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« La Bulgarie
a besoin d'un Président actif »
Présentation
Guéorgui Sedefchov Parvanov est né le 28
juin 1957 dans le village de Sirichtnik près de la ville de Pernik
(sud-ouest de la Bulgarie) et devient docteur en histoire en 1988. Il
adhère au Parti communiste en 1981 et, jusqu'en 1991, travaille
à l'Institut d'histoire du Parti communiste bulgare. Vice-président
du Parti socialiste (PSB) en 1994, il est également élu
député la même année. En 1996, il devient
président du Conseil suprême du PSB (Réélu
en 1998 puis en 2000 à une large majorité), fonction qu'il
cumule avec celle de président du groupe socialiste à
l'Assemblée. Le 4 février 1997, après le dramatique
échec du gouvernement socialiste de J. Videnov, forcé
à la démission (hyper-inflation, scandales financiers,
protestations violentes dans la rue), il joue un rôle essentiel
pour mettre un terme à la crise politique et permettre ainsi
la tenue de nouvelles élections législatives. Candidat
à la présidence de la République, il est élu
le 18 novembre 2001, au second tour du scrutin, avec 54,13 % des suffrages
exprimés.
François Frison-Roche, auteur de cet article, chargé
de recherche au CNRS, Université de Paris II (CERSA), Docteur
en science politique.
Auteur, entre autres publications, de : « L'émergence du
constitutionnalisme en Bulgarie » dans Mélanges en l'honneur
de G. Conac, Economica, 2001 ; « Bilan de dix ans de
jurisprudence constitutionnelle bulgare », Revue de Justice
Constitutionnelle Est Européenne, Presse de l'université
de Clermont-Ferrand, n° 4, 2002, p. 185-208.
Le poids politique des présidents en Europe post-communiste,
Le courrier des pays de l'Est, La Documentation française.
Etre élu Président de la République à 45
ans est un redoutable défi, surtout quand on ne s'y attend pas
(1) ! C'est ce qui est arrivé
le 18 novembre 2001 au jeune historien bulgare Guéorgui Parvanov.
Cette situation qui pourrait paraître banale ailleurs, l'est peut-être
moins en Bulgarie car le Premier ministre n'est autre que Siméon
de Saxe-Cobourg Gotha (2), l'ancien
souverain du pays
(1943-1946) (3) et le Président
de la République le représentant d'une nouvelle génération
de responsables d'un Parti socialiste qui s'appelait encore le Parti communiste
jusqu'en avril 1990.
C'est dire combien cette « cohabitation à la bulgare »
intrigue les observateurs car si la configuration politique est inédite
et les acteurs manifestement plus habiles, le contexte socio-économique
reste, lui, tout aussi difficile. Tout laisse à penser, pourtant,
qu'après une dizaine d'années de transition chaotique sur
le plan politique et économique, les Bulgares aient fait le pari
du renouveau et de la stabilité. Renouveau politique, d'abord,
avec l'arrivée de dirigeants « neufs », et
surtout modérés ; stabilité, ensuite, avec le consensus
affiché à l'égard de la poursuite d'une politique
orientée résolument vers l'économie de marché
et l'Etat de droit.
Le tableau pourrait paraître idyllique. Certains vont même
jusqu'à affirmer que les deux dernières élections
de 2001 marquent la fin de la transition en Bulgarie et l'établissement
d'un « système politique normalisé »
à l'occidental.
Le binôme formé par un Premier ministre libéral et
un Président de la République socialiste dispose de quelques
années pour réussir, ensemble, la gageure de renforcer la
confiance internationale pour attirer les investissements, redresser une
économie sinistrée et, surtout, assurer un « mieux-être »
à une population dont l'immense majorité est à bout
!
