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A Skopje, la liberté d'expression n'est
qu'un rêve lointain.
Les cadres du serbocommunisme se sont révoltés contre leurs
fondateurs, affirme Vlatko Stamatovski.
Propos recueillis par Virzhinija Stojanova, publiés
sur Standart le 12 septembre 2005. Version orginale en bulgare [lire
>>]
Article proposé et traduit par Athanase Popov.
Vlatko Stamatovski est le Président de l'Association pour une
Macédoine euroatlantique (DEAM). Il s'agit d'une ONG qui ne cache
pas son orientation ethnique probulgare. Il est le directeur de l'hebdomadaire
électronique Tribune. Il y a tout juste un an, le journal "Standart"
a publié un entretien avec le jeune journaliste skopjote qui est
une personnalité publique importante à Skopje. Il est présent
dans l'espace médiatique macédonien depuis une dizaine d'années.
Avec ses écrits critiques sur l'idéologie macédoniste,
il suscite fréquemment des agitations et des réactions houleuses.
- Standart :
Quel est votre point de vue sur le conflit opposant l'Eglise orthodoxe
de Macédoine à Zoran Vranickovski, exarque de l'Eglise
serbe ?
-
Vlatko Stamatovski : Nous avons affaire à un télescopage
entre les créateurs et ce qu'ils ont créé. Le
macédonisme, en tant que doctrine grandserbe, a été
institutionnalisé depuis déjà soixante ans en
tant qu'idéologie nationale et étatique de l'actuelle
République de Macédoine. L'Eglise orthodoxe macédonienne
fut restaurée en tant qu'Eglise autocéphale par un décret
des pouvoirs communistes d'ex-Yougoslavie sous Tito, en tant que réplique
macédonienne de l'Eglise serbe. Jusqu'à maintenant,
elle existait telle qu'elle avait été pensée
par ses concepteurs serbes. Bien qu'elle soit formellement l'héritier
de l'archevêché bulgare d'Ohrid, elle repose, dans les
faits, sur une base antibulgare. Soit, mais ces dernières années,
on assiste à un phénomène invraisemblable, c'est-à-dire
le fait que le macédonisme, tel un véritable Frankenstein,
est entré en conflit avec ses propres créateurs.
Nous sommes les témoins de la querelle sémantique entre
la République de Macédoine et la Grèce à
propos du nom de la première. A propos de ce même nom
qu'on nous a imposé en raison de notre débulgarisation.
Il faut examiner notre querelle ecclésiastique avec la Serbie
sous le même angle. Manifestement, les stratèges grandserbes
ne pensaient pas qu'il était possible que les gens en Macédoine
adhèrent véritablement à l'idée fantasmagorique
qu'est le macédonisme. Et ils ont rapidement compris qu'avec
le nouveau climat géostratégique, celui-ci n'allait
plus leur être d'aucune utilité. De ce fait, ces stratèges
souhaitent officialiser leur hégémonie sous une forme
ouvertement serbe. Ce qui est absurde, c'est qu'une résistance
aussi farouche soit opposée par le milieu de leurs poulains
proserbes, ainsi que par ceux qui sont payés pour défendre
la métaphysique macédoniste. Mais c'est précisément
maintenant, suite à ce conflit entre la doctrine ouvertement
serbe et la doctrine serbomacédoniste, qu'il pourra devenir
possible de démasquer les mensonges et les falsifications,
et de rétablir la nationalité bulgare authentique de
la population en Macédoine.
- Les autorités macédoniennes ont même arrêté
l'exarque serbe.
-
Le macédonisme est une phénomène qui ne saurait
exister dans des conditions normales de vie en démocratie.
Son unique « argument », c'est l'interprétation
dogmatique et la répression exercée envers quiconque
manifeste un esprit critique. L'arrestation de Zoran Vranickovski,
c'est le paroxysme de la féroce campagne que les structures
macédonistes ont déployée contre lui. Sa sentence
est fondée sur des accusations de crime verbal et de non-conformité
idéologique. C'est du nonsense pour une société
démocratique. C'est ce qui a donné l'occasion aux chauvins
serbes de Belgrade d'entamer un combat pour ses droits humains. En
réalité, il ne s'agit que d'un masque qui dissimule
leurs revendications envers la Macédoine et c'est aussi une
preuve de ce qu'ils ont cessé de miser sur le schéma
macédoniste. L'attitude envers Vranickovski représente
une preuve éclectique de ce que la macédonisme, c'est
avant tout un problème de déficit démocratique.
