Les Rodopi en péril...

Les Rhodopes, le Pirin
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VUK HERCEGOVAC
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Les Rodopi en péril...

Message par VUK HERCEGOVAC » lundi 30 janvier 2012 19:30

Après vous avoir proposer un sujet sur les "mines thraces d'ADA TEPE" dans la rubrique Histoire,voici à peu de chose près le même sujet mais dans une optique moins glorieuse...lu sur le site du Courrier des Balkans.

Bulgarie : la fièvre de l’or ronge les Rhodopes

Les Rhodopes sont en effervescence. La Dundee Precious Metals veut exploiter une nouvelle mine d’or aux environs de Krumovgrad. Le gouvernement a donné son accord à une concession extrêmement avantageuse pour la multinationale canadienne, malgré les très grands risques pour l’environnement. La population et les élus locaux de cette région agricole se mobilisent contre ce projet et l’absence de toute véritable politique de développement.

Par Tanja Mangalakova

La Balkan Mineral & Mining, société contrôlée par l’entreprise canadienne Dundee Precious Metals, veut ouvrir une mine d’or à ciel ouvert à Ada Tepe, non loin de Krumovgrad. Le gouvernement bulgare a déjà donné son accord, selon un régime juridique qui permet de commencer à creuser le site avant même que le juge ne se soit prononcé sur les recours formés par des citoyens et des associations écologistes afin – justement – de retarder ces travaux.

C’est en novembre dernier que la ministre de l'environnement et des Eaux, Nona Karadzhova, a donné à l’entreprise canadienne la concession pour l’exploitation du site de la mine d’Ada Tepe, après avoir obtenu l’avis positif du Conseil Supérieur pour les questions écologiques – dépendant de ce même ministère. Immédiatement, les habitants de la région se sont constitués en comité contre l’exploitation de la mine d’or. En quelques semaines, à Krumovgrad et dans près de 80 villages des alentours, de nombreuses signatures ont été recueillies contre le projet.

L’investissement nécessaire à l’exploitation du site est évalué à 130 millions de dollars, celle-ci devant durer neuf ans. Le sous-sol d’Ada Tepe, selon les prospections, devrait contenir un trésor évalué à deux milliards de leva (soit un milliard d’euro). La population, toutefois, est fermement opposée à ce que cet or soit mis à jour : en effet, le site ne se trouve qu’à trois kilomètres du centre de la ville de Krumovgrad, et à moins d’un kilomètre du fleuve Krumovitza, qui fournit la ville en eau potable, et permet l’irrigation des champs.

La maire de Krumovgrad, Sebihan Mehmed, confirme que ses concitoyens sont fortement préoccupés par les retombées écologiques du projet : « le Conseil municipal maintient son opposition à l’exploitation de la mine, en raison des risques qu’elle créé quant à la santé des habitants et à la préservation de l’environnement ».

« L’or brille mais ne se boit pas »

Les seuls soutiens, au niveau local, à l’entreprise minière, sont les conseillers municipaux affiliés au GERB, le parti du Premier ministre Borisov. L’une des raisons de ce soutien gouvernemental tiendrait, selon l’un des opposants au projet, au fait que la Dundee Precious Metals soit devenue le sponsor officiel de l’équipe nationale bulgare de gymnastique artistique.

Le gouvernement doit compter avec une opposition active, qui a engagé des actions juridiques contre l’exploitation du site. Ainsi, le tribunal administratif doit se prononcer le 1er février sur un recours déposé par plusieurs organisations, dont l’assocation Za Zemiata (За Земята, « Pour la Terre »), très active dans la contestation avec son slogan « L’or brille mais ne se boit pas ».

« Nona Karadzhova a concédé un traitement de faveur à l’entrepreneur, à la demande expresse de ce dernier : même en cas de contestation, il pourra commencer l’exploitation du site, avant même que le juge ne se prononce », s’indigne Dragomira Raeva de l’association Za Zemiata.
« J’attire votre attention sur le fait qu’en agissant ainsi, le gouvernement a violé des droit humains fondamentaux garantis par la Convention d’Aarhus, pourtant ratifiée par la Bulgarie. Ainsi du droit d’accès à la justice, en particulier en matière d’environnement ». Selon les organisations écologistes, le projet « Ada Tepe » aggravera l’état de l’environnement dans la région, et la privera ainsi de toute possibilité d’envisager un développement alternatif.