Dans ce contexte particulier, que peut faire un Président sur
qui pèsent de nombreuses contraintes ? La première est une
« contrainte constitutionnelle » car les pouvoirs du Président
de la République ont été limités par les rédacteurs
(ex-communistes) de la Constitution de 1991. (A
l'époque, le Président de la République était
le philosophe dissident J. Jelev, créateur du principal mouvement
anti-communiste. Ceci explique cela.). Jusqu'à présent,
les Présidents bulgares ont donc plutôt joué un rôle
de régulateur, de médiateur, qu'un rôle d'acteur majeur
du jeu politique surtout quand le Premier ministre dispose d'une majorité
au parlement (ce qui est le cas de Siméon II).
Dans ce cas de figure, le Président dispose essentiellement d'un
pouvoir d'influence. Pour avoir une portée politique, ses actions
ne peuvent être faites qu'avec beaucoup de subtilité car
elles reposent finalement sur l'appréciation, positive ou négative,
qu'en fera l'opinion publique.
A cet égard, il semble que le Président Parvanov ait réussi
à manifester des dispositions remarquables dès les premiers
mois de son mandat…
Sans que l'on puisse y voir un lien direct de causes à effets,
grâce à quelques discours adroitement ciblés (4)
ou à l'utilisation habile de son droit de veto (5),
sa côte de popularité est passée en trois mois de
45,5 % à 58,8 % de « bonne opinion ». Au début
de l'année 2003, elle avoisine désormais les 70 % ! (Chiffres
recueillis auprès de l'institut de sondages Gallup de Sofia. Voir
également le site : www.aresearch.org) Il ne fait aucun
doute que ce président ne restera pas « inerte » comme
le fut son prédécesseur direct, le Président P. Stoyanov
(6). Malgré quelques dénégations
de bon aloi, tout laisse à penser qu'il cherchera à élargir
son champ d'influence pour exister au maximum sur la scène politique
(7), quitte à bousculer les
anciennes habitudes. Sa décision, fin août 2002, de créer
directement auprès de la présidence un « Conseil
de coordination pour la lutte contre la criminalité »
(8) ou sa volonté de prendre
l'opinion publique à témoin de façon théâtrale
(9) entre manifestement dans cette
stratégie d'expansion de son influence politique.
Dans le cadre de l'adhésion de la Bulgarie à l'OTAN, décidée
lors du sommet de Prague en novembre 2002, la réforme délicate
de l'armée lui donnera également l'occasion d'apposer concrètement
sa marque (Dès la prise de fonction de
son successeur, en juin 2002, l'ancien Chef d'état major des Armées,
le général M. Mihkov, a rejoint le Président de la
République en qualité de conseiller).
A cette « contrainte juridique » s'ajoute ce que l'on pourrait
appeler une « contrainte extérieure ». En effet, le
consensus existant entre le Premier ministre, sa majorité parlementaire
et le Président de la République, au sujet de l'adhésion
de la Bulgarie à l'Union européenne (UE) et à l'OTAN
impose aux acteurs politiques bulgares de poursuivre avec persévérance
des réformes structurelles qui sont douloureusement ressenties
par l'électorat de chacun des protagonistes politiques.
On peut se demander si les velléités d'action du Président
de la République, sa volonté de justice sociale en faveur
des plus démunis par exemple, ne se heurteront pas très
rapidement aux limites fixées par les calendriers respectifs d'adhésion
à ces deux institutions. On imagine mal certaines privatisations
d'entreprises d'état ou certaines restructurations administratives
(10), réclamées par
le FMI, sans un accroissement substantiel du chômage. L'adhésion
à l'OTAN, quant à elle, doit passer par une réduction
du format des armées et, pour respecter les délais fixés,
on évoque le licenciement à court terme de plus de 10.000
cadres de l'armée.
(Plus de 7000 militaires ont reçu, mi-juin
2002, une lettre de licenciement à échéance de 6
mois.)
Le nouveau Président peut-il s'opposer à ces diverses mesures
et comment ? Sa marge de manœuvre est étroite car ce qu'il
peut gagner politiquement, au plan intérieur, vis-à-vis
d'un électorat angoissé mais versatile, il peut le perdre
au plan de sa crédibilité extérieure vis-à-vis
des principaux bailleurs de fonds et investisseurs que sont les Institutions
financières internationales (FMI, Banque mondiale), l'UE ou les
Etats-Unis. A trop critiquer, la présidence bulgare pourrait risquer
de se voir qualifier, pour reprendre une expression qui a fait florès
en France lors d'une période de cohabitation, de « ministère
de la parole ».
