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Vol direct Bulgarie

Batak

Depuis les Thraces, la libération du joug ottoman, l'époque communiste, la démocratie.

Batak

Messagepar amelie » samedi 07 juin 2008 15:44

Comme je n'avais pas encore entendu parler de Batak( ou cela m'avait échappé ,-bg avant de voir les photos sur le forum, j'ai fait une petite recherche sur Internet et j'ai trouvé 2 articles intéressants sur le site de la BNR

L’église Svéta-Nédélia à Batak

Batak accueille les touristes

[Edité par Françoise : les liens ont été supprimés, introuvables au 22/10/2009]
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Messagepar Veltchovska » samedi 07 juin 2008 20:36

Victor Hugo a rédigé, en 1876, un texte pour appeler l'attention des nations sur ce qui se passait alors à Batak (c'est un peu long, mais édifiant ).


"Il devient nécessaire d’appeler l’attention des gouvernements européens sur un fait tellement petit, à ce qu’il paraît, que les gouvernements semblent ne point l’apercevoir. Ce fait, le voici : on assassine un peuple. Où ? En Europe. Ce fait a-t-il des témoins ? Un témoin, le monde entier. Les gouvernements le voient-ils ? Non.

Les nations ont au-dessus d’elles quelque chose qui est en dessous d’elles, les gouvernements. A de certains moments, ce contresens éclate : la civilisation est dans les peuples, la barbarie est dans les gouvernants. Cette barbarie est-elle voulue ? Non. Elle est simplement professionnelle. Ce que le genre humain sait, les gouvernements l’ignorent. Cela tient à ce que les gouvernements ne voient rien qu’à travers cette myopie, la raison d’Etat ; le genre humain regarde avec un autre œil, la conscience.

Nous allons étonner les gouvernements européens en leur apprenant une chose, c’est que les crimes sont des crimes, c’est qu’il n’est pas plus permis à un gouvernement qu’à un individu d’être un assassin, c’est que l’Europe est solidaire, c’est que tout ce qui se fait en Europe est fait par l’Europe, c’est que, s’il existe un gouvernement bête fauve, il doit être traité en bête fauve; c’est qu’à l’heure qu’il est, tout près de nous, là, sous nos yeux, on massacre, on incendie, on pille, on extermine, on égorge les pères et les mères, on vend les petites filles et les petits garçons; c’est que, les enfants trop petits pour être vendus, on les fend en deux d’un coup de sabre; c’est qu’on brûle les familles dans les maisons ; c’est que telle ville, Batak, par exemple, est réduite en quelques heures de neuf mille habitants à treize cents c’est que les cimetières sont encombrés de plus de cadavres qu’on n’en peut enterrer, de sorte qu’aux vivants qui leur ont envoyé le carnage, les morts renvoient la peste, ce qui est bien fait ; nous apprenons aux gouvernements d’Europe ceci, c’est qu’on ouvre les femmes grosses pour leur tuer les enfants dans les entrailles, c’est qu’il y a dans les places publiques des tas de squelettes de femmes ayant la trace de l'éventrement, c’est que les chiens rongent dans les rues le crâne des jeunes filles violées, c’est que tout cela est horrible, c’est qu’il suffirait d’un geste des gouvernements d’Europe pour l’empêcher, et que les sauvages qui commettent ces forfaits sont effrayants, et que les civilisés qui les laissent commettre sont épouvantables.

Le moment est venu d’élever la voix. L’indignation universelle se soulève. Il y a des heures où la conscience humaine prend la parole et donne aux gouvernements l’ordre de l’écouter.

Les gouvernements balbutient une réponse. Ils ont déjà essayé ce bégaiement. Ils disent : on exagère.

Oui, l’on exagère. Ce n’est pas en quelques heures que la ville de Batak a été exterminée, c’est en quelques jours ; on dit deux cents villages brûlés, il n’y en a que quatre-vingt dix-neuf ; ce que vous appelez la peste n’est que le typhus ; toutes les femmes n’ont pas été violées, toutes les filles n’ont pas été vendues, quelques-unes ont échappé. On a châtré des prisonniers, mais on leur a aussi coupé la tête, ce qui amoindrit le fait ; l’enfant qu’on dit avoir été jeté d’une pique à l’autre n’a été, en réalité, mis qu’à la pointe d’une bayonnette ; ou il y a une vous mettez deux, vous grossissez du double, etc., etc., etc.