Selon Alex Nestor, porte-parole de la Dundee Precious Metals, l’affirmation selon laquelle l’eau du fleuve Krumovitza sera contaminée à l’arsenic est tout à fait dépourvue de fondements. « Le projet prévoit, au contraire, que 98% des eaux utilisées le seront dans un circuit fermé. Elles ne seront déversées dans la Krumovitza que dans des cas tout à fait exceptionnels, comme des précipitations excessives. En tout cas,l’eau sera toujours traitée afin de rester potable. En d’autres termes, la probabilité pour que l’eau du fleuve soit polluée par les activités de la mine est nulle ».

Des alternatives

Malgré ces discours d’apaisement, nombreux sont les habitants de la région et les militants écologistes à craindre pour l’environnement : selon eux, l’exploitation de la mine nécessitera l’utilisation d’une grande quantité d’eau, et prétendre que cette eau sera nettoyée à 98% n’est pas réaliste.
« Nulle part ailleurs dans le monde un tel taux d’épuration n’a été atteint. Le fleuve Krumovitza est actuellement presque à sec. D’habitude, il se remplit entre décembre et mars. Si la mine ouvre, il est certain que des réserves de sécurité devront être créées », soutient Dragomira Raeva.

Maria Damyanova, présidente de l’association La vie pour Krumovgrad, affirme que les habitants sont prêts à des actes de désobéissance civile pour empêcher que la mine soit exploitée. Elle ajoute qu’il est très probable qu’un certain nombre d’informations issues des prospections n’aient pas été diffusées, en particulier concernant les eaux souterraines.

« Dans cette partie des Rhodopes, il existe beaucoup de sources, dont certaines d’eau minérale. Dans le village de Zvanarka, par exemple, une source d’eau thermale est apparue durant les prospections, puis a disparu, tout en laissant une partie du village sans eau. De l’eau thermale a également surgi à Dazhdovnik. Cela signifie qu’il est possible, compte tenu de ces ressources, de développer le tourisme thermal dans la région. Par ailleurs, sur la colline d’Ada Tepe, des archéologues ont identifié la plus ancienne mine d’or actuellement connue en Europe, remontant probablement à l’époque des Thraces. Ainsi, il est tout à fait faux de dire, comme le soutient la Dundee Precious Metals, que la région n’aurait aucune perspective d’avenir sans la mine. D’autant plus que la concession ne devrait durer que neuf ans : une politique véritablement soucieuse de développement durable devrait prendre des décisions à plus long terme ».

Dommages environnementaux et sociaux

Beaucoup d’habitants de Krumovgrad possèdent des jardins sur les bords de la Krumovitza : pour eux, le détournement d’une grande quantité d’eau au bénéfice de la mine aurait pour conséquence de sérieuses difficultés d’irrigation.

« Outre ce problème environnemental, le projet d’Ada Tepe aura des conséquences sociales : les maisons situées dans les quartiers de Skalak, Sarnak et Zvanarka devront être évacuées. « Quelque 300 familles seront concernées ; des familles qui vivent aujourd’hui notamment de la culture du tabac. La Dundee Precious Metals a demandé à la municipalité des terrains pour y reconstruire des maisons pour les familles qui se retrouveraient sans logement », explique Dragomira Raeva. « Mais il n’est pas certain que les compensations promises se concrétiseront ».

Une partie des propriétaires des terrains qui intéressent l’entreprise vivent aujourd’hui en Turquie. Cela permet à Alex Nestor de nier que tant de familles seraient concernées par le projet. « Si nous parlons des quartiers Chobanka 1 et Chobanka 2 du village d’Ovchar, il s’agit de zones abandonnées. Pour ce qui est du reste, je peux vous assurer, au nom de toute la Dundee, que tous les propriétaires seront intégralement indemnisés pour leurs pertes ».

La majorité des habitants de la région appartiennent à la minorité turque, traditionnellement investie dans la culture du tabac. Ils redoutent que plus personne ne veuille acheter de tabac, ni de légumes ou d’animaux domestiques provenant d’une zone riveraine à la mine. Or, la région de Krumovgrad fournit actuellement des produits de grande qualité, et voit se développer aussi bien l’éco-tourisme que l’agriculture biologique.