Quant à la « contrainte intérieure », elle
est d'autant plus forte que l'immense majorité de la population
attend le redressement économique promis, synonyme d'emplois, de
revalorisation du pouvoir d'achat et de « mieux-être »
social pour certains quand ce n'est pas tout simplement de survie pour
plusieurs catégories de la population (minorités ethniques,
retraités, sans emploi, petits salariés).
L'électorat du Parti socialiste bulgare, essentiellement rural
et vieillissant, ne sera plus en mesure de peser politiquement s'il n'est
pas renouvelé. Le Président Parvanov ne l'ignore certainement
pas et, en toute logique, il devrait briguer le renouvellement de son
mandat en 2006. Selon certains connaisseurs du PSB, la stratégie
du nouveau Président semble fixée : laisser le Premier ministre
gouverner tant que le PSB n'est pas prêt à l'alternance.
Bref, jouer le jeu de la démocratie.
En réussissant à maintenir son fidèle et très
jeune « second », Sergueï Dimitrievitch Stanichev
(11), à la tête du
Parti, le Président Parvanov a marqué un premier point pour
garder ce que certains appellent déjà un « contrôle
à distance » du PSB. Les résultats du 45e Congrès
du PSB, tenu en juin 2002, laissent augurer le « virage social démocrate
» du Parti, tant attendu par les socialistes européens. Si
le Parti sait se montrer « raisonnable » au plan politique
et continue à soutenir sans entrave l'ancrage du pays aux structures
euro-atlantiques, l'Internationale socialiste (IS) pourrait, alors, envisager
avec bienveillance l'éventualité d'une adhésion en
qualité de « membre consultatif »(12)
qu'elle lui a toujours refusé jusqu'à ce jour (13).
Ce label serait excellent pour l'image du parti à l'étranger.
Au plan symbolique, il contribuerait à tourner la page du passé
communiste.
Certains signes encourageants ont été donnés de
part et d'autre. Des contacts réguliers sont désormais établis
(Le congrès du PSB a été retardé d'une semaine
pour permettre à S. Stanichev de participer à la réunion
de l'IS qui se tenait à Casablanca.), certains pays
étrangers ont envoyé des délégations. De son
coté, le PSB a fait en sorte de se séparer de l'une de ses
factions les plus radicales, la « plate-forme marxiste » (Qui
a décidé de rejoindre le Parti communiste bulgare «
Georges Dimitrov », que l'on peut qualifier de groupusculaire, et
qui n'est évidemment pas représenté au parlement)
et d'écarter quelques « figures historiques »
de l'ancien PC qui donnaient encore au PSB des allures de « jurassik
park » du communisme bulgare. Il reste, toutefois, à
tenir à distance la tendance « affairiste »
du Parti (14) et il ne fait aucun
doute que les noms des dirigeants élus aux principaux leviers de
commandes du Parti seront examinés avec attention par les responsables
de l'IS. L'avenir montrera si ce 45e congrès marque l'aggiornamento
du PSB.
Participer de manière active (et crédible) au pouvoir sans
donner l'impression de ruiner les efforts nécessaires de l'actuel
gouvernement ; Assurer le renouveau de son parti en garantissant, vis-à-vis
de pays occidentaux, le « consensus à gauche » sur
l'adhésion à l'UE et à l'OTAN ; Ne pas décevoir
un « noyau dur électoral » tout en cherchant à
retrouver une influence sur des catégories sociales susceptibles
de le soutenir à long terme. Tels sont quelques-uns des principaux
enjeux de la présidence Parvanov. Les objectifs sont larges, à
la mesure certainement des ambitions de ce jeune Président qui
semble avoir un bel avenir devant lui. Tout dépendra de la hiérarchie
des priorités qu'il inscrira à son agenda politique. Même
s'il n'est plus membre des instances dirigeantes du Parti (La
Constitution bulgare (art. 95-2) interdit au Président de la République
de participer à la direction d'un parti politique),
il garde certainement le souci de sa reconstruction idéologique
et de son implantation sociologique durable. Sa future réélection
en dépend !