Et puis, pourquoi ce peuple s’est-il révolté ? Pourquoi un troupeau d’hommes ne se laisse-t-il pas posséder comme un troupeau de bêtes? Pourquoi ? Etc., etc., etc.

Cette façon de pallier ajoute à l’horreur. Chicaner l’indignation publique, rien de plus misérable. Les atténuations aggravent. C’est la subtilité plaidant pour la barbarie. C’est Byzance excusant Stamboul.

Nommons les choses par leur nom. Tuer un homme au coin d’un bois qu’on appelle la forêt de Bondy ou la forêt Noire est un crime; tuer un peuple au coin de cet autre bois qu’on appelle la diplomatie est un crime aussi.

Plus grand, voilà tout.

Est-ce que le crime diminue en raison de son énormité ? Hélas ! C’est en effet une vieille loi de l’histoire. Tuez six hommes, vous êtes Troppmann ; tuez-en six cent mille, vous êtes César. Etre monstrueux, c’est être acceptable. Preuves : la Saint-Barthélémy, bénie par Rome; les dragonnades, glorifiées par Bossuet ; le Deux-Décembre, salué par l’Europe.

Mais il est temps qu’à la vieille loi succède une loi nouvelle ; si noire que soit la nuit, il faut bien que l’horizon finisse par blanchir.

Oui, la nuit est noire ; on en est à la résurrection des spectres. Après le Syllabus voici le Coran ; d’une Bible à l’autre on fraternise ; jungamus dextras ; derrière le Saint-Siège se dresse la Sublime Porte ; on nous donne le choix des ténèbres ; et voyant que Rome nous offrait son moyen âge, la Turquie a cru pouvoir nous offrir le sien.

Où s’arrêtera-t-on ? Quand finira le martyre de cette héroïque petite nation ?

Il est temps que sorte de la civilisation une majestueuse défense d’aller plus loin. Cette défense d’aller plus loin dans le crime, nous, les peuples, nous l’intimons aux gouvernements.

Mais on nous dit : vous oubliez qu’il y a des “questions”. Assassiner un homme est un crime, assassiner un peuple est une “question”. Chaque gouvernement a sa question ; la Russie a Constantinople, l’Angleterre a l’Inde, la France a la Prusse, la Prusse a la France.

Nous répondons : l’humanité aussi a sa question ; et cette question, la voici, elle est plus grande que l’Inde, l’Angleterre et la Russie : c’est le petit enfant dans le ventre de sa mère.

Remplaçons les questions politiques par les questions humaines.

Tout l’avenir est là.

Disons-le, quoi qu’on fasse, l’avenir sera. Tout le sert, même les crimes. Serviteurs effroyables.

Ce qui se passe à Batak démontre la nécessité des Etats-Unis d’Europe. Qu’aux gouvernements désunis succèdent les peuples unis. Finissons-en avec les empires meurtriers. Muselons les fanatismes et les despotismes. Brisons les glaives valets des superstitions et les dogmes qui ont le sabre au poing. Plus de guerres, plus de massacres, plus de carnages ; libre pensée, libre échange ; fraternité. Est-ce donc si difficile, la paix ? La République d’Europe, la Fédération continentale, il n’y a pas d’autre réalité politique que celle-là. Les raisonnements le constatent, les événements aussi. Sur cette réalité, qui est une nécessité, tous les philosophes sont d’accord, et aujourd’hui les bourreaux joignent leur démonstration à la démonstration des philosophes. A sa façon, et précisément parce qu’elle est horrible, la sauvagerie témoigne pour la civilisation. Le progrès est signé Achmet-Pacha. Ce que les atrocités de Batak mettent hors de doute, c’est qu’il faut à l’Europe une nationalité européenne, un gouvernement un, un immense arbitrage fraternel, la démocratie en paix avec elle-même, toutes les nations sœurs ayant pour cité et pour chef-lieu Paris, c’est-à-dire la liberté ayant pour capitale la lumière. En un mot, les Etats-Unis d’Europe. C’est là le but, c’est là le port. Ceci n’était hier que la vérité ; grâce aux bourreaux de Batak, c’est aujourd’hui l’évidence. Aux penseurs s’ajoutent les assassins. La preuve était faite par les génies, la voilà faite par les monstres.
L’avenir est un dieu traîné par des tigres !
Paris, 29 août 1876"
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Messagepar rock » samedi 07 juin 2008 21:56

Magnifique!

