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Emouvant et riche :

Arrachés aux griffes de Hitler

Portrait de l'auteur

Professeur Michel Bar-Zohar, né à Sofia en 1938.
Photo : ©EuroNews.

Ce qui fait la richesse de l'histoire de la Bulgarie depuis un bon siècle et demi, c'est qu'elle est pleine de paradoxes. La question juive telle qu'elle a été posée et...résolue au milieu du siècle passé dans un pays allié à l'Allemagne nazie en est un, et l'ouvrage de Michel Bar-Zohar, « Arrachés aux griffes de Hitler » (*), le montre bien. Mais l'ouvrage très documenté de l'historien bulgaro-israélien ou israélo-bulgare s'enrichit aussi du témoignage personnel et de l'attention portée à des destins individuels, et c'est ce qui lui donne une dimension humaine rare et particulièrement émouvante.

J'ai écrit paradoxe...et le livre s'ouvre sur un premier paradoxe :

[...] un long train de marchandises emportant plus de mille Juifs s'arrête à la frontière yougoslave.

En 1943 ? Non en 1948, et les voyageurs de cet Orient-Express d'un nouveau type descendent des wagons, se tournent vers le pays qu'ils quittent et chantent son hymne national. Ainsi les Juifs de Bulgarie quittaient, non sans une intense émotion, le pays qui les avait protégés de l'Holocauste.

Reconnaissons à l'historien Bar-Zohar un talent de romancier. Il aurait pu faire l'historique du sauvetage des Juifs bulgares en commençant de façon linéaire par une évocation sèche du contexte européen et national. Non. Il ouvre le premier chapitre par le récit d'une étrange réunion entre amis à Kyustendil.

Photo extraite du livre de Bar-Zohar

La mère de l'auteur (deuxième à partir de la droite), seule Juive du groupe, porte l'étoile de David sur son cardigan.

Ensuite, certes, l'Histoire reprend ses droits, mais l'historien ne manque jamais de mettre un peu de chair sur son squelette glacé. Page 31, dans le chapitre consacré à « La loi sur la défense de la Nation », il inscrit la photo de cinq charmantes jeunes femmes, tout sourires, prise à la campagne ; et la légende précise : La mère de l'auteur, seule Juive du groupe, porte l'étoile de David sur son cardigan.

La sinistre étoile jaune que les Juifs en Pologne ou en France devaient coudre sur le revers de leur veste ? Non, ce que sa mère portait était en celluloïd et de la taille d'une pensée.

Dans le chapitre intitulé « Le commissaire », p.49 et suivantes se succèdent d'abord des photos de gaillards en short et torse nu, souriant à l'objectif, puis des colis entassés sur un trottoir, et enfin une photo de famille rassemblée et comme endimanchée :

un camp de vacances ?

Non, les internés d'un camp de travail…

Des dons ?

Non, les appareils de radio que les Juifs doivent livrer...

Les retrouvailles d'une famille chez des parents à la campagne ?

Non, la famille de l'auteur avec des amis dans le village où ils ont été assignés à résidence.
Tout juste si on distingue, au-dessous des sourires affichés, la fameuse petite "pensée" en forme d'étoile.

Le chapitre suivant s'ouvre sur le beau visage grave d'une jeune femme à l'action de laquelle il consacre ensuite tout un chapitre. Et de conter plus longuement l'histoire de celle qui aimait le redoutable commissaire à la question juive et qui tentait du mieux qu'elle pouvait de prévenir les Juifs de Sofia. Paradoxal et tragique roman d'amour.

Le premier chapitre s'ouvrait sur la phrase suivante :

Le 4 mars 1943, dans le ciel clair et vif, une brise légère soufflait des montagnes de Macédoine...

Jolie introduction à la réunion de Kyustendil.

Un cauchemar thrace

Le septième chapitre s'ouvre ainsi : Le 4 mars 1943, quelques heures avant le lever du jour, pour continuer : des martèlements de poings et de crosses retentirent dans les maisons de la ville thrace de Giumurdjina. Sous une pluie battante [...] commençait la rafle des Juifs de Thrace et de Macédoine par la police et l'armée bulgares.

Eh oui ! Paradoxe encore : si la Bulgarie peut à juste titre s'enorgueillir d'avoir protégé ses Juifs, elle ne doit pas oublier que certains de ses citoyens ont exécuté sans état d'âme les ordres donnés par les nazis et par ceux qui, à Sofia, les servaient.

Les chapitres suivants s'emploient à raconter le courageux engagement de certains notables de Kyustendil, de certains hommes politiques et de certains métropolites pour empêcher que les Juifs de Bulgarie subissent le même sort.

Le dernier chapitre évoque ce que fut pour ces hommes le salaire du courage après 1944 : la mort ou, au mieux, la misère...Bien triste paradoxe.

Couverture du livreLe livre de Michel Bar-Zohar, nourri par une recherche exigeante et une analyse rigoureuse, est d'autant plus émouvant qu'il met sans cesse le lecteur en présence d'hommes de chair et de sang, qu'ils soient glacialement amoraux ou dépositaires courageux de la pensée de Vassil Levski.

Les personnes qui lisent l'anglais peuvent compléter cette lecture par les témoignages de Juifs de Bulgarie recueillis sur le site internet www.centropa.org. Elles y trouveront l'histoire de familles juives depuis les générations du temps de l'Éveil national jusqu'à leur éclatement après 1948, voire leurs retrouvailles intermittentes après 1989.

René Meissel

(*) L'ouvrage a d'abord été publié en anglais aux Etats-Unis, en 1998, où enseignait alors Michel Bar-Zohar [Michael Bar-Zohar]. La traduction française a été publiée en 2006 par les Editions Bul-Koreny, à Sofia. Il est regrettable que cette traduction ne soit toujours pas distribuée en France.

Notes de Bulgaria-France

Le livre est disponible en français auprès de la librairie :

"Bulgarski knizhitsi" 10 rue Aksakov à Sofia en Bulgarie.
"Български книжици" - ул. "Аксаков"№10 - София
www.knigabg.com/index.php?page=book&id=8654

Le livre en anglais :
Beyond Hitler's Grasp: The Heroic Rescue of Bulgaria's Jews

Mis en ligne le 07 avril 2010

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