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Rencontre avec Arthur Cemin
« Voyage musical en Bulgarie, au détour d'un rythme »
Interview réalisée par Didalia Papakonstantinou, sur demande
de Bulgaria France
Le 30 novembre dernier un documentaire sur la musique folklorique bulgare
a été projeté à Paris. A 20h30 la petite salle
du cinéma Le Denfert dans le 14ème arrondissement était
pleine. Le public était venu voir deux films d'Arthur Cemin, également
présent, dont "Voyage musical en Bulgarie, au détour
d'un rythme". Tourné en août dernier en Bulgarie, ce
documentaire emmène le spectateur de Sofia à la mer noire.
Il présente un nombre d'interprétations et d'interviews
de différents musiciens où on distingue le kaval comme l'instrument
le plus représentatif de la musique folklorique bulgare. Quelques
jours plus tard je retrouve Arthur Cemin dans un petit appartement parisien,
lieu de montage du film.
Didalia Papakonstantinou,
sur demande de Bulgaria-France.
Paris, le 04 décembre 2004
- D.P. : L'été dernier vous avez réalisé
le documentaire « Voyage musical en Bulgarie, au détour
d'un rythme », s'agit-il de votre premier film ?
-
A.C. : De profession je suis chef opérateur, donc, je m'occupe
de la lumière, mais j'ai déjà, réalisé
un autre documentaire sur le jazz américain. Les liens que
j'ai trouvés entre ces deux films là sont plus sur l'improvisation.
Il y a des musiciens que j'ai rencontrés en Bulgarie qui sont
des grands improvisateurs. Ca m'a beaucoup touché parce que
ça m'a rappelé des choses qui j'aime particulièrement
en musique.
- D.P. : Pourquoi ce sujet et comment avez-vous été impliqué
?
-
A.C. : C'est un documentaire de 52 minutes qui s'inscrit dans un
cadre télévisuel d'une série de douze documentaires
sur les panoramas musicaux de douze pays européens, beaucoup
de pays de l'est, mais aussi Malte, Espagne, Chypre … L'intention
de départ venait de la chaîne de télévision
Mezzo, et de la production elle-même qui m'ont demandé
de faire ce film sur la Bulgarie.
- D.P. : Que connaissiez-vous de la musique bulgare avant cette aventure
?
-
A.C. : Le Mystère des Voix bulgares. Je crois que c'était
la seule chose que je connaissais vraiment. En tout cas la seule chose
dont j'étais sûr que c'était bulgare. En fait
je connaissais un peu ce type de musique folklorique mais sans savoir
vraiment qu'elle était bulgare. J'avais déjà
été très ému par les chants orthodoxes,
mais plutôt russes.
- D.P. : Et maintenant, après avoir effectué ce travail,
est-ce que la musique bulgare vous inspire quelque chose et quelle est
votre opinion de la culture bulgare en général ?
-
A.C. : C'est le jour, justement avant de partir où j'interviewais
Isabelle Courroy, la joueuse de kaval française. Elle nous
a montré les bases de ce grand type de musique folklorique,
j'était tout de suite attrapé par les rythmiques et
je me suis dit, « Oh, on va pas s'embêter, ça va
être formidable, la musique est extrêmement riche »
et là bas il y a toujours eu la confirmation de ça.
C'est un pays d'une culture musicale extrêmement riche et qui
a cette particularité de vivre avec son folklore profondément
tout le temps, ce que la France a complètement coupé
depuis plusieurs siècles. C'était tout le temps stimulant
et j'en ai été ravi. C'est pas du tout pour vous faire
plaisir que je vous dis ça, c'est que la musique m'a vraiment
touché, et puis les gens autour de moi aussi. C'est une chouette
musique, un chouet pays.
- D.P. : Comment avez-vous eu accès à tous ces gens qui
s'expriment dans le film ?
-
A.C. : J'ai travaillé avec une journaliste qui avait établis
des contactes téléphoniques. Avant de partir nous avions
rencontré deux ou trois personnes en France. La cantatrice
bulgare Vera Nicolova ainsi que la joueuse de kaval Isabelle Courroy.
Ces deux personnes nous ont donné beaucoup d'informations sur
la Bulgarie, mais on est partis un peu quand même à l'aveuglette
sans savoir ce qu'on allait filmer. Notre contact principal là
bas qui a été trouvé en France était le
directeur d'RFI Sofia, Ludmil Fotev. C'était une chance incroyable
que cet homme avais très envie de nous aider beaucoup pour
le film et il nous a présenté des gens. Ca s'est fais
beaucoup par des liens sociaux et des rapports d'amitié. Comme
ça, on est allés très vite.
- D.P. : Pendant le tournage vous avez traversé le pays, de la
capitale à Rila et à la Mer Noire. Y'a-t-il un endroit
qui vous a particulièrement inspiré ?
-
A.C. : Ce sont les montagnes des Rhodopes. Mais je n'ai pas vu le
nord, ni le sud et j'aimerais bien voire le sud-est aussi, à
la frontière turque.
- D.P. : Croyez-vous, que la Bulgarie et sa culture présentent
de l'intérêt pour les français ?
-
A.C. : Bien sur, de tout manière pour moi toute culture a
un intérêt pour une autre culture. La culture bulgare
peut avoir un sens pour les français justement pour ce rapport
au passé. Dans le filme il y a plusieurs fois ce propos qui
revient, que les bulgares actuellement essayent de casser leur image
du passé … Pas forcement de casser, mais ils ont un problème
d'image par rapport au compte rendu historique de ce qui s'est passé
en Bulgarie. Mais bien sur il y a des choses qu'on peut tirer de la
Bulgarie, tout simplement une richesse musicale déjà.