Hélas, l'histoire se répète et le genre humain n'a pas beaucoup évolué, cela lui prendra un gros cataclysme pour retirer une petite leçon, Néandertaliens que nous sommes!

Et aujourd'hui, les Hugo, Botev, Levski ne sont plus visibles, on a cassé le moule, pauvres de nous!

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Messagepar Chantal » samedi 07 juin 2008 22:26

Et bien, je ne regrette pas d'avoir fait remonter ce post ! Voilà une belle leçon d'histoire et de modestie.
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Messagepar VUK HERCEGOVAC » mardi 10 juin 2008 19:07

:bg: ЗДРАВЕЙТЕ ВСИЧКИ :bg:


rock a écrit:Et aujourd'hui, les Hugo, Botev, Levski ne sont plus visibles, on a cassé le moule, pauvres de nous!Rock



Comment ça,pauvres de nous,ne croyez-vous pas que BHL,Alain FINKIELKRAUT,André GLUCKSMAN et Bernard KOUCHNER ne sont pas LES PHARES de la pensée humaine,les DANUBES de la Philosophie francophone.
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Messagepar Françoise » mardi 10 juin 2008 19:20

VUK, vous les avez cités par ordre de préférence ? brule:
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Messagepar rock » mercredi 11 juin 2008 2:55

VUK HERCEGOVAC a écrit::bg: ЗДРАВЕЙТЕ ВСИЧКИ :bg:


rock a écrit:Et aujourd'hui, les Hugo, Botev, Levski ne sont plus visibles, on a cassé le moule, pauvres de nous!Rock



Comment ça,pauvres de nous,ne croyez-vous pas que BHL,Alain FINKIELKRAUT,André GLUCKSMAN et Bernard KOUCHNER ne sont pas LES PHARES de la pensée humaine,les DANUBES de la Philosophie francophone.
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Les phares oui, personne ne les dénigre, mais la pensée humaine a besoin d’être suivie d’actes concrets. On ne lit pas de la philosophie quand on a faim! Cela ne se mange pas. On ne lit rien du tout, même pas les étiquettes. Et là on arrive à ce que je voulais dire : bien plus rares sont maintenant ceux qui comme Hugo, Levski, Botev ont suscité un telle prise de conscience que l’action devient évidente et logique même pour le commun de mortels. Les horreurs de leur temps ont été renversées.

Eh oui, je sais, il y a ceux que vous avez cité et il y a J.-Y. Cousteau, Richard Desjardins, Riccardo Petrella, qui agissent mais le mal demeure et seules les techniques de surveillance, de marketing et de torture progressent. De nos jours le moule des titans capables de renverser une situation sociale intolérable semble cassé. Par contre, ceux qui créent des situations sociales intolérables sont toujours là, reviennent, les abus continuent. L’oppression n’est plus seulement politique, mais aussi économique, raciale, et tout ce que l’on voudra, totale.

Alors, « les phares de la pensée » éclairent, « les Danubes » coulent et cela empire comme si de rien n’était. Et demain tout ceci sera oublié, sera poussière. Jésus, Spartacus, Botev, poussières oubliées, - pauvres de nous, vous comprenez ?

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Messagepar VUK HERCEGOVAC » mercredi 11 juin 2008 21:15

:bg:ЗДРАВЕЙТЕ ВСИЧКИ :bg:



Françoise a écrit:VUK, vous les avez cités par ordre de préférence ? brule:


Préférence,il faut que je le dise très vite,mais j'ai eu l'occasion de "fréquenter" un certain Glucksman André qui n'avait pas du tout la "bonhomie" qu'on lui connait aujourd'hui, quel pourfendeur de la bourgeoisie
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Messagepar Boriana-B » jeudi 08 avril 2010 19:21

Veltchovska a écrit:Victor Hugo a rédigé, en 1876, un texte pour appeler l'attention des nations sur ce qui se passait alors à Batak (c'est un peu long, mais édifiant ).

