Une BULGARIE multiethnique

Depuis les Thraces, la libération du joug ottoman, l'époque communiste, la démocratie.
Répondre
VUK HERCEGOVAC
Insatiable
Insatiable
Messages : 2578
Enregistré le : vendredi 13 février 2004 21:28

Une BULGARIE multiethnique

Message par VUK HERCEGOVAC » mercredi 04 janvier 2012 18:45

Ai trouvé sur le site ouèbe de la Radio Nationale Bulgare cet article que je trouve intéressant et qui pourrait aussi intéresser quelques internautes

Les Turcs en Bulgarie par Bozhidar KIRILOV

Dès son apparition au 19ème siècle, le nationalisme s’est mis à propager l’idée de l’État-nation et de l’homogénéité ethnique comme facteur favorisant le progrès. Deux siècles plus tard, du moins en Occident, on a réexaminé la question et opté en faveur de la diversité culturelle. La connaissance de l’Autre, la cohabitation de communautés ethniques différentes et les échanges entre les cultures sont de mieux en mieux appréciés et considérés comme une richesse en soi, une ressource de valeur ou un avantage réel.
La Bulgarie, qui à la suite de luttes acharnées s’est émancipée de l’Empire ottoman, a hérité sur son territoire d'une diversité ethnique non négligeable : des Grecs, des Juifs et des Arméniens étaient présents dans les grandes villes; des Bulgares musulmans et des Valaques peuplaient certaines régions du pays ; des Roms avaient leurs quartiers dans les villes et parcouraient les villages pour offrir leurs produits et services aux paysans. Cependant, c’étaient les Turcs qui représentaient et représentent de nos jours le groupe ethnique le plus important dans le pays après les Bulgares.
Le dernier recensement en Bulgarie, qui a eu lieu en 2011, rapporte le nombre de 588 318 personnes ou 8,8% de la population totale qui se sont déclarés comme Turcs. Certes, ces chiffres demandent quelques explications. Premièrement, la réponse à la question de l’ethnicité était facultative ; deuxièmement, 18 975 personnes ou 3,2% de ceux qui se sont déclarés Turcs, affirment que leur langue maternelle est le bulgare. Enfin, il faut noter qu’un certain nombre de Roms préfèrent se déclarer Turcs (comme une autre portion se veut des Bulgares). A peu près deux tiers de la population turque en Bulgarie est concentrée dans le Nord-est du pays et le district de Kardjali dans le Sud.
Une histoire longue et complexe pèse sur les relations entre les deux nations : l’invasion turque au 14e siècle, ayant anéanti le royaume bulgare, l’empire ottoman qui comme tous les états musulmans exigeait de ses sujets chrétiens des impôts plus lourds et les privait de droits politiques. Réciproquement, les Turcs, habitant la Bulgarie, ont d’abord souffert de tentatives de vengeance et puis, à quelques reprises, des politiques maladroites des gouvernements. La crise la plus grave a eu lieu dans les années 1980 lorsque le régime communiste a tenté d’effacer par force l’identité des populations turques en leurs imposant des noms bulgares et en interdisant de parler en turc. Le conflit a culminé en 1989 avec l’exode de plus de 300 000 de personnes, mais qui a également été une des causes de la chute du régime.
Il n’en reste pas moins vrai qu’au niveau de la vie quotidienne dans les villes et les villages à population mixte le long des siècles s’est établi un mode de cohabitation et de communication interethnique, basé sur les échanges symboliques et sur le respect mutuel, qui a su survivre aux situations de conflit, provoquées par les centres du pouvoir, situés soit en Bulgarie, soit jadis dans l’empire ottoman. Ce mode de coexistence des populations d’origine ethnique et de confession différentes consiste en fait en une gestion judicieuse de la perméabilité des frontières entre les deux communautés : ces frontières laissent passer les offrandes afin que les bajrams, les fêtes islamiques, soient partagées également par les chrétiens et vice-versa. En même temps, les frontières perdurent et préservent l’autonomie de chaque communauté et la stabilité de sa culture. Il peut paraître paradoxal, mais la rareté des mariages entre les représentants des deux confessions est un fait essentiel pour la coexistence paisible.
Les Turcs de Bulgarie ont toujours été représentés dans l’Assemblée Nationale. A partir des transformations démocratiques de 1989 il existe un parti politique qui défend les intérêts de cette fraction des citoyens de la Bulgarie. Depuis 2005 et jusqu’à ce moment des Turcs ethniques occupent un ou plusieurs postes dans les gouvernements bulgares.
Le niveau de l’éducation de la population turque laisse à désirer. Sur ce point une remarque encore s’impose : un grand nombre des Turcs de la Bulgarie, possédant des diplômes universitaires, sont allés s’installer en Turquie, surtout à Istanbul, où leur travail est mieux rémunéré.
Un paradoxe de plus dans l’histoire des Turcs en Bulgarie est fourni par le fait que le soutien gouvernemental de la culture en langue turque – des écoles, l’édition de livres, de journaux et de revues, des théâtres – a été le plus puissant toujours à l’époque du régime communiste, mais à un stade plus haut – dans les années 1950-1960. De nos jours paraissent des revues en langue turque et le turc est facultativement enseigné dans les écoles.
Un fait curieux c’est que la communauté turque n‘est pas homogène du point de vue religieux. Au sein d’elle se détache le groupe des Alévis ou Aliani, dont la confession est une forme de l’islam mystique, le soufisme, empreint de quelques tendances chi’ites. Ils ne prient pas dans les mosquées, mais se réunissent dans un salon dans la maison de leur chef spirituel pour accomplir les cérémonies, accompagnées de musique, de chants et de danses rituelles, visant à atteindre l’extase.
La présence de la population turque en Bulgarie et son patrimoine culturel, les monuments architecturaux préservés de l’époque ottomane constituent une richesse pour la Bulgarie, un pont reliant le pays aux civilisations de l’Orient et un rappel que celui qui connaît l’autre, se connaît mieux lui-même. 


elenash
passionné
passionné
Messages : 287
Enregistré le : dimanche 18 décembre 2011 20:48

Re: Une BULGARIE multiethnique

Message par elenash » vendredi 06 janvier 2012 16:18

merci pour cette leçon d'histoire

Répondre