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Rencontre avec Arthur Cemin

Voyage musical en Bulgarie, au détour d'un rythme

Le 30 novembre dernier un documentaire sur la musique folklorique bulgare a été projeté à Paris. A 20h30 la petite salle du cinéma Le Denfert dans le 14ème arrondissement était pleine. Le public était venu voir deux films d'Arthur Cemin, également présent, dont "Voyage musical en Bulgarie, au détour d'un rythme". Tourné en août dernier en Bulgarie, ce documentaire emmène le spectateur de Sofia à la mer noire. Il présente un nombre d'interprétations et d'interviews de différents musiciens où on distingue le kaval comme l'instrument le plus représentatif de la musique folklorique bulgare. Quelques jours plus tard je retrouve Arthur Cemin dans un petit appartement parisien, lieu de montage du film.

Didalia Papakonstantinou

D.P. : L'été dernier vous avez réalisé le documentaire « Voyage musical en Bulgarie, au détour d'un rythme », s'agit-il de votre premier film ?

A.C. : De profession je suis chef opérateur, donc, je m'occupe de la lumière, mais j'ai déjà, réalisé un autre documentaire sur le jazz américain. Les liens que j'ai trouvés entre ces deux films là sont plus sur l'improvisation. Il y a des musiciens que j'ai rencontrés en Bulgarie qui sont des grands improvisateurs. Ca m'a beaucoup touché parce que ça m'a rappelé des choses qui j'aime particulièrement en musique.

D.P. : Pourquoi ce sujet et comment avez-vous été impliqué ?

A.C. : C'est un documentaire de 52 minutes qui s'inscrit dans un cadre télévisuel d'une série de douze documentaires sur les panoramas musicaux de douze pays européens, beaucoup de pays de l'est, mais aussi Malte, Espagne, Chypre … L'intention de départ venait de la chaîne de télévision Mezzo, et de la production elle-même qui m'ont demandé de faire ce film sur la Bulgarie.

D.P. : Que connaissiez-vous de la musique bulgare avant cette aventure ?

A.C. : Le Mystère des Voix bulgares. Je crois que c'était la seule chose que je connaissais vraiment. En tout cas la seule chose dont j'étais sûr que c'était bulgare. En fait je connaissais un peu ce type de musique folklorique mais sans savoir vraiment qu'elle était bulgare. J'avais déjà été très ému par les chants orthodoxes, mais plutôt russes.

D.P. : Et maintenant, après avoir effectué ce travail, est-ce que la musique bulgare vous inspire quelque chose et quelle est votre opinion de la culture bulgare en général ?

A.C. : C'est le jour, justement avant de partir où j'interviewais Isabelle Courroy, la joueuse de kaval française. Elle nous a montré les bases de ce grand type de musique folklorique, j'était tout de suite attrapé par les rythmiques et je me suis dit, « Oh, on va pas s'embêter, ça va être formidable, la musique est extrêmement riche » et là bas il y a toujours eu la confirmation de ça. C'est un pays d'une culture musicale extrêmement riche et qui a cette particularité de vivre avec son folklore profondément tout le temps, ce que la France a complètement coupé depuis plusieurs siècles. C'était tout le temps stimulant et j'en ai été ravi. C'est pas du tout pour vous faire plaisir que je vous dis ça, c'est que la musique m'a vraiment touché, et puis les gens autour de moi aussi. C'est une chouette musique, un chouet pays.

D.P. : Comment avez-vous eu accès à tous ces gens qui s'expriment dans le film ?

A.C. : J'ai travaillé avec une journaliste qui avait établis des contactes téléphoniques. Avant de partir nous avions rencontré deux ou trois personnes en France. La cantatrice bulgare Vera Nicolova ainsi que la joueuse de kaval Isabelle Courroy. Ces deux personnes nous ont donné beaucoup d'informations sur la Bulgarie, mais on est partis un peu quand même à l'aveuglette sans savoir ce qu'on allait filmer. Notre contact principal là bas qui a été trouvé en France était le directeur d'RFI Sofia, Ludmil Fotev. C'était une chance incroyable que cet homme avais très envie de nous aider beaucoup pour le film et il nous a présenté des gens. Ca s'est fait beaucoup par des liens sociaux et des rapports d'amitié. Comme ça, on est allés très vite.

D.P. : Pendant le tournage vous avez traversé le pays, de la capitale à Rila et à la Mer Noire. Y'a-t-il un endroit qui vous a particulièrement inspiré ?

A.C. : Ce sont les montagnes des Rhodopes. Mais je n'ai pas vu le nord, ni le sud et j'aimerais bien voire le sud-est aussi, à la frontière turque.

D.P. : Croyez-vous, que la Bulgarie et sa culture présentent de l'intérêt pour les français ?

A.C. : Bien sur, de tout manière pour moi toute culture a un intérêt pour une autre culture. La culture bulgare peut avoir un sens pour les français justement pour ce rapport au passé. Dans le filme il y a plusieurs fois ce propos qui revient, que les bulgares actuellement essayent de casser leur image du passé … Pas forcement de casser, mais ils ont un problème d'image par rapport au compte rendu historique de ce qui s'est passé en Bulgarie. Mais bien sur il y a des choses qu'on peut tirer de la Bulgarie, tout simplement une richesse musicale déjà. La musique en occident est très riche quand elle est très intellectuelle, quand elle est de conservatoire, mais la musique plus sensitive, plus instinctive, elle manque en France. Par rapport à ça on devrait regarder un peu vers la Bulgarie.