"Il devient nécessaire d’appeler l’attention des gouvernements européens sur un fait tellement petit, à ce qu’il paraît, que les gouvernements semblent ne point l’apercevoir. Ce fait, le voici : on assassine un peuple. Où ? En Europe. Ce fait a-t-il des témoins ? Un témoin, le monde entier. Les gouvernements le voient-ils ? Non. [...]


Hélas même Victor Hugo était désinformé par les médias de l'époque puisque le titre original de cet appel est "Pour la Serbie". Il s'agit évidemment d'une erreur car la Principauté de Serbie avait recouvré son autonomie en 1830...

Victor Hugo a lancé son appel en 1876 suite à l’insurrection d’avril en Bulgarie et la ville dont il parle c’est la ville de Batak, pas de Balak – la ville de Balak n’a jamais existé ni en Bosnie-Herzégovine (qui s’était insurgée en 1875 contre les ottomans), ni en Europe.

Par contre la ville de Batak, située dans le Sud-Ouest de la Bulgarie est connue par ce sort dramatique, une ville où les Turcs avaient massacré au mois d’avril 1876 des bébés, des enfants, des femmes…

Cet appel fut repris et largement diffusé par la propagande serbe pour en faire l’usage qu’elle jugeait opportun.

Sur le site de liternet vous pouvez lire l'article de M.Tontcho KARABOULKOV à ce sujet (en bulgare):

http://liternet.bg/publish13/r_zaimova/yugo.htm

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Messagepar Boriana-B » jeudi 08 avril 2010 19:28

Je voudrais ajouter encore un lien consacré au sujet ci-dessus (en bulgare):

http://www.bg-history.info/209/VIKTOR-I ... ARIIa.html

L'article de T.Karaboulkov dont je vous parlait dans mon message précédent. :)
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Messagepar Françoise » jeudi 08 avril 2010 20:41

Moi je rajoute que, malheureusement, j'avais préparé deux longues pages sur Januarius Aloysius MacGahan et sa correspondance avec l'aide de TROIS personnes qui se sont donné du mal pour rendre le texte et la présentation lisible sur le web (une page web ne s'écrit pas de la même façon qu'une page papier)
Et, une fois prêtes, la personne qui avait traduit la correspondance de l'anglais vers le français, avait trouvé "inadmissibile et intolérable" que je me sois permise d'ajouter une note expliquant qui était Disraeli !!!
D'après elle, tout le monde sait qui il était.
Conclusion :
les pages sont restées sur mon ordinateur.
Je pourrais, éventuellement, publier sur le forum une petite page qui avait été réalisée par madame Dimitrina Aslanian pour la petite revue papier que nous éditions.
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Messagepar Françoise » jeudi 08 avril 2010 22:33

Januariaus Aloysius MacGahan (1844-1878)

Le journaliste américain MacGahan laissa une bien plus forte empreinte dans les annales historiques des pays de ses reportages que dans celles de son pays natal. C’est le cas en Bulgarie, où il est bien connu et respecté cent trente ans après sa mort. On célèbre des services religieux à sa mémoire à l’église du monastère de Chipka situé dans la partie centrale de la chaîne du Balkan, pas très loin de l’endroit où MacGahan chevaucha dans l’avant-garde de l’armée du général Gourko. On vénère à Pazardjik et à Batak ses portraits et ses monuments. Du côté bulgare, MacGahan est vu comme un des meilleurs journalistes du XIXe siècle.
Ses reportages depuis la Bulgarie après l’étouffement de la révolte du mois d’avril 1876 et au cours de la guerre russo-turque en 1877-1878 sont des documents historiques importants et un phénomène de la littérature journalistique européenne. Il ne fut pas seulement un observateur éloigné
des événements, mais y fut présent souvent en première ligne et les décrivit avec sympathie et compassion. A l’aube de l’ère des communications lorsque commença l’utilisation du télégraphe et le câble transocéanique devint réalité, MacGahan servit l’opinion publique dans un siècle qui changea profondément les sociétés.

Avant de décrire le drame cruel du peuple bulgare, MacGahan a sillonné la terre chargé avec des missions journalistiques extraordinaires.
Comme correspondant du journal « New York Herald » il observa la guerre franco-prusse en 1870 et décrivit la Commune parisienne en 1871. Envoyé par le même journal, il fit un voyage périlleux en suivant la campagne de l’armée russe en Asie pour la conquête de l’ancienne citadelle de Khiva. MacGahan fut l’unique journaliste étranger qui arriva jusqu’à la ville de Khiva en 1873.

