Condamnations à mort d'infirmières bulgares en Libye

Revue de la presse bulgare

L'effroyable nouvelle de la condamnation à mort des cinq infirmières bulgares en Libye fait la Une des quotidiens bulgares datés du 7 mai 2004. Un mot lugubre figure partout en gros caractères et attire l'attention - on les condamne à être FUSILLÉES.

Désormais, le destin des jeunes femmes bulgares dépend de l'humanisme du leader libyen Mouamar Kadhafi, souligne le quotidien bulgare Troud, en ajoutant que l'Union européenne n'accepte pas la peine capitale. Dans l'éditorial, Guéorgui Traykov écrit que le verdict à Benghazi constitue une mise à mort au fusil à bout portant pour la diplomatie bulgare.

Selon 24 heures, la clémence du tribunal de Benghazi aurait consisté à condamner les cinq jeunes femmes bulgares à être fusillées plutôt que de les envoyer à la potence. Le correspondant de ce journal en Libye témoigne de ce que les membres du corps médical auraient écouté le prononcé du verdict une icône de Saint-Georges à la main, tandis que la foule en furie au dehors scandait les appels à la mort, en brandissant des portraits de Mouamar Kadhafi.

Le même journal cite le chancelier allemand Gerhard Schröder, après sa rencontre avec le Premier ministre bulgare Siméon Sakskobourgotski, lequel est en visite à Berlin : l'Allemagne s'engagerait à apporter son aide. Les deux hommes politiques appellent à une attitude plus prudente envers ce problème humanitaire. Monitor s'attarde sur le fait que les verdicts auraient été prononcés en deux minutes, et que les accusés n'en auraient été informés qu'à leur sortie de la salle d'audience, car le juge a interdit à l'interprète de traduire. Le journal publie des déclarations des infirmières bulgares au téléphone depuis la prison de Benghazi, immédiatement après leur retour du tribunal.

Nassya Nénova dit qu'elles sont toutes sous le choc, comme si tout cela ne les concernait pas. Je ne sais pas du tout ce qui va suivre, dit Valentina Siropoulo. Je sais qu'il reste encore des issues possibles, mais en cinq ans, ils nous ont déjà tuées. Nous allons devoir errer ici comme des âmes mortes, sans qu'on puisse trouver de solution de sitôt. Je m'attendais à 15 ou 20 ans de prison, peut-être plus. Mon Dieu, ça non, s'exclame Valya Tchervényachka.

Kristiyana Veultchéva est la seule à s'être attendue à une telle tournure des événements. Nous envisagions toutes les possibilités, y compris celle-ci, dit-elle. Tout ça, c'est un sinistre spectacle de cirque ou de théâtre qui continue. Je ne m'inquiète pas. Je suis innocente, et n'ai été qu'observatrice pendant tout ce temps. C'est inadmissible qu'on s'acharne sur nous comme sur des barbares en marge de la civilisation. J'attends l'arrivée d'un miracle, déclare à la fin Kristina Veultchéva. Tous les membres du corps médical bulgare craignent le lynchage et espèrent qu'ils ne seront pas retransférés dans la prison de Tripoli, où leurs peines de mort pourraient être exécutées par les prisonniers eux-mêmes.

Les verdicts prononcés à l'encontre des membres du corps médical de nationalité bulgare sont assurément à usage interne, ont essentiellement pour visée la politique intérieure, affirme George Joffe, expert britannique des problèmes de la Libye, dont le journal Pari, dans son édition électronique, cite les propos depuis le Centre du développement international de l'université de Cambridge. Mon pronostic est que Kadhafi déclarera que la condamnation sera prorogée, et qu'il annoncera ensuite qu'il a décidé de gracier les accusés, pense Joffe. Cela risque de prendre du temps, car il faut prendre en compte l'opinion publique en Libye. Il serait très difficile pour le tribunal libyen d'ignorer l'immense colère accumulée dans le pays, surtout dans la région de Benghazi. Selon moi, c'est précisément à cause de cela qu'on en est arrivé à cette condamnation politique, souligne l'expert britannique.

Ilko Iliev (www.rfi.bg)
Traduit du bulgare par Athanase Popov

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