des délégations. De son coté, le PSB a fait en sorte de se séparer de l'une de ses factions les plus radicales, la plate-forme marxiste (Qui a décidé de rejoindre le Parti communiste bulgare Georges Dimitrov, que l'on peut qualifier de groupusculaire, et qui n'est évidemment pas représenté au parlement) et d'écarter quelques figures historiques de l'ancien PC qui donnaient encore au PSB des allures de jurassik park du communisme bulgare. Il reste, toutefois, à tenir à distance la tendance affairiste du Parti [14] et il ne fait aucun doute que les noms des dirigeants élus aux principaux leviers de commandes du Parti seront examinés avec attention par les responsables de l'IS. L'avenir montrera si ce 45e congrès marque l'aggiornamento du PSB.

Participer de manière active (et crédible) au pouvoir sans donner l'impression de ruiner les efforts nécessaires de l'actuel gouvernement ; assurer le renouveau de son parti en garantissant, vis-à-vis de pays occidentaux, le consensus à gauche sur l'adhésion à l'UE et à l'OTAN ; ne pas décevoir un noyau dur électoral tout en cherchant à retrouver une influence sur des catégories sociales susceptibles de le soutenir à long terme. Tels sont quelques-uns des principaux enjeux de la présidence Parvanov. Les objectifs sont larges, à la mesure certainement des ambitions de ce jeune Président qui semble avoir un bel avenir devant lui. Tout dépendra de la hiérarchie des priorités qu'il inscrira à son agenda politique. Même s'il n'est plus membre des instances dirigeantes du Parti (La Constitution bulgare (art. 95-2) interdit au Président de la République de participer à la direction d'un parti politique), il garde certainement le souci de sa reconstruction idéologique et de son implantation sociologique durable. Sa future réélection en dépend !

Les observateurs étrangers notent, avec satisfaction, que le jeune Président a, jusqu'à présent, effectué un parcours sans faute. Il bénéficie, il est vrai, de l'attitude irréprochable du Premier ministre, Siméon-II. Ce dernier, loin de le tenir à l'écart des affaires de l'Etat susceptibles de le concerner, multiplie les gestes de coopération comme cela existe dans les pays d'Europe occidentale. Les éventuels (et probables) contentieux entre les deux institutions ne se dérouleront plus à la manière d'autrefois mais de façon négociée. L'attitude est suffisamment novatrice pour être notée. C'est d'ailleurs l'intérêt des deux protagonistes qui savent que l'opinion publique les observe et saurait éventuellement les sanctionner politiquement lors des prochaines échéances électorales comme elle a su le faire avec leurs prédécesseurs respectifs. L'avertissement a manifestement été entendu.

Après un très bref état de grâce [15] le Premier ministre [16], son parti (le MNS-II) [17] et son gouvernement (d'après plusieurs sondages, l'indice de satisfaction à l'égard du gouvernement se stabilisait, fin 2002 - début 2003, autour de 25%, www.aresearch.org) se sont heurtés aux dures contingences du pouvoir et à la rudesse des réalités économiques. En perte de vitesse dans les sondages [18] malgré quelques résultats encourageants et méritoires [19], le parti au pouvoir et le Premier ministre n'auraient rien à gagner à se tromper d'adversaire. Le Président de la République, au contraire, pourrait être un allié objectif en cas de nouvelles tentatives de déstabilisation politique ou de tempête sociale toujours envisageables.

Sur le plan de la politique extérieure, la réussite de la visite du Premier ministre à Washington [20] n'a d'égale que celle effectuée à Moscou début juin. Sa rencontre avec le Président Poutine et le règlement positif de plusieurs contentieux [21] laissés par le gouvernement précédent de I. Kostov ont non seulement contribué à renforcer la stature politique du Premier ministre mais aussi à faire taire certaines des critiques du PSB. Il est encore trop tôt pour pouvoir tirer des conclusions sur la portée de ce réchauffement entre Sofia et Moscou. On constatera que les évolutions de la politique étrangère de Siméon-II rencontrent les orientations affichées du Président de la République. Ce hasard n'est sans doute pas fortuit.

Le Président Parvanov a bien compris qu'il devait également se construire une image à l'étranger s'il veut contrebalancer, vis-à-vis de l'opinion publique bulgare notamment, la personnalité charismatique du Premier ministre qui dispose, au plan international, de nombreuses relations politiques et dans le monde des affaires. De nombreuses visites officielles ont été effectuées ou sont prévues tant aux États-Unis, où il s'est rendu début septembre 2002 (la Bulgarie, a été élue membre non permanent au Conseil de sécurité de l'ONU. Le Président de la République a donc prévu de participer à la 57e session de l'Assemblée générale), qu'en Russie où il a séjourné du 18 au 20 du même mois accompagné d'une importante délégation. [22]

Désormais à la croisée des chemins, la Bulgarie ne peut plus se permettre les dérives politiques et économiques des premières années de la transition. Le Président Parvanov a plusieurs années pour convaincre les Bulgares (et les chancelleries occidentales à Sofia) qu'il ne doit pas son élection au simple hasard d'un vote sanction à l'égard de son prédécesseur.