L’année suivante il fut en Espagne pour décrire la guerre des Carlistes puis, en 1875 il participa dans l’expédition polaire avec le bateau « Pandora ».
Le point culminant de la vie journalistique de MacGahan sont ses reportages de la Bulgarie ensanglantée et humiliée après la révolte du mois d’avril 1876.
MacGahan, ensemble avec le diplomate américain Eugene Schuyler, visita les villes et villages bulgares réduits en cendres : Batak, Peroushtitza, Panaguiriste, Klisoura. Il exécuta cette mission comme correspondant du journal londonien « Daily News ».
C’est à travers ses reportages que l’Europe entière prit connaissance des inimaginables atrocités turques en Bulgarie. Les détails sur ces événements devinrent un thème récurrent de conversations.

La rédaction du « Daily News » publia une brochure sous le titre « Les atrocités turques en Bulgarie ». La brochure inclut aussi le rapport d’Eugene Schuyler, confirmant officiellement les descriptions dans les reportages de MacGahan.
La rédaction du « Daily News » fut submergée de lettres de gens de diverses classes sociales et tendances politiques, arrivées de tous les coins d’Angleterre.

L’image des martyrs bulgares dans ces textes ne s’oublie pas :

...Des petites têtes bouclées apparaissaient dans la masse pourrissante, écrasées sous de lourdes pierres. De petits pieds, longs comme un doigt, dont la chair a séché par la chaleur terrible avant d’avoir eu le temps de se décomposer ; petites mains de bébés, tendues comme si elles appelaient à l’aide ; des bébés dont le dernier regard étonné avait vu l’éclat métallique d’un sabre tenu par les mains ensanglantées d’un homme cruel ; des enfants qui étaient morts parmi les cris de peur et d’horreur ; des jeunes filles, péries en sanglots, gémissantes et demandant grâce ; des mères mortes en essayant avec leurs corps maigres de sauver leurs petits enfants...Tous, ils gisent ensemble en se décomposant dans une masse terrifiante. Maintenant, ils se sont tus pour toujours. Il n’y a pas de pleurs, ni de cris – ni de cris aigus et perçants, ni des prières de grâce... Le blé pourrit dans les champs mais les moissonneurs pourrissentici dans la cour de l’église...


Pendant l’été 1878, ces événements furent l’objet d’enquêtes de commissions gouvernementales et de personnes privées.
Sous la pression de l’opinion publique et de la polémique qui eut lieu au Parlement, le gouvernement anglais choisit Walton Bering, secrétaire de l’ambassade d’Istanbul, pour faire une novelle enquête. À l’issue de celle-ci, Bering donna une description concrète des massacres à Batak et à d’autres
endroits et confirma les faits publiés par MacGahan.

L’enquête menée par Eugene Schuyler eut un effet important. Son rapport préliminaire fut publié le 29 août dans le « Daily News » et, malgré qu’il n’eut pas de caractère polémique, il confirma les lettres de MacGahan et renforça l’indignation de la société.
L’enquête officielle du côté russe fut menée par le kniaz Tseretelev. Elle fut coordonnée avec celle de Schuyler et les résultats furent publiés dans un rapport commun signé à Kazanlak.
Du côté allemand, l’enquête fut menée par Dr K. Scheider. La France envoya Ivan de Westin.

Ainsi, à travers MacGahan, le monde civilisé devint témoin du sort des Bulgares.
MacGahan, dans sa dernière correspondance, accusa Disraeli et l’ambassadeur anglais à Constantinople, Sir Henri Elliot, d’avoir désinformé sciemment la société anglaise sur la situation en Bulgarie.
William Gladstone, chef du parti libéral, retiré de l’activité politique en 1875, suivit attentivement la situation en Bulgarie et se rendit compte qu’il avait encore des combats politiques à livrer. Il écrivit un des plus fameux pamphlets de tous les temps, un chef d’oeuvre sur « Les horreurs bulgares et le problème de l’Est ».
Ce pamphlet publié le 6 septembre, se vendit avec une vitesse surprenante et au bout d’un mois eut un tirage de 200000 exemplaires. Gladstone réunit sans tarder un grand nombre de personnalités influentes qui se déclarèrent pour la cause bulgare.