Les observateurs étrangers notent, avec satisfaction, que le jeune
Président a, jusqu'à présent, effectué un
parcours « sans faute ». Il bénéficie,
il est vrai, de l'attitude irréprochable du Premier ministre, Siméon-II.
Ce dernier, loin de le tenir à l'écart des affaires de l'Etat
susceptibles de le concerner, multiplie les gestes de coopération
comme cela existe dans les pays d'Europe occidentale. Les éventuels
(et probables) contentieux entre les deux institutions ne se dérouleront
plus à la manière d'autrefois mais de façon négociée.
L'attitude est suffisamment novatrice pour être notée. C'est
d'ailleurs l'intérêt des deux protagonistes qui savent que
l'opinion publique les observe et saurait éventuellement les sanctionner
politiquement lors des prochaines échéances électorales
comme elle a su le faire avec leurs prédécesseurs respectifs.
L'avertissement a manifestement été entendu.
Après un très bref « état de grâce »
(15) le Premier ministre (16),
son parti (le MNS-II) (17) et son
gouvernement (d'après plusieurs sondages,
l'indice de satisfaction à l'égard du gouvernement se stabilisait,
fin 2002 - début 2003, autour de 25%, ©www.aresearch.org)
se sont heurtés aux dures contingences du pouvoir et à la
rudesse des réalités économiques. En perte de vitesse
dans les sondages (18) malgré
quelques résultats encourageants et méritoires (19),
le parti au pouvoir et le Premier ministre n'auraient rien à gagner
à se tromper d'adversaire. Le Président de la République,
au contraire, pourrait être un allié objectif en cas de nouvelles
tentatives de déstabilisation politique ou de tempête sociale
toujours envisageables.
Sur le plan de la politique extérieure, la réussite de
la visite du Premier ministre à Washington
(20) n'a d'égale que celle
effectuée à Moscou début juin. Sa rencontre avec
le Président Poutine et le règlement positif de plusieurs
contentieux (21) laissés
par le gouvernement précédent de I. Kostov ont non seulement
contribué à renforcer la stature politique du Premier ministre
mais aussi à faire taire certaines des critiques du PSB. Il est
encore trop tôt pour pouvoir tirer des conclusions sur la portée
de ce « réchauffement » entre Sofia et Moscou.
On constatera que les évolutions de la politique étrangère
de Siméon-II rencontrent les orientations affichées du Président
de la République. Ce hasard n'est sans doute pas fortuit.
Le Président Parvanov a bien compris qu'il devait également
se construire une « image » à l'étranger
s'il veut contrebalancer, vis-à-vis de l'opinion publique bulgare
notamment, la personnalité charismatique du Premier ministre qui
dispose, au plan international, de nombreuses relations politiques et
dans le monde des affaires. De nombreuses visites officielles ont été
effectuées ou sont prévues tant aux Etats-Unis, où
il s'est rendu début septembre 2002 (la
Bulgarie, a été élue membre non permanent au Conseil
de sécurité de l'ONU. Le Président de la République
a donc prévu de participer à la 57e session de l'Assemblée
générale.), qu'en Russie où il a séjourné
du 18 au 20 du même mois accompagné d'une importante délégation.
(22)
Désormais à la croisée des chemins, la Bulgarie
ne peut plus se permettre les dérives politiques et économiques
des premières années de la transition. Le Président
Parvanov a plusieurs années pour convaincre les Bulgares (et les
chancelleries occidentales à Sofia) qu'il ne doit pas son élection
au simple hasard d'un vote sanction à l'égard de son prédécesseur.