François Frison-Roche

Chargé de recherche au CNRS, Université de Paris II (CERSA), Docteur en science politique. Auteur, entre autres publications, de : L'émergence du constitutionnalisme en Bulgarie dans Mélanges en l'honneur de G. Conac, Economica, 2001 ; Bilan de dix ans de jurisprudence constitutionnelle bulgare, Revue de Justice Constitutionnelle Est Européenne, Presse de l'université de Clermont-Ferrand, n° 4, 2002, p. 185-208. Le poids politique des présidents en Europe post-communiste, Le courrier des pays de l'Est, La Documentation française.


[1]↑ Quelques mois, voire quelques semaines, avant les élections tous les sondages donnaient le Président Stoyanov réélu.

[2]↑ Fils de Boris III de Bulgarie et de Ioana, fille du roi Victor-Emmanuel d'Italie, Siméon de Saxe-Cobourg Gotha est né à Sofia le 16 juin 1937. À la disparition de son père en 1943, il monte sur le trône à l'âge de 6 ans. Expulsé par les communistes en 1946, il s'exile en Espagne. Le 28 avril 2001, il fonde le Mouvement national Siméon IIet remporte les élections législatives du 17 juin de la même année. Il est élu Premier ministre par le parlement le 24 juillet et forme un gouvernement de coalition avec le parti représentant les minorités turques et musulmanes et certains membres du Parti socialiste.

[3]↑ Voir notre article : 800 jours pour réussir (entretien avec Siméon II de Bulgarie), Politique Internationale, n°94, janvier 2002, pp. 269-282.

[4]↑ Lors de sa visite à la Centrale nucléaire de Kozloduy, le 9 avril 2002, le Président Parvanov a su très habilement exploiter politiquement à son profit une situation délicate pour l'actuel gouvernement. Cette centrale nucléaire de conception soviétique (mais pas de type Tchernobil comme on le lit parfois) produit l'essentiel de l'énergie électrique du pays. À la suite d'une décision des 15 États de l'UE, la Commission européenne a négocié en 1999 avec le précédent gouvernement la fermeture sur plusieurs années de ses différents réacteurs. Grâce à l'aide occidentale, toutefois, la sécurité de la centrale a été largement améliorée et les autorités bulgares souhaiteraient, en conséquence, repousser les limites fixées de son exploitation (selon le mémorandum, les 2 premiers réacteurs devraient être arrêtés avant 2003. Les dates de fermeture des 3e et 4e tranches devant être fixées ultérieurement. L'UE insiste pour que la fermeture définitive ait lieu avant 2006 alors que la partie bulgare réclame que le fonctionnement des tranches 3 et 4 soit poursuivi jusqu'en 2008 et 2010). L'opinion publique soutient largement (80%) cette manifestation d'indépendance nationale. Dans son discours, destiné avant tout au public bulgare, le Président recommande ainsi, à trois reprises, au gouvernement de convaincre les 15 États membres de l'UE de la modernisation de la centrale pour qu'elle poursuive son activité au-delà du terme fixé.

[5]↑ Le Président a opposé son veto, par exemple, à la loi de privatisation des entreprises d'état car certains articles priveraient les ouvriers et les employés des entreprises privatisables de la possibilité d'acquérir des actions de ces dernières. À la majorité absolue (art. 101-2 de la Constitution), l'Assemblée a repoussé le veto présidentiel et adopté définitivement la loi de privatisation. En l'espace de quelques mois, le nouveau Président à déjà utilisé son droit de veto à 3 reprises.

[6]↑ Le Président P. Stoyanov (1996-2001), avait été imposé comme candidat aux élections présidentielles de 1996 par le mouvement anti-communiste des FDU contre le président sortant, J. Jelev, pourtant fondateur de ce mouvement. Choisi pour ne pas faire d'ombre au futur Premier ministre, I. Kostov, le président Stoyanov ne fit preuve d'aucune envergure politique au cours de son mandat. Soumis à la majorité parlementaire, il ne saisit jamais, par exemple, la Cour constitutionnelle au cours de son mandat, ce qui lui fut sévèrement reproché au cours de la campagne présidentielle de 2001 quand il se présenta comme candidat indépendant.