Déplacer le problème ?

Fin novembre, le quotidien bulgare Standart publiait un reportage sur les travailleurs d’une mine de la Dundee en Namibie : beaucoup souffrent de cancers en raison d’une exposition à l’arsenic et à l’anhydride de soufre. Or, 70 tonnes du matériau traité en Namibie proviendraient de la mine de Chelopech (70 km de Sofia), en Bulgarie, également propriété de la Dundee.

Selon Dragomira Raeva, même si la Dundee renonce à extraire directement l’or en Bulgarie au moyen d’acides, et si elle se limite à en extraire le minerai, celui-ci sera ensuite expédié à Chelopech, puis en Namibie, ce qui ne fait que déplacer le problème…

Pour l’eurodéputé Slavi Binev, élu sur la liste du parti nationaliste Ataka, mais désormais indépendant, les conditions dans lesquelles la concession pour la mine a été conclue sont très défavorables au pays. « Même dans les pays les plus corrompus, la taxe de concession est de 50%. Ici, elle varie entre 1,4% et 4%. C’est du vol ». Slavi Binev a d’ores et déjà ouvert deux actions auprès de la Commission européenne contre les activités de la Dundee à Chelopech et à Krumovgrad.
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Quand on pense que le gouvernement bulgare a prétexté des risques environnementaux pour se retirer du projet "South stream",les canadiens ont dû être plus généreux que les russes.

Mais, il me semble que les Bulgares ne soient plus prêts à subir un développement à outrance,après le rejet du gaz de schiste,voilà qu'ils semblent rejeter la soif de l'or.
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Les juges aiment l'or, les ministres l'argent


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Re: Les Rodopi en péril.....

Message par VUK HERCEGOVAC » mercredi 22 février 2012 19:05

Suggestions pour les vacances

Le guide des Rhodopes nous emmène sur les sentiers de l’aventure
Par Veneta NIKOLOVA
guide-rhodopes-orientaux.jpg
paysage-rodopi.jpg
Une nature intacte et des villages typiques où le temps semble avoir suspendu son vol… Si vous cherchez de tels paysages, la région de l’Est des Rhodopes est l’endroit idéal pour vos prochaines vacances! Un guide qui vient de sortir en librairie, nous propose un voyage inédit sur les sentiers de coin très peu connu de la Bulgarie.
Le livre fait partie d’un projet bulgaro-néerlandais, baptisé « Le Nouvel Or des Thraces » et ayant pour mission d’encourager le développement durable. Rédigé en bulgare et en anglais, le guide bénéficiera d’une diffusion à l’échelle nationale et donnera des informations sur les sites touristiques incontournables dans l’Est des Rhodopes.
« Ce petit livre peut vous renseigner aussi bien sur les endroits à visiter que sur les capacités d’hébergement et les différents itinéraires touristiques dans la région » – précise Mihaela Kircheva, coordinatrice du projet, avant de poursuivre :
« Le guide suit, en quelque sorte, le parcours touristique classique – en partant de la ville de Kardjali, au Sud-Est du pays, en passant par le site exceptionnel de Perpérikon et le sanctuaire de Tatul avec la tombe d’Orphée. Ensuite, on se dirige vers la ville de Zlatograd où les touristes sont invités à prendre connaissance des artisanats développés en Bulgarie à l’époque de la Renaissance, à travers un parc ethnographique assez original. Je peux citer également la rivière Krumovitsa et les vestiges de la forteresse médiévale de Ljutitsa – la plus grande en son genre dans l’Est du massif des Rhodopes, sans oublier la Volerie des rapaces à Madjarovo.
perperikon-antique.jpg
Pour se reposer après avoir visité tous ces sites touristiques, le guide propose des adresses de chambres d’hôtes et de petits hôtels de charme où les visiteurs pourront goûter aux plaisirs de ce séjour inoubliable. Pour les amateurs de randonnées, il y a aussi plusieurs itinéraires menant vers les plus beaux endroits du massif des Rhodopes.

Source : bnr - version française : Tzvetan Nikolov
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Les voyages forment la jeunesse
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VUK HERCEGOVAC
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Re: Les Rodopi en péril......