François Frison Roche
Lire l'entretien
conduit par Monsieur François Frison Roche >>
(1)Quelques
mois, voire quelques semaines, avant les élections tous les sondages
donnaient le Président Stoyanov réélu.
(2)Fils
de Boris III de Bulgarie et de Ioana, fille du roi Victor-Emmanuel d'Italie,
Siméon de Saxe-Cobourg Gotha est né à Sofia le 16
juin 1937. A la disparition de son père en 1943, il monte sur le
trône à l'âge de 6 ans. Expulsé par les communistes
en 1946, il s'exile en Espagne. Le 28 avril 2001, il fonde le «
Mouvement national Siméon II » et remporte les élections
législatives du 17 juin de la même année. Il est élu
Premier ministre par le parlement le 24 juillet et forme un gouvernement
de coalition avec le parti représentant les minorités turques
et musulmanes et certains membres du Parti socialiste.
(3)Voir
notre article : « 800
jours pour réussir » (entretien avec Siméon
II de Bulgarie), Politique Internationale, n°94, janvier 2002, pp.
269-282.
(4)Lors de sa visite
à la Centrale nucléaire de Kozloduy, le 9 avril 2002, le
Président Parvanov a su très habilement exploiter politiquement
à son profit une situation délicate pour l'actuel gouvernement.
Cette centrale nucléaire de conception soviétique (mais
pas de type Tchernobil comme on le lit parfois) produit l'essentiel de
l'énergie électrique du pays. A la suite d'une décision
des 15 Etats de l'UE, la Commission européenne a négocié
en 1999 avec le précédent gouvernement la fermeture sur
plusieurs années de ses différents réacteurs. Grâce
à l'aide occidentale, toutefois, la sécurité de la
centrale a été largement améliorée et les
autorités bulgares souhaiteraient, en conséquence, repousser
les limites fixées de son exploitation (selon le mémorandum,
les 2 premiers réacteurs devraient être arrêtés
avant 2003. Les dates de fermeture des 3e et 4e tranches devant être
fixées ultérieurement. L'UE insiste pour que la fermeture
définitive ait lieu avant 2006 alors que la partie bulgare réclame
que le fonctionnement des tranches 3 et 4 soit poursuivi jusqu'en 2008
et 2010). L'opinion publique soutient largement (80 %) cette manifestation
d'indépendance nationale. Dans son discours, destiné avant
tout au public bulgare, le Président « recommande »
ainsi, à trois reprises, au gouvernement de « convaincre
» les 15 Etats membres de l'UE de la modernisation de la centrale
pour qu'elle poursuive son activité au-delà du terme fixé.
(5)Le Président
a opposé son veto, par exemple, à la loi de privatisation
des « entreprises d'état » car certains articles priveraient
les ouvriers et les employés des entreprises privatisables de la
possibilité d'acquérir des actions de ces dernières.
A la majorité absolue (art. 101-2 de la Constitution), l'Assemblée
a repoussé le veto présidentiel et adopté définitivement
la loi de privatisation. En l'espace de quelques mois, le nouveau Président
à déjà utilisé son droit de veto à
3 reprises.
(6)Le Président
P. Stoyanov (1996-2001), avait été imposé comme candidat
aux élections présidentielles de 1996 par le mouvement anti-communiste
des FDU contre le président sortant, J. Jelev, pourtant fondateur
de ce mouvement. Choisi pour ne pas faire d'ombre au futur Premier ministre,
I. Kostov, le président Stoyanov ne fit preuve d'aucune envergure
politique au cours de son mandat. Soumis à la majorité parlementaire,
il ne saisit jamais, par exemple, la Cour constitutionnelle au cours de
son mandat, ce qui lui fut sévèrement reproché au
cours de la campagne présidentielle de 2001 quand il se présenta
comme candidat « indépendant ».