La pression diplomatique se renforça. Une conférence convoquée le 20 novembre 1876 dans la capitale turque se termina sans succès le 18 janvier 1877. Les représentants européens quittèrent la ville avec la conviction qu’une guerre entre la Russie et la Turquie était proche.
Le gouvernement russe entreprit de nouveau des démarches auprès des Grandes Puissances pour éviter la guerre. Les nouvelles propositions adressées à la Sublime Porte furent rejetées et la guerre de la Russie contre la Turquie fut déclarée par l’empereur Alexandre II à Kichinev le 12 avril 1877.

MacGahan resta avec l’armée russe jusqu’à sa traversée du Danube. À cheval ou en phaéton loué, il visitait les villages du côté bulgare du Danube en cherchant des informations dans la zone des actions de guerre pour informer les lecteurs du « Daily News ».
Après avoir traverser le Danube avec succès, les Russes percèrent le premier front de défense turque avec peu de victimes. Le but suivant de l’armée du Sud fut de traverser le Balkan par un des cols naturels nommé Chipka. Deux brigades de cavaliers sous la commande du général Gourko occupèrent l’ancienne capitale Tarnovo, là aussi sans grande résistance du côté turc.

MacGahan arriva à Tarnovo un jour après le départ de l’armée vers Chipka.
Pour les rattraper, il monta sur son cheval et se dirigea dans la même direction. Il rattrapa l’arrière-garde de l’armée le 15 juillet et écrivit un long rapport où il narra la traversée de Chipka :
« Il fait nuit. Le doux voile de ténèbres entoure les arbres, les rochers et la forêt. Le silence est presque absolu et les cris occasionnels d’un oiseau résonnent clairement et effraient. Si l’on prête l’oreille attentivement, on peut saisir aussi d’autres sons : un murmure humain, la frappe impatiente du sabot d’un cheval. En effet, juste au-dessous de la maisonnée où je me suis abrité, il y a une batterie de canons et à trois quatre miles dans le vallon rocheux se repose toute l’armée... Nous nous trouvons dans le vallon le plus inabordable de Stara Planina au début du col que les Turcs ont laissé sans défense et nous espérons le traverser tôt le matin. C’est la raison pour garder un silence complet et ne pas allumer du feu, sans dîner, sans des bruits et les vues habituelles qui accompagnent un bivouac militaire ».
Les troupes du général Gourko reprirent la marche à six heures du matin et arrivèrent dans la vallée où se trouvait le campement turc. À leur apparition, les Turcs effrayés se retirèrent vers la ville de Kazanlak en laissant leurs provisions et équipements.
MacGahan avait eut le malheur en tombant du cheval de casser sa cheville qui ne fut pas guérie. Il continua à chevaucher attentivement, mais la malchance le poursuivit, il tomba une seconde fois sur le même pied et aggrava son état.
Ce fait ne l’empêcha pourtant pas d’être le seul correspondant qui traversa le Balkan en même temps que l’armée du général Gourko.
Kazanlak fut occupée par les Russes le 19 juin. MacGahan réussit à écrire de cette ville un texte long et détaillé qui fut apporté par un coursier à Tarnovo et de là à Bucarest.