C'est pourquoi, nous, les membres du mouvement pour une Macédoine
euroatlantique, estimons qu'avec la stabilisation de la démocratie
euroatlantique en République de Macédoine, toutes les
possibilités ultérieures pour le développement
de la chimère macédoniste s'éclipseront à
coup sûr.
- Puisque vous évoquez l'intégration euroatlantique de
la Macédoine, où en est la mise en œuvre des accords
d'Ohrid ?
-
Leur mise en œuvre est rendue assez difficile car l'ensemble
des partis politiques souhaitent les utiliser à de fins bassement
politiciennes. Mais ces partis oublient que les accords ont été
signés sous le patronage de la communauté internationale.
Les garants européens et américains des accords ne nous
permettront pas de nous comporter de manière irresponsable.
Ils nous obligeront à les mettre en œuvre jusqu'au bout.
Il y a tout juste un an, j'ai dit que les accords d'Ohrid représentaient
à mes yeux l'enterrement de la constitution yougoslave de la
Macédoine. Aujourd'hui, je me permets de l'affirmer, le macédonisme
a été supprimé en tant qu'idéologie d'état
en Macédoine, et il n'existe plus que comme idéologie
ethnique. Mais cela ne va plus durer longtemps, je l'espère.
La Macédoine ne pourra jamais être un état nation
macédonien pour la simple raison que la nation macédonienne
n'existe ni sociologiquement parlant, ni historiquement parlant. Notre
époque prouve que le seul projet viable pour l'organisation
politique de la Macédoine indépendante et démocratique,
c'est de faire de cette dernière une sorte de Suisse des Balkans.
Tel est non seulement mon point de vue personnel, mais aussi l'objectif
stratégique de la DEAM.
- Que représente le journal Tribune ?
-
L'un des points les plus faibles de la démocratie macédonienne,
ce sont les médias. L'espace médiatique continue à
être bloqué par l'inertie de l'ancien système.
Les médias dits « les plus prestigieux » sont proclamés
conformément à la logique de ce système, et ils
sont saturés de partialité, de qualifications idéologiques,
de disqualifications policières et de servilité envers
l'oligarchie politico-économique. Dans ce contexte, nous qui
sommes un groupe d'enthousiastes avec une expérience de l'ancien
système, avons décidé d'initier un projet médiatique
censé consolider différentes mesures et principes professionnels.
Nous avons décidé de fonder un média électronique
pour des motifs purement financiers : de cette façon, cela
revient moins cher. En outre, nous sommes partenaires avec une compagnie
de production slovène qui met à notre disposition tout
une logistique technique. Mais en Macédoine, il ne sera pas
de si tôt possible de produire l'effet social nécessaire
par des publications sur Internet. C'est pourquoi, nos ambitions nous
poussent à passer en version papier.
En Macédoine, il est très difficile de créer
un média tout en conservant son individualité et sans
entrer dans les schémas de la politique et du crime [kriminalno-politiceski
shemi]. Nous espérons pouvoir obtenir le soutien de
structures internationales qui veuillent bien soutenir la démocratie
et le professionnalisme du métier de journaliste en Macédoine.
J'ai dit que c'était un groupe d'enthousiastes qui travaillait
sur notre projet. Néanmoins, chacun d'entre nous a une solide
expérience dans ce domaine. Nous couvrons toutes les sphères
de l'espace sociopolitique et économique, y compris les sujets
idéologisés qui sont tabous. Nous tâchons de nous
montrer objectifs, de travailler avec professionnalisme et de permettre
une interprétation libre de toutes les questions. C'est pourquoi,
nous nous associons des journalistes et collaborateurs occasionnels
aux opinions politiques les plus diverses. Chacun exprime son point
de vue en toute liberté. C'est là quelque chose de neuf
pour les médias macédoniens. Nous espérons que
cette manière da travailler nous assurera une légitimité
professionnelle.
Page mise en ligne le 08 décembre 2005
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