Message par VUK HERCEGOVAC » samedi 02 juin 2012 21:29

Pour ceux qui souhaitent sortir des sentiers battus.

Le long des sentiers inexplorés des Rhodopes de l’Est
Par Veneta NIKOLOVA
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Peu de gens savent que dans les Rhodopes Orientales pâturent des troupeaux énormes de taureaux et de vaches du genre rare bovidés des Rhodopes aux cornes courtes, en compagnie des moutons karakatchans, connus pour leur toison au long poil dru. On ne sait pas non plus que dans les clarières de cette montagne galopent à toute allure des chevaux sauvages, appelés tarpans et importés des Pays-Bas, ou encore que les vautours tournoyants haut dans le ciel sont devenus des vraies “stars”, piégées souvent par les objectifs photos des ornithologues du monde entier? C’est un des derniers petits coins sauvages de l’Europe, restés encore préservés du temps et de la folle urbanisation, qui a su conquérir et effacer le reste du Vieux Continent.
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Heureusement que dans les Rhodopes il y a des municipalités comme Madjarovo et Krumovgrad, situées près de la frontière grecque et qui ne sont pas encore touchées par le tourisme de masse, et grâce à cela on peut rarement y trouver les attraits types pour le consommateur contemporain. Oubliez les supermarchés et les panneaux publicitaires qui polluent le paysage, oubliez les fast food, les discothèques et les bars.
Dans la région de Madjarovo, autrefois petite ville de mineurs, qui compte aujourd’hui à peine 500 habitants, les maîtres du lieu sont les oiseaux, et non pas les êtres humains! Ici, sur un territoire, qui ne dépasse pas 20 km2, on peut observer environ 70% de tous les oiseaux rapaces vivant sur le Vieux continent. Parmi eux se distinguent le vautour fauve, le vautour à tête noire et le percnoptère d’Égypte, qui sont devenus des cibles recherchées pour les appareils de photos des ornithologues et des randonneurs.
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Le Hollandais Frank Zandérink, coordinateur du projet bulgaro-hollandais pour le développement durable de la région, est persuadé, que les Rhodopes Orientales ont toutes les chances de s’imposer comme une des premières écodestinations de l’Europe.
“Ce que les touristes étrangers recherchent, ce sont surtout les sentiers vierges - dit Frank Zandérink. - Ils aiment explorer les petits coins non atteints par les touristes et frôler la nature pure. Et tout cela ils le trouvent ici. Il est vrai, qu’une grande partie de ces terres sont ennoblies par la main humaine, mais les gens ne les ont pas détruites, comme dans beaucoup d’autres endroits! Ici vous pouvez découvrir une biodiversité des plus riches du continent: différentes espèces de papillons, reptiles, carnassiers, oiseaux rapaces. Les Européens, y compris mes compatriotes - les Hollandais, ne connaissent absolument rien des Rhodopes de l’Est, ils n’ont même pas entendu ce nom. Et quand je leur montre des photos et des films, ils bondissent aussitôt et disent “Je veux y aller, à tout prix!”
Non seulement des Hollandais, comme des Français, des Allemands, des Scandinaves, mais aussi de plus en plus de Bulgares découvrent pour la première fois ce coin béni par la nature. Beaucoup d’entre eux partagent à contrecœur leurs vécus, dans l’aspiration de préserver la région telle qu’elle est dans son état actuel, loin des incursions du tourisme de masse.
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Cependant le village déserté de Sbor et ses alentours, situés, on dirait, au bout du monde, suggèrent une nostalgie des temps passés. Près des vestiges des maisons d’autrefois, qui se font détruire par les caprices de la nature, rôde un troupeau de chevaux sauvages. Ce sont des tarpans, importés l’année passée des Pays-Bas, avec l’idée de restaurer les écosystèmes naturels, qui sont déjà devenus une attraction pour les touristes. Une autre attraction sont les costumes traditionnels de la région, scintillants et multicolores, qu’on garde dans des vieilles armoires et commodes et qu’on ne porte que pendant les fêtes, quand tout le monde se rassemble et se met à danser le horo sous les sons de la kaba gajda, la cornemuse des Rhodopes.

Version française: Siya Karaguiozova
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Le pays est là où l'on peut vivre
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