La progression russe et une si faible résistance étonnèrent les commandements russe et turc ainsi que le gouvernement britannique.
Après l’occupation de Kazanlak, le général Gourko décida de terminer la journée en prenant aussi le village de Chipka, centre de la production de l’huile de rose, situé à environ 600 m. d’altitude sur le versant du Balkan. Vers 15 heures du 10 juillet, les Russes occupèrent les environs du village et fermèrent l’accès du col aux Turcs. Le succès du général Gourko provoqua des secousses importants.
La population turque dans la sphère d’actions des Russes commença à s’enfuir vers la capitale turque.
Une nouvelle bataille se prépara pendant la troisième semaine de juillet 1877 qui arrêta l’avancée victorieuse des Russes et fit perdre la vie à des dizaines de milliers de soldats. Ce fut la bataille de Pleven. Cette ville avait été occupée par l’armée turque menée par Osman Pacha immédiatement après la descente des Russes sur le territoire bulgare. Les quelques attaques sans succès et beaucoup de pertes de la colonne russe de l’Occident imposèrent une révision de stratégie au quartier général russe. On envoya en Bulgarie un des plus éminents ingénieurs militaires russes, le général Totleben, qui fit couper toutes les voies de ravitaillement turc. L’armée du général Gourko fut déplacée et installée du côté ouest de la ville.
MacGahan qui resta tout le temps au côté du général voyait cette guerre comme « son histoire » et fut en effet un observateur
attentif jusqu’à la fin. Il fut témoin de la grande attaque de Pleven et il réussit à télégraphier des milliers de mots. Le télégramme consacré à Pleven contient cinq mille mots qu’il envoya de Bucarest dans la nuit du 10 décembre. On ne possède pas de description plus juste et plus détaillée sur les dernières tentatives d’Osman Pacha pour tenir la ville ainsi que sur sa capitulation.

Chaque soir pendant la grande attaque, le « Daily News » sortait une « Édition exceptionnelle militaire ». Les kiosques de Londres furent pleins de plans détaillés de la Bulgarie et de Pleven. Un des théâtres londoniens présenta une pièce intitulée « La défense héroïque de Pleven » et le musée « Madame
Tussaud » ajouta la figure de cire d’Osman Pacha.
Le 10 décembre 1877, vers midi, les salves s’arrêtèrent définitivement. Après une brève conversation, on fixa les conditions de la capitulation. Le tsar Alexandre II arriva le même jour à Pleven. Il invita Osman Pacha le lendemain à un déjeuner raffiné, préparé spécialement par le cuisinier principal du palais.
En rentrant dans la salle, Osman Pacha décrocha son sabre et l’offrit à son vainqueur. Alexandre II fit un geste en le lui rendant. Au cours du déjeuner, tous les deux se parlèrent calmement. Puis, le défenseur de Pleven alla se préparer pour son voyage à Kharkov en Ukraine où il allait être interné.

Au début du mois de janvier 1878, le général Gourko commença à s’approcher des fortifications turques autour de Sofia. La ville était une vraie citadelle de l’empire ottoman dans laquelle aucune armée chrétienne n’avait pu pénétrer depuis 1434. L’armée du général Gourko, pourtant, l’occupa rapidement.
Le 9 janvier, le général Radetski prit définitivement le col de Chipka, chassa l’adversaire vers le sud, reconquit le village de Chipka en capturant un grand nombre de soldats turcs (32 000) et quatre-vingt-douze canons.
Les pertes russes et celles des volontaires bulgares furent aussi grandes (5 500 tués).
MacGahan quitta sa famille à Bucarest et se dirigea vers Stara Planina qu’il traversa avec l’armée victorieuse de Radetski. Le 19 janvier, il arriva à Kazanlak et écrivit son premier rapport de l’année 1878.
La progression rapide des Russes vers Andrinople provoqua une nouvelle panique, surtout en Angleterre. Le gouvernement anglais ordonna le 26 janvier à l’amiral Hornbar de diriger six cuirassés de la Méditerranée vers les Dardanelles pour signaler que l’Angleterre tient à être consultée sur les conditions de la paix.
L’ordre fut annulé sur la demande insistante de l’ambassadeur anglais à Constantinople et les cuirassés rentrèrent à leur base. Les troupes russes avancèrent entre temps encore vers le Sud. Skobelev arriva avec un détachement jusqu’à Tchataldja en face de Constantinople.

MacGahan, que les douleurs ne quittaient plus, réussit à monter sur son cheval et arriva à Andrinople. Il trouva la ville déjà occupée par Skobelev et abandonnée par le commandant militaire turc. Les conditions de la paix ne furent pas encore connues mais MacGahan fut sûr qu’une seule condition empêcherait l’accord : l’autonomie de la Bulgarie.
Durant la première semaine du mois de février, il allait et venait entre Andrinople,
Kadikeui (l’état major de Moukhtar Pacha qui commandait la défense de Constantinople) et l’état major de Skobelev à Tchataldja.
Skobelev se trouvait si près de Constantinople que « la capitale turque peut en pratique s’estimer dans les mains des Russes » nota MacGahan.