[7]↑ Dans le discours prononcé lors de sa prestation de serment devant le parlement, le 19 janvier 2002, le Président Parvanov a souligné qu'il chercherait tout d'abord à renforcer le prestige de la République et de sa nature parlementaire. Il a indiqué ensuite clairement que, s'il ne revendiquait aucun pouvoir supplémentaire, il ne tolèrerait aucune limitation de ses prérogatives et qu'il comptait bien utiliser celles qui sont mises à sa disposition par la Constitution comme proposer une réforme constitutionnelle, revaloriser le rôle du Conseil consultatif de sécurité nationale qu'il préside (dans le système actuel, les services de renseignements extérieurs sont subordonnés au Président et les autres services au gouvernement), réaffirmer son autorité de Chef des Armées ou être le garant de l'orientation de la politique étrangère du pays en fonction de ses intérêts nationaux. Il a par ailleurs indiqué que, dans son agenda, l'adhésion à l'UE était prioritaire et qu'il veillerait également au rééquilibrage de la politique étrangère bulgare en faveur de la Fédération de Russie et de la CEI.

[8]↑ Les forces politiques qui ne soutiennent pas le Président de la République ne s'y sont pas trompées. Le Porte-parole de l'Union des forces démocratiques a ainsi dénoncé cette tentative d'élargir de façon illégale la participation du Président de la République au pouvoir exécutif. Si la présidente de l'UFD a participé à la première réunion, elle a indiqué, qu'à l'avenir, elle y enverrait un expert. Quant au MNS-II, il a envoyé une députée, membre de la commission de la sécurité du parlement.

[9]↑ Le 31 août 2002 (la date n'est certainement pas fortuite), le Président Parvanov a tenu une conférence de presse à l'occasion de la rentrée politique dans laquelle il a vertement critiqué l'action du gouvernement. La presse bulgare a immédiatement fait le rapprochement avec une conférence de presse, tenue (jour pour jour) 10 ans plus tôt par le Président Jelev, qui avait précipitée la chute du gouvernement de l'époque.

[10]↑ La baisse dramatique de la natalité en Bulgarie depuis de très nombreuses années, l'un des taux les plus bas en Europe, a pour conséquence une chute du nombre des élèves dans les classes (les jeunes de moins de 19 ans seraient passés de 2.463.742 en 1985 à 1.820.254 en 2000). Le ministère de l'Education parle actuellement du licenciement de plus de 2000 enseignants alors que le syndicat CSIB avance le chiffre de 17.000.

[11]↑ Sergueï Dimitrievitch Stanichev, âgé de 36 ans, est lui aussi docteur en histoire (1994). Il est également diplômé de l'institut des relations internationales de Moscou (1998) et de la London school of economics (2000). Elu député lors des dernières élections (2001), il prend la succession de G. Parvanov à la présidence du PSB après les élections présidentielles et vient d'être confirmé à son poste par le 45e congrès. Bulgare par son père, Russe par sa mère, il a renoncé à sa nationalité russe vers le milieu des années 1990.

[12]↑ Il existe 3 catégories de membres à l'IS : membre à part entière (accordé au Parti social démocrate bulgare (PSDB), parti historique qui chercha à renaître après la chute du communisme), membre observateur (que le mouvement Euro-gauche [dissident du PSB, non représenté au parlement] a obtenu) et membre consultatif. Le PSB espère obtenir son adhésion en qualité de membre à part entière (au détriment du PSDB) lorsque la Bulgarie aura rejoint l'Union européenne vers 2007.

[13]↑ Le PSDB (non représenté au parlement) a évidemment dénoncé, lors de son récent congrès, les tentatives du PSB de vouloir adhérer à l'Internationale socialiste.

[14]↑ Quelques jours avant le congrès une députée, membre du Bureau exécutif du PSB, a souligné dans la presse que le Parti devait se libérer de ses rapports de dépendance avec le milieu des affaires car certains groupes exerceraient de très fortes influences sur les prises de décisions.

[15]↑ Dès le mois de février 2002, le gouvernement de Siméon-II a dû faire face à sa première motion de censure déposée par les Forces démocratiques unies. Celle-ci a été repoussée par 134 voix (MNS-2 et MDL) contre 50 (FDU) et 45 abstentions(PSB).

[16]↑ Dont la cote de popularité ne cesse de chuter dans les sondages, passant de 77% d'opinion favorable lors de son élection à 36% au début de l'année 2003. (www.aresearch.org).

