Hovaguim Hovaguimian

Monsieur Hovaguimian était un ébéniste sculpteur sur bois très connu en Bulgarie. II a laissé de nombreuses œuvres, qu'il concevait et exécutait lui-même.

Citons en particulier l'autel et le panneau commémoratif dédié au génocide dans l'église arménienne de Sofia, une croix sculptée au musée d'Etchmiadzine, une statue de la Vierge au musée arménien des Pères Mekhitaristes à Vienne, du mobilier de salon, avec incrustation d'argent et de nacre en France, des plafonds, du mobilier de bureau ; bureau, avec fauteuil, table basse et tabourets avec incrustation de cuivre et de nacre, ainsi que sa maison, avec meubles et décorations, qu'il avait construite de ses propres mains, dans la banlieue Sud-Ouest de Sofia, au pied de la montagne Vitocha.

Par ailleurs, il a participé activement à la vie communautaire des Arméniens de Bulgarie : il a fait partie des sportifs du Homénetmen de Plovdiv, sa ville natale, avant l'avènement du régime communiste, et a chanté pendant plus de 40 ans dans des chorales ; en particulier, il a été un des fondateurs de la Chorale mixte Knar créée en 1936.

Notons qu'en août 2000, la télévision et la radio bulgares ont diffusé des reportages à son sujet. Enfin, en février dernier, la communauté arménienne de Bulgarie a fêté son jubilé dans les salons du Palais royal à Sofia, devant ses œuvres présentées lors d'une exposition consacrée au 1700e anniversaire de l'adoption du Christianisme comme religion d'État en Arménie. Les medias bulgares et arméniens en ont fait un large écho.

C'est avec tristesse que nous avons appris la disparition à l'âge de 93 ans de Hovaguim Hovaguimian, père d'Annie Pilibossian, survenue le 9 juillet 2001, en son domicile à Sofia (Bulgarie).

Mais qui mieux que sa fille, Annie, peut parler du père, de l'homme et de l'artiste !

Jean-Pierre Hatchikian
Secrétaire de l'ACAM

Le Maître

C'est ainsi que tout le monde l'appelait - ses collègues, les amis, les voisins, les connaissances.

Devenu orphelin de mère dès le très jeune âge, aîné d'une famille nombreuse, au lieu de faire des études, papa commence à travailler à l'âge de 17 ans dans l'atelier de son père, menuisier. Très vite on s'aperçoit qu'il dessine bien et qu'il est habile de ses mains, on le charge de l'exécution des portes et des fenêtres, commandées par des particuliers. Mais, papa ne se contente pas de ce travail, il commence la sculpture sur toutes sortes de meubles d'intérieur en bois, qu'il fabrique lui-même, en incrustant d'autres matériaux, comme le nacre multicolore ou le cuivre et les fils d'argent.

Avec des mouvements souples et rapides, en quelques minutes, sur la surface lisse d'une simple planche de bois apparaissaient sous son crayon de peintre doué des motifs inattendus, qu'il sculpte aussitôt après avec ses instruments, je dirais de précision, tellement les motifs qu'il exécutait, souvent représentant des fleurs, surprenaient par leur finesse. Papa prenait grand soin de ses instruments, non seulement parce qu'ils représentaient pour lui le seul héritage de son père, mais aussi parce qu'à l'époque communiste nourrir une famille en faisant de l'art était très difficile et il ne pouvait nulle part en trouver d'autres pour compléter leur nombre.

Nous étions quatre dans notre famille. Maman s'était entièrement consacrée à l'éducation de mon frère et à la mienne. Par manque d'argent, pendant les vacances d'été, au lieu d'aller nous reposer à la mer ou à la montagne, nous allions avec mon frère tous les jours travailler dans l'atelier de papa, situé au centre-ville de Sofia. Je garde de ces années-là le souvenir d'un père sévère et exigeant. Mais, mes parents ont tout fait pour que nous puissions, mon frère et moi, fréquenter les meilleures écoles de la capitale.

Lycéenne ou étudiante, je retournais souvent dans son atelier, pour regarder comment il travaillait. La presse bulgare faisait écho des travaux de papa à chaque fois qu'il participait à une exposition. Les meubles qu'il présentait étaient sans pareils, très différents des objets exposés par les autres artistes, si bien que l'attention des critiques d'art était toujours attirée par ses travaux, plafonds sculptés ou ensembles de mobilier.

Beaucoup plus tard, nous nous sommes rendus compte qu'en réalité papa créait des oeuvres d'art. Aujourd'hui, ses travaux sont éparpillés un peu partout dans le monde, d'Arménie en passant par la Bulgarie, la Grèce, l'Europe occidentale jusqu'aux États-Unis.

Mais les talents artistiques de papa ne s'arrêtaient pas là ! Doté d'une forte voix de basse, sans doute héritée de celle de son grand-père, Der Haïr (curé en arménien) à Sébaste, il a chanté 40 ans dans la chorale masculine Kaval. Grâce aux concerts de cette chorale, donnés souvent à l'étranger dans les années 1960 - 1980, papa a pu visiter tous les pays d'Europe occidentale et centrale et enrichir ainsi sa propre culture artistique. En plus, il chantait aussi dans la chorale de l'église arménienne de Sofia.

Profondément éprouvé par le tremblement de terre, survenu en Arménie le 7 décembre 1988, il se mit à écrire des poésies. Quelques unes ont été publiées dans la presse arménienne de Sofia et d'Athènes.

II vécut les deux guerres mondiales, le système totalitaire bulgare du début à la fin, il connut toutes les joies, mais hélas aussi toutes les douleurs - notamment le décès d'un fils, mon frère aîné. Pourtant, il a su traverser le XXe siècle, malgré tous les obstacles, en laissant une œuvre considérable derrière lui.

Annie Pilibossian

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