Le traité de paix fut signé le 3 mars 1878 à cinq heures de l’après midi à San Stefano.
Après la signature, le Grand Duc se dirigea en phaéton vers la colline près du phare de San Stefano où se trouvait son armée. Il passa devant les soldats, s’arrêta à un endroit plus élevé d’où il put observer tout le monde et lut solennellement la communication sur le traité de paix.
Un puissant « hourra » s’éleva et tout le monde se sentit soulagé.
MacGahan nota aussi qu’à ce moment les Turcs se trouvèrent très près et observèrent avec intérêt la cérémonie.
Il termina son reportage ainsi :
Jamais un traité de paix ne fut signé sous des conditions aussi dramatiques et pittoresques et à un endroit si majestueux. Les deux armées se font face, l’orage s’éloigne, la lumière du jour s’éteint, le vent et les bruits des vagues se mélangent avec le chant des prêtres et les réponses des soldats, et la mer de Marmara se soulève et s’affaisse.
Le paysage toujours beau, joue maintenant le rôle d’un arrière-plan splendide et très conforme à l’événement. Au-delà des vagues mobiles, les coupoles des minarets élégants de « Sainte Sofia » se projettent clairement sur le fond du ciel et dominent la silhouette intéressante du Stambul éloigné. Encore plus au sud, les îles des Princes s’élèvent comme des montagnes énormes et ténébreuses du côté asiatique lointain, au delà d’eux, comme nous le savons, se cache la flotte anglaise. Derrière, quelque part et très haut, la montagne d’Olympe découvre pour un moment son front blanc, quand les rayons orange du couché se reflètent sur ses versants enneigés.

Après la cérémonie MacGahan et son collègue Miller, auxquels incomba la responsabilité d’écrire ensemble la dernière correspondance importante sur cette guerre, se rendirent à Constantinople pour l’envoyer par le télégraphe.
Ainsi se termina la guerre de 1877-1878.
Les Grandes Puissance s’opposèrent vivement au traité du 3 mars 1878. La création d’un grand État slave dans les Balkans et l’influence renforcée de la Russie dans cette partie de l’Europe de l’Est furent contraires à leurs intérêts.
Pour conjurer le danger d’une nouvelle guerre contre une forte coalition européenne, la Russie donna son accord à une révision du traité.
MacGahan se prépara à couvrir cette importante rencontre des Grandes Puissances à Berlin pour le compte du « Daily News » et probablement aussi pour le « Herald Tribune ». Il savait que l’arbitrage à Berlin changerait probablement très radicalement le traité de San Stefano et tenait à y participer. Pourtant sa santé empira entre temps. Il était encore bien jeune, mais la longue campagne en Bulgarie avait sapé sa santé et son énergie. Il boitait comme un vieillard, ses tempes se dénudèrent et sa barbe était poivre et sel. Il était épuisé et amaigri.

Avant de partir pour Berlin, il apprit que son ami, le jeune lieutenant Francis Winter Green, était malade du typhus. Il resta près de lui, tenta de diminuer ses souffrances mais en même temps attrapa cette maladie contagieuse.

Son ami s’en tira mais l’organisme affaibli de Mac Gahan ne put faire face et il décéda au bout de trois jours.
C’était le dimanche 9 juin 1878, trois jours avant son trente quatrièmeanniversaire.

Source : article de madame Dimitrina Aslanian, publié dans la revue ALTERNATIVA de décembre 2008.

« The Turkish atrocities in Bulgaria » - 1876 - est disponible en consultation à la bibliothèque nationale de Sofia (Bulgarie).

http://www.attackingthedevil.co.uk/related/macgahan.php
http://www.batak-bg.com/STARATA_4ERKWA.htm
http://www.pravoslavieto.com/hramove/batak/index.htm#Батак
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Messagepar Boriana-B » dimanche 30 mai 2010 7:32

Merci pour cet extrait.
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Messagepar Françoise » lundi 04 avril 2011 19:49

Pour information, ainsi que l'a indiqué VUK HERCEGOVAC dans la rubrique des religions :
deux ecclésiastiques, huit religieuses et plus de 5.000 inconnus, qui avaient été massacrés à Batak et à Novo Selo (Apriltsi) ont été canonisés par l'église orthodoxe bulgare.

viewtopic.php?f=52&t=5530&p=47260#p47260
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