La musique en occident est très riche quand elle est très
intellectuelle, quand elle est de conservatoire, mais la musique plus
sensitive, plus instinctive, elle manque en France. Par rapport à
ça on devrait regarder un peu vers la Bulgarie.
- D.P. : Vous avez fait ce film en 8 jours. Qu'auriez vous fait différemment
si vous aviez eu plus de temps ?
-
A.C. : 8 jours, c'est la durée du tournage, après on
a eu un mois de montage ici. Si j'avais pu faire autrement, l'idéal
aurait été de partir sans caméra pendant huit
jours deux mois avant. Peut être avec une caméra, j'aurais
triché un petit peu, mais surtout faire des repérages,
rencontrer des gens, écouter de la musique, s'imbiber et construire
un discours dans ma tête, savoir ce que j'allais dire. Je suis
parti sans savoir ce que j'avais envie de dire, du tout. En y retournant
rester au moins deux semaines, plutôt que huit jours, un mois
ça aurait été super, mais deux semaines, ça
aurait été déjà plus confortable.
- D.P. : Comment avez-vous été accueilli par les Bulgares
?
-
A.C. : Fabuleusement bien et extrêmement chaleureusement. J'ai
senti quand même une espèce de … pas de mélancolie,
mais de détresse dans la façon dont les gens étaient
contents de nous voir faire un film sur la Bulgarie. « Vite,
faites- le, changez l'image qu'on a ! Regardez ce qu'on a de bien
et filmez le vite avant que ça disparaisse ! » Donc,
j'ai senti une urgence qui a stimulé la tête que le filme
a. Quand on arrivait dans les endroits de concerts ou de spectacles,
tout le monde était impressionné.
- D.P. : Y a t il eu des anecdotes pendant le tournage et votre séjour
en général ?
-
A.C. : Oui, en tournant Ivo Papazov, qui habite près de Stara
Zagora, dans un petit village, dans une petite maison qui ressemble
à une ferme assez modeste. C'était assez sombre chez
lui et j'avais branché un projecteur pour éclairer son
visage et il m'a dit « Oh, méfiance, ça risque
de sauter ! » Et puis, en arrivant chez lui tout le ciel s'est
noirci et l'orage s'est mis à éclater pendant l'interview
et en fin d'interview il y a eu une première coupure de lumière,
on était dans le noir total, une deuxième et plus rien
du tout. Papazov nous avait déjà raconté qu'un
jour quand il a fait un concert en Allemagne, il faisait très
beau, mais au moment où il a sorti sa clarinette, le ciel s'est
mis en noir et un nuage est tombé sur tous les gens qui étaient
au concert. Voilà, en fin de film il y a une jolie image de
lui, sa silhouette devant sa fenêtre. C'était imprévu.
En arrivant je n'étais même pas sûr qu'il accepterait
de jouer.
- D.P. : Aimeriez-vous retourner en Bulgarie, pour un autre film ou
des vacances ?
-
A.C. : Je retournerais bien pour un autre film et peut- être
même sur la musique encore. J'aimerais bien arriver à
filmer profondément ces improvisateurs, faire quelque chose
sur l'improvisation à partir d'une base très folklorique.
Oui, si j'avais envie de refaire un film ce serait là-dessus.
- D.P. : Comment vous est venue la conclusion que les Bulgares doivent
retrouver leur confiance en eux et être fiers de leurs traditions,
quelqu'un vous l'a t'il inspiré ?
-
A.C. : C'est ça le bonheur du documentaire, que ce n'est pas
moi qui l'ai dit, c'est quelqu'un qui me l'a raconté et donc
c'était l'idée de quelqu'un qui connaissait bien la
Bulgarie. Nous, ce qu'on a fait, après avoir recueilli plein
d'interviews, était de créer un discours qui va dans
le sens de ce qu'on pense, mais ce n'est pas moi qui l'ai dit. C'est
moi qui l'ai entendu et réfléchi, et après plein
de choses qu'on me disait, je l'ai mis en conclusion.
- D.P. : Où est diffusé votre film est comment est-ce
que les Bulgares peuvent le voir ?
-
A.C. : Le film appartient à la production, il a été
diffusé à la télévision au moins de novembre.
Moi, je vais faire des DVD et je vais en donner à des gens
en Bulgarie. Ludmil Fotev chez RFI/Bulgarie
en a quelques uns pour les distribuer.
- D.P. : Vous n'avez pas d'autres projets pour des projections en salle
?
-
A.C. : Non, mais je suis complètement ouvert s'il y a quelqu'un
qui peut assurer une salle, moi, j'ai le projecteur. Si, par exemple
vous avez des contacts avec l'ambassade de Bulgarie et l'ambassade
a envie de faire une projection.
- D.P. : Sur quoi, travaillez vous maintenant ?
-
A.C. Une mise en image d'un spectacle Flamenco.
- D.P. : Que diriez vous aux Bulgares qui habitent en France ?
-
A.C. : Il y en a certains à qui je dirais de ne pas cracher
sur leur pays et il y en a plein à qui je dirais « Mais,
bienvenus en France et faites connaître votre pays en France,
faites connaître la Bulgarie en France. » Parce que les
Français ils ont quand même pas mal de clichés
sur la Bulgarie.
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