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Une élection sans surprises ?
... suite 2
"Présidentielles 2006 en Bulgarie"
Une situation politique intérieure qui se délite lentement
Un sondage d'opinion publié début mars 2006 montre une
chute de popularité des partis formant l'actuelle coalition de
« centre gauche » au pouvoir (B.S.P. - N.D.S.V - D.P.S).
- le B.S.P. [Balgarska Socialistitcheska Partia est devenu, à
partir d'avril 1990, le parti successeur du parti communiste bulgare
(B.K.P).], parti socialiste, se situe à 22,8 % des intentions
de vote (contre 26,4 % en février), le D.P.S.[Dvijenie za
Prava i Svobodi a été créé - avant la chute
du régime communiste de T. Jivkov - par son actuel leader, A.
Dogan], Mouvement des droits et des libertés, à 8,1
% (contre 7,0 % en février mais près du double quelques
mois plus tôt), le N.D.S.V.[Nationalno Dvijenie Simeon Vtori/Mouvement
national Siméon II a été créé en
avril 2001 par l'ancien monarque de Bulgarie, Siméon II]
à 5,1 % (contre 7,5 %) (01).
- L'opposition de droite ne profite pas de cette chute de popularité
: l'O.D.S [Obedineni Demokratitchni Sili, Forces démocratiques
unies qui comprend principalement le S.D.S., l'Union des forces démocratiques.](« droite »
dirigé par l'ancien président P. Stoyanov) est à
2,8 % et le D.S.B.[Demokrati za Silna Balgaria, Démocrates
pour une Bulgarie forte] (« droite » de l'ancien
Premier ministre Ivan Kostov) à 2,4 %. Ces partis reculent encore
d'environ 1 point par rapport à février [l'O.D.S.
faisait 8,44 % des voix (20 sièges) et le D.S.B. 7,04 % (17 sièges)
en juin 2005].
- D'autres petits partis comme l'ORIM (nationaliste macédonien)
(1,0 %), l'UAPB-UP (agrarien) (0,8 %), Temps nouveau (dissident du N.D.S.V.)
(0,6 %) et l'U.D.L. (« droite » de l'ex maire
de Sofia) (0,5 %) restent insignifiants même s'ils sont en légère
progression par rapport au mois précédent.
- le mouvement extrémiste et « anti-tout », Ataka,
dirigé par Volen Siderov, monte à 9,1 % (contre 7,8 %)
et serait donc devenu la deuxième force politique du pays [le
Rassemblement national Ataka (Nacionalen Sayuz Ataka) a obtenu 8,93
% des voix (21 sièges) aux élections de juin 2005].
D'après les analystes, ce recul du B.S.P. est principalement dû
aux échecs du gouvernement dans les domaines de la politique de
réforme du système de santé, de l'amélioration
promise du niveau de vie et de la lutte contre la criminalité.
Il reste néanmoins le seul mouvement politique qui - sur le plan
électoral du moins - garde une certaine force, voire une certaine
stabilité.
La quatrième place du N.D.S.V. est manifestement le prix payé
pour sa participation à la coalition gouvernementale. Elle est
également le signe de l'incapacité de ce mouvement à
fidéliser un électorat .
L'accentuation de la popularité d'Ataka proviendrait du fait qu'il
a été l'unique « parti politique » à
lancer systématiquement des attaques contre les quatre piliers
du consensus de la transition bulgare : la « paix ethnique »,
l'orientation européenne, l'économie de marché et
la démocratie. Le tout, enveloppé dans une logorrhée
nationaliste agressive qui plait aux « perdants de la transition
» qui constituent le groupe social le plus important de la population.
Pourtant, toujours selon les analystes locaux, l'expansion du mouvement
Ataka aurait atteint un plafond (02).
Parmi les leaders de la coalition gouvernementale, la cote de popularité
du Premier ministre socialiste, S. Stanishev, passe de 41 % à 35
%. Celle de Siméon II chute à 19 %. Parmi celle des principaux
ministres, Roumen Petkov (Intérieur) enregistre le recul le plus
important (de 31 % à 23 %).
La cote du Président de la République, G. Parvanov passe
de 70 à 61 %.
En revanche, l'ancien garde du corps de Siméon II, ancien Secrétaire
général du ministère de l'Intérieur (avec
le grade de général) et actuel maire de Sofia, Boïko
Borissov, arrive en tête avec 70 % de satisfaits.
Ce sondage montre également une chute de popularité des
principales institutions du pays. La police chute de 8 %, la présidence
de la République de 6 %, l'armée de 4 %. La baisse est également
sensible pour le gouvernement, le parlement, les partis politiques, la
Prokuratura et les instances judiciaires.
Pourtant, aussi étrange que cela puisse paraître, le sondage
indique que 48 % des personnes interrogées pensent que la coalition
tripartite actuelle ira au terme de son mandat (4 ans). D'autre part,
56 % des gens estiment que l'accession à l'UE est importante pour
la Bulgarie.