[17]↑ Le congrès constitutif du MNS-2 s'est tenu début avril 2002. Siméon-II en a été élu président. Il sera entouré de 4 vice-présidents, d'un Conseil politique de 19 membres et d'un Conseil national de 51 personnes. Dans une déclaration sur les valeurs fondamentales du mouvement il est indiqué, en substance, que le parti partage les idéaux des Partis populaires européens (PPE), qu'il est conservateur sans être élitaire ; libéral mais à forte orientation sociale ; national sans être nationaliste. D'après une récente étude sociologique (juin 2002), sur les 2 millions de Bulgares ayant voté pour le MNS-2 lors des dernières élections législatives de juin 2001, 900.000 proviendraient du mouvement anti-communiste des Forces démocratiques unies (bleu), 300.000 du PSB (rouge) et 800.000 indécis de ce que l'on pourrait appeler la mouvance politiquement opportuniste de l'électorat bulgare actuel. Sur ses 2 millions d'électeurs, le MNS-2 aurait perdu environ 240.000 rouges, 60.000 bleus (qui seraient retournés dans leur parti d'origine) et surtout 900.000 sympathisants qui se déclarent désormais indécis. Il est intéressant de noter que les pertes les plus importantes concernent les personnes peu instruites et vivant à la campagne. Pour les spécialistes, se poserait alors le positionnement politique du MNS-2 qui semble disposer d'un meilleur potentiel de voix au centre et au centre gauche qu'à droite. Selon certains analystes, il ne serait pas étonnant que le Premier ministre, qui aurait plutôt eu tendance à se situer à droite sur l'échiquier politique, pourrait être amené, par pragmatisme, à se repositionner politiquement.

[18]↑ L'attitude positive à l'égard du MNS-2 est passée de 40% en mai-juin 2001 à 31% en février 2003. Si des élections avaient lieu (mars 2003), le MNS-2 ne recueillerait que 10% des suffrages (11% pour l'UFD et 22% pour le Parti socialiste).

[19]↑ Lors de son discours (04-02) devant le MNS-2, le Premier ministre a indiqué que le chômage avait baissé de 35.000 personnes et que la criminalité avait reculé de 16% en un an (mars 2001-mars 2002). En juin 2002, la ministre du Travail et des Affaires sociales a souligné que le nombre de chômeurs bénéficiant d'une aide sociale a doublé depuis 1999 et s'est chiffré, en 2001, à environ 167.000 personnes (des Roms pour la plupart). A noter également la mise en place d'une véritable politique d'accompagnement social des plus démunis puisque les personnes le désirant se verront proposer des emplois dans des secteurs d'utilité publique. Les salaires et les cotisations sociales de ces personnes devant être pris en charge par le budget de l'État.

[20]↑ Siméon-II a été reçu par le Président G. W. Bush en avril. Au cours de cette visite, le Premier ministre a exposé le plan bulgare en vue d'adhérer à l'OTAN qui prévoit notamment la destruction de 352 chars, 7 navires militaires et la fermeture de 122 unités militaires. Le 31 mai 2002, la Bulgarie a signé avec les États-Unis un memorendum sur l'élimination de ses missiles SS-23 dont le coût de destruction (5 millions de $) sera financé par les États-Unis.

[21]↑ Outre son entretien avec le Président V. Poutine, Siméon-II a rencontré A. Koudrine, le Vice-premier ministre, ministre des Finances et président de la commission mixte Russo-Bulgare. Parmi divers accords, la Bulgarie a enfin signé une annexe à l'accord de 1995 sur le règlement des dettes réciproques. La Russie va donc rembourser à la Bulgarie la somme de 88,5 millions de $ (dont 49,5 sous forme de combustible nucléaire pour la centrale de Koslodouy). La Bulgarie s'est d'autre part engagée à accélérer l'enregistrement au nom de la Russie des biens immobiliers de l'ex-URSS en Bulgarie. Jusqu'à ce jour, le refus bulgare de signer un tel accord avait bloqué le remboursement de la dette russe à la Bulgarie. La presse bulgare rapporte également les propos du ministre russe de l'énergie nucléaire, A. Roumiantsev, selon lesquels la Russie participerait à l'appel d'offre pour la construction de l'éventuelle future centrale nucléaire de Béléné en Bulgarie. (On peut souligner à ce sujet que, dans un discours devant le MNS-2, Siméon-II a indiqué qu'il faisait du dégel de la construction de cette centrale une priorité de son gouvernement). En marge de sa visite politique, Siméon-II a également rencontré le Patriarche Alexis II.

[22]↑ Le Président Poutine a effectué, quant à lui, une visite officielle en Bulgarie en mars 2003 pour le 125e anniversaire de la libération de la Bulgarie du joug ottoman par la Russie. Il ne fait aucun doute que cette visite, hautement symbolique au plan historique pour la Bulgarie, sera également l'occasion d'observer la nature des relations que la Russie entend entretenir avec ce futur membre de l'UE (début 2007, selon toute vraisemblance, si la Bulgarie poursuit sa politique actuelle) malgré l'influence qu'elle souhaite conserver dans ce pays stratégique des Balkans.

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