(7)Dans le discours
prononcé lors de sa prestation de serment devant le parlement,
le 19 janvier 2002, le Président Parvanov a souligné qu'il
chercherait tout d'abord à renforcer le prestige de la République
et de sa nature parlementaire. Il a indiqué ensuite clairement
que, s'il ne revendiquait aucun pouvoir supplémentaire, il ne tolèrerait
aucune limitation de ses prérogatives et qu'il comptait bien utiliser
celles qui sont mises à sa disposition par la Constitution comme
proposer une réforme constitutionnelle, revaloriser le rôle
du Conseil consultatif de sécurité nationale qu'il préside
(dans le système actuel, les services de renseignements extérieurs
sont subordonnés au Président et les autres services au
gouvernement), réaffirmer son autorité de Chef des Armées
ou être le garant de l'orientation de la politique étrangère
du pays en fonction de ses intérêts nationaux. Il a par ailleurs
indiqué que, dans son agenda, l'adhésion à l'UE était
prioritaire et qu'il veillerait également au rééquilibrage
de la politique étrangère bulgare en faveur de la Fédération
de Russie et de la CEI.
(8)Les forces politiques
qui ne soutiennent pas le Président de la République ne
s'y sont pas trompées. Le Porte-parole de l'Union des forces démocratiques
a ainsi dénoncé cette « tentative d'élargir
de façon illégale la participation du Président de
la République au pouvoir exécutif ». Si la présidente
de l'UFD a participé à la première réunion,
elle a indiqué, qu'à l'avenir, elle y enverrait un « expert ».
Quant au MNS-II, il a envoyé une députée, membre
de la commission de la sécurité du parlement.
(9)Le 31 août
2002 (la date n'est certainement pas fortuite), le Président Parvanov
a tenu une conférence de presse « à l'occasion
de la rentrée politique » dans laquelle il a vertement
critiqué l'action du gouvernement. La presse bulgare a immédiatement
fait le rapprochement avec une conférence de presse, tenue (jour
pour jour) 10 ans plus tôt par le Président Jelev, qui avait
précipitée la chute du gouvernement de l'époque.
(10)La baisse dramatique
de la natalité en Bulgarie depuis de très nombreuses années,
l'un des taux les plus bas en Europe, a pour conséquence une chute
du nombre des élèves dans les classes (les jeunes de moins
de 19 ans seraient passés de 2.463.742 en 1985 à 1.820.254
en 2000). Le ministère de l'Education parle actuellement du licenciement
de plus de 2000 enseignants alors que le syndicat CSIB avance le chiffre
de 17.000.
(11)Sergueï
Dimitrievitch Stanichev, âgé de 36 ans, est lui aussi docteur
en histoire (1994). Il est également diplômé de l'institut
des relations internationales de Moscou (1998) et de la London school
of economics (2000). Elu député lors des dernières
élections (2001), il prend la succession de G. Parvanov à
la présidence du PSB après les élections présidentielles
et vient d'être confirmé à son poste par le 45e congrès.
Bulgare par son père, Russe par sa mère, il a renoncé
à sa nationalité russe vers le milieu des années
1990.
(12)Il existe 3
catégories de membres à l'IS : « membre à part
entière » (accordé au Parti social démocrate
bulgare (PSDB), parti historique qui chercha à renaître après
la chute du communisme), « membre observateur »
(que le mouvement Euro-gauche [dissident du PSB, non représenté
au parlement] a obtenu) et « membre consultatif ». Le PSB
espère obtenir son adhésion en qualité de « membre à
part entière » (au détriment du PSDB) lorsque la Bulgarie
aura rejoint l'Union européenne vers 2007.
(13)Le PSDB (non
représenté au parlement) a évidemment dénoncé,
lors de son récent congrès, les tentatives du PSB de vouloir
adhérer à l'Internationale socialiste.
(14)Quelques jours
avant le congrès une députée, membre du Bureau exécutif
du PSB, a souligné dans la presse que le Parti devait se libérer
de ses rapports de dépendance avec le milieu des affaires car certains
groupes exerceraient de très fortes influences sur les prises de
décisions.
(15)Dès le
mois de février 2002, le gouvernement de Siméon-II a dû
faire face à sa première motion de censure déposée
par les Forces démocratiques unies. Celle-ci a été
repoussