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Interview réalisée par Ralitsa Frison-Roche
Rouja Lazarova : La vie d'écrivain n'est pas vraiment facile. Elle suppose une grande solitude, alors être chez soi ou dans un autre pays ne change pas grand chose. Mais cette solitude est nécessaire, même si elle me pèse parfois. Je suis ici depuis vingt ans, mes amis sont ici, mes lecteurs aussi. J'ai la chance d'avoir des amis cultivés et exigeants qui me soutiennent et m'encouragent.
D'autre part, se consacrer à l'écriture d'un roman relève de la débrouille, du système D
. Pour écrire « Mausolée », j'ai fait des recherches de sponsors et de bourses, très difficiles à obtenir. J'ai pu cependant bénéficier d'un séjour dans une résidence d'écrivains en Camargue et d'une bourse de trois mois au Centre régional du livre de Franche Compté. J'ai fait aussi des piges... Mais heureusement, le roman m'a portée, il m'a donné la force de persévérer. Maintenant, je reçois de nombreux messages de lecteurs qui ont beaucoup apprécié le livre.
R.L. : Je suis certes très indépendante, mais je reste attentive aux gens. Je les aime, ils sont ma "matière première". Avec les personnes qui m'entourent, je peux être parfois désagréable, mais je peux aussi leur donner de l'énergie, de l'enthousiasme. L'écriture m'absorbe véritablement, j'essaie de ne pas rester trop isolée.
R.L. : C'est un sujet que l'on voudrait taire, contourner. Mon troisième livre « Frein » porte toutefois sur les traumatismes qui en résultent: à travers la conduite de la moto, il évoque la peur, la paranoïa. Mais je suis entrée dans le vif du sujet avec « Mausolée » en abordant cette période complexe de l'histoire. En 2004, j'ai vu la statue de Sacho le Violoniste (Sacho Sladura), le mignon une victime enfin reconnue du régime communiste. C'était comme une libération pour moi. Puis ma mère, qui avait connu le personnage, m'a raconté son histoire.
R.L. : Je me suis préparée pendant 4 à 5 ans. J'ai récolté les récits et les témoignages de beaucoup de personnes, d'amis, de proches. Je me suis intéressée à d'autres pays communistes, la Chine par exemple. J'ai lu aussi des livres, mais l'histoire de cette période n'est pas écrite et la documentation manque. Au début, j'ai rédigé quelques chapitres, puis, le travail m'a inspirée et j'ai pu mener le roman à son terme.
R.L. : J'ai choisi les personnages souvent en fonction de leur métier, ce qui était intéressant pour révéler les petites et grandes humiliations quotidiennes, pour montrer la duplicité du système, la différence entre la vie chez soi et à l'extérieur. J'ai choisi par exemple un technicien qui travaille au Mausolée de Gueorgui Dimitrov. Le métier d'architecte est aussi symptomatique par le rôle qui lui était assigné. Il y a en effet deux personnages sur lesquels on peut mettre vraiment un nom, ce sont le violoniste Sacho (Sacho Sladura) et le journaliste repenti, Yovo.
R.L. : Cela demande beaucoup de travail et beaucoup d'efforts. Aujourd'hui, je suis libérée de la question de la langue.
R.L. : Pas beaucoup, des petites choses...
R.L. : Je suis heureuse de retourner en Bulgarie, de revoir ma famille et mes proches. De plus, j'y vais d'habitude en été quand il fait chaud et quand il y a de bonnes tomates avec du féta. Mais je suis vite rattrapée par la réalité, et j'éprouve un sentiment douloureux de déception, comme une déchirure. Car les gens ne sont pas heureux.
R.L. : Je reste toujours sur le même thème, les traumatismes dus au régime totalitaire. L'action se déroulera en France autour d'un personnage venu de l'Est.
Ralitsa Frison-Roche, 19 mai 2009
Lien connexe : » présentation du roman Mausolée
Page mise en ligne le 24 mai 2009