D.P. : Vous avez fait ce film en 8 jours. Qu'auriez vous fait différemment si vous aviez eu plus de temps ?

A.C. : 8 jours, c'est la durée du tournage, après on a eu un mois de montage ici. Si j'avais pu faire autrement, l'idéal aurait été de partir sans caméra pendant huit jours deux mois avant. Peut être avec une caméra, j'aurais triché un petit peu, mais surtout faire des repérages, rencontrer des gens, écouter de la musique, s'imbiber et construire un discours dans ma tête, savoir ce que j'allais dire. Je suis parti sans savoir ce que j'avais envie de dire, du tout. En y retournant rester au moins deux semaines, plutôt que huit jours, un mois ça aurait été super, mais deux semaines, ça aurait été déjà plus confortable.

D.P. : Comment avez-vous été accueilli par les Bulgares ?

A.C. : Fabuleusement bien et extrêmement chaleureusement. J'ai senti quand même une espèce de … pas de mélancolie, mais de détresse dans la façon dont les gens étaient contents de nous voir faire un film sur la Bulgarie. « Vite, faites- le, changez l'image qu'on a ! Regardez ce qu'on a de bien et filmez le vite avant que ça disparaisse ! » Donc, j'ai senti une urgence qui a stimulé la tête que le filme a. Quand on arrivait dans les endroits de concerts ou de spectacles, tout le monde était impressionné.

D.P. : Y a t il eu des anecdotes pendant le tournage et votre séjour en général ?

A.C. : Oui, en tournant Ivo Papazov, qui habite près de Stara Zagora, dans un petit village, dans une petite maison qui ressemble à une ferme assez modeste. C'était assez sombre chez lui et j'avais branché un projecteur pour éclairer son visage et il m'a dit « Oh, méfiance, ça risque de sauter ! » Et puis, en arrivant chez lui tout le ciel s'est noirci et l'orage s'est mis à éclater pendant l'interview et en fin d'interview il y a eu une première coupure de lumière, on était dans le noir total, une deuxième et plus rien du tout. Papazov nous avait déjà raconté qu'un jour quand il a fait un concert en Allemagne, il faisait très beau, mais au moment où il a sorti sa clarinette, le ciel s'est mis en noir et un nuage est tombé sur tous les gens qui étaient au concert. Voilà, en fin de film il y a une jolie image de lui, sa silhouette devant sa fenêtre. C'était imprévu. En arrivant je n'étais même pas sûr qu'il accepterait de jouer.

D.P. : Aimeriez-vous retourner en Bulgarie, pour un autre film ou des vacances ?

A.C. : Je retournerais bien pour un autre film et peut- être même sur la musique encore. J'aimerais bien arriver à filmer profondément ces improvisateurs, faire quelque chose sur l'improvisation à partir d'une base très folklorique. Oui, si j'avais envie de refaire un film ce serait là-dessus.

D.P. : Comment vous est venue la conclusion que les Bulgares doivent retrouver leur confiance en eux et être fiers de leurs traditions, quelqu'un vous l'a t'il inspiré ?

A.C. : C'est ça le bonheur du documentaire, que ce n'est pas moi qui l'ai dit, c'est quelqu'un qui me l'a raconté et donc c'était l'idée de quelqu'un qui connaissait bien la Bulgarie. Nous, ce qu'on a fait, après avoir recueilli plein d'interviews, était de créer un discours qui va dans le sens de ce qu'on pense, mais ce n'est pas moi qui l'ai dit. C'est moi qui l'ai entendu et réfléchi, et après plein de choses qu'on me disait, je l'ai mis en conclusion.

D.P. : Où est diffusé votre film est comment est-ce que les Bulgares peuvent le voir ?

A.C. : Le film appartient à la production, il a été diffusé à la télévision au moins de novembre. Moi, je vais faire des DVD et je vais en donner à des gens en Bulgarie. Ludmil Fotev chez RFI/Bulgarie en a quelques uns pour les distribuer.

D.P. : Vous n'avez pas d'autres projets pour des projections en salle ?

A.C. : Non, mais je suis complètement ouvert s'il y a quelqu'un qui peut assurer une salle, moi, j'ai le projecteur. Si, par exemple vous avez des contacts avec l'ambassade de Bulgarie et l'ambassade a envie de faire une projection.

D.P. : Sur quoi, travaillez vous maintenant ?

A.C. Une mise en image d'un spectacle Flamenco.

D.P. : Que diriez vous aux Bulgares qui habitent en France ?

A.C. : Il y en a certains à qui je dirais de ne pas cracher sur leur pays et il y en a plein à qui je dirais « Mais, bienvenus en France et faites connaître votre pays en France, faites connaître la Bulgarie en France. » Parce que les Français ils ont quand même pas mal de clichés sur la Bulgarie.

Interview réalisée par Didalia Papakonstantinou, sur demande de Bulgaria France

Voir la vidéo sur Youtube : www.youtube.com/watch?v=QkLbHjEknvI

Page mise en ligne le 08 décembre 2004 - Dernière mise à jour 30 septembre 2009

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