Une situation économique plutôt favorable qui n'empêche
pas une désillusion sociale inquiétante
Dans le contexte régional des Balkans, la situation économique
globale de la Bulgarie est - toute proportion gardée - plutôt
favorable. L'action du gouvernement de Siméon II (2001-2005) a
été louée par les institutions financières
internationales. Il a suivi les recommandations draconiennes de discipline
financière et budgétaire qui ont ramené la confiance.
Au cours de la législature, l'inflation est restée dans
des limites raisonnables. Le chômage a officiellement régressé
de 17 % en 2001 à environ 10 % en 2005.
Pendant quatre ans, les investissements directs étrangers se sont
chiffrés à plusieurs milliards d'euros. Certaines privatisations
ont réussi [ainsi la vente de plusieurs compagnies d'électricité
a rapporté plus d'un milliard d'euros et la cession à la
société autrichienne Viva Ventures de 65 % de la compagnie
de télécommunication (B.T.K.) pour un montant de 238 millions
d'euros], d'autres ont échoué [ce fut le cas de
l'entreprise d'Etat des Tabacs, Bulgartabak, voir notre article sur
www.colisee.org].
Quelques appels d'offre et une concession d'exploitation ont alimenté
de virulentes polémiques politiques (03). Le secteur
du tourisme est désormais en pleine expansion et procure des ressources
et du travail saisonniers. Les nombreux travailleurs bulgares à
l'étranger envoient également de l'argent à leur
famille.
Après 15 ans de transition, de ruptures multiples, de confrontation
politique, d'espoirs déçus et surtout de chute du niveau
de vie, l'opinion publique estime - à tort ou à raison -
ne pas avoir reçu les « dividendes » des efforts demandés
et fournis. Surtout que la corruption - y compris au niveau de la vie
quotidienne du « bulgare moyen » - sape la cohésion
nationale et alimente une suspicion générale. Le système
judiciaire, dans son ensemble, s'est montré incapable d'effectuer
sa mission malgré quelques réformes tardives, et la population,
à 70 %, ne lui fait pas confiance. On peut se poser la question
de savoir, d'ailleurs, pourquoi le gouvernement de Siméon II, qui
disposait pourtant d'une majorité au parlement, n'a pas pu réformer
plus profondément ce secteur essentiel à l'enracinement
de la démocratie. Il faut voir dans cette incapacité politique
un échec évident du précédent gouvernement.
La loi de finances pour 2006 a été adoptée par le
Parlement en décembre 2005. Les priorités du budget de la
coalition de centre gauche témoignent d'une certaine continuité
avec les exercices précédents : stabilité macroéconomique
et croissance à long terme, financement des activités dans
le cadre de l'intégration européenne, réduction de
la charge fiscale et de la sécurité sociale et augmentation
de la part des investissements publics. [On constate malheureusement
ces derniers mois (+ 3 % pour le seul mois de février 2006) une
augmentation de l'inflation qui pourrait atteindre, selon certaines sources,
entre 7 et 9 % pour l'année 2006.]
Cette « continuité », qui s'inscrit dans la volonté
de s'afficher comme un « bon élève »
pour rejoindre l'Union européenne dès le 1er janvier 2007,
est certainement à l'origine de la chute de popularité du
B.S.P. et de la coalition gouvernementale qu'il domine. Les promesses
faites au cours de la campagne législative de juin 2005 concernant
les bas salaires et les retraites n'ont pas été honorées
par les socialistes ; et l'opinion par l'intermédiaire de sondages
successifs fait part de son agacement avant - la question peut être
posée - de manifester concrètement son mécontentement.
Le président de la République ne s'y est d'ailleurs pas
trompé qui a commencé à émettre quelques «
réserves » sur l'action gouvernementale.
Un climat d'insécurité préoccupant
Dans un sondage du mois dernier, 60 % des Bulgares déclaraient
éprouver un sentiment d'insécurité au quotidien.
Cette tendance qui existait déjà auparavant s'est renforcée
notamment à la suite de l'assassinat sauvage de deux adolescentes
dans la ville de Pazardjik, que la police s'est avérée incapable
d'élucider, - du meurtre en plein centre de Sofia d'un jeune « banquier »
de 48 ans (Emil Kulev, l'une des premières fortunes de Bulgarie
!), et de celui, encore plus récent, d'un « mafieux »
au volant de sa Porsche.
Le double assassinat de Pazardjik et les multiples règlements de
compte, à Sofia mais également en province ou sur la côte
de la mer Noire, ont fait exploser le ressentiment de la population devant
l'incurie du gouvernement. La mobilisation des ressources policières
n'a donné aucun résultat visible pour l'instant. La lenteur
des enquêtes a été accompagnée dans la presse
de rumeurs contradictoires. Depuis trop d'années maintenant, l'incapacité
et l'impuissance des autorités politiques contrastent avec l'impunité
dont semblent bénéficier certains membres notoires des « milieux
criminels ».
Il faut dire que l'échec de la lutte contre la criminalité
organisée n'est pas l'apanage de ce gouvernement. C'est même
l'un des échecs les plus évidents de celui de Siméon
II qui, malgré diverses « stratégies gouvernementales » manifestement plus affichées que mises en œuvre et
les effets médiatiques du général Boïko Borissov
(04),
n'a pas su - ou n'a pas pu politiquement - s'attaquer à ces véritables
« associations de prédation » qui recrutent manifestement
bien au delà des cercles criminels traditionnels.
Tous les milieux politiques et de nombreux « décideurs
administratifs » sont touchés !(05)
Comme le constatent de nombreux observateurs, la « criminalité
organisée » bulgare est composée de « malfrats »,
bien sûr, mais également d'acteurs politiques, économiques
et administratifs qui représentent désormais au sein du
pouvoir une « influence » considérable dont le pays
aura du mal à se défaire rapidement tout seul ! Un des dirigeants
du B.S.P., Yanaki Stoïlov, a récemment reconnu une influence
disproportionnées de certains milieux d'affaires dans les rouages
du parti et du gouvernement.
Si l'Union européenne a raison d'insister sur la réforme
du système judiciaire bulgare (06)
(une nouvelle réforme constitutionnelle est sur le point d'être
adoptée), il n'en demeure pas moins vrai que l'UE ne devrait pas
considérer le « phénomène criminel bulgare »
(et, globalement, balkanique !) comme similaire à la criminalité
occidentale. Il y a entre les deux une différence de nature. L'arrestation,
effective ou annoncée, de quelques gangsters notoires ne doit pas
faire illusion. Bien que s'exprimant en termes diplomatiques, Olli Rehn,
commissaire européen en charge de l'élargissement, ne dit
pas autre chose quand il signale que la Bulgarie et la Roumanie doivent
combattre « la haute corruption » et doivent montrer que « personne n'est au-dessus de la loi » !
(07).
L'Union européenne estime certainement avec raison que la région
des Balkans ne doit pas devenir la « porte » de nombreux trafics
(immigration clandestine, drogue, prostitution, etc.) avec la Russie,
les pays du Caucase et d'Orient. La Bulgarie et la Roumanie constituent
deux verrous importants de sa sécurité globale au Sud. Au
vue des piètres résultats obtenus, on peut se poser la question
de savoir si la Bulgarie - et donc l'actuel gouvernement - a la capacité
politique de faire prévaloir la volonté qu'il affiche en
matière de lutte contre la corruption et la criminalité
organisée.
Notes :
(1) A titre de comparaison, on rappelle qu'aux élections
législatives du 25 juin 2005, le B.S.P. a obtenu 33,98 % des voix
(82 sièges), le N.D.S.V., 21,83 % (53 sièges) et le D.P.S.,
14, 07 % (34 sièges).
(2) Le 15 mars 2006, une député de ce
mouvement a démissionné du groupe parlementaire pour protester
contre la proposition de loi de nationalisation d'entreprises déposée
par Ataka. Cette nouvelle défection fait suite à plusieurs
autres à l'automne 2005. De plus, l'un des députés
Ataka a récemment été accusé de pédophilie
et exclu du parti. Le groupe parlementaire ne compte plus désormais
que 14 députés.
(3) Ce fut le cas en matière de douanes avec
la société « Crown agent » en 2001 et surtout
en 2005 avec la concession critiquée par l'UE de l’autoroute
Trakia à un consortium bulgaro-portugais. Cette dernière
affaire, largement exploitée sur le plan politique à travers
des rumeurs, a contribué au discrédit du gouvernement de
Siméon II avant les dernières élections.
(4) Qui a attisé, lorsqu'il était Secrétaire
général du ministère de l'Intérieur, certaines
polémiques stériles par des phrases du genre « la
police attrape les criminels, la justice les relâche ».
(5) Voir notre article (avec S. Stoeva) « La transformation
des élites politiques et administratives en Bulgarie post-communiste
depuis 1990 : mythe ou réalité ? » in Jahrbuch für
Europäische Verwaltungsgeschichte, 2005, 17, p. 223-242.
(6) Voir notre article (avec S. Sodev) « les enjeux
de la réforme du système judiciaire en Bulgarie »,
Revue internationale des sciences administratives, 2006, 4, p. 631-645.
(7) La Roumanie a manifestement mieux entendu le message
que la Bulgarie puisque l'ancien Premier ministre socialiste, A.
Nastase, vient d'être contraint à la démission de
son poste de président de l'Assemblée pour une affaire d'enrichissement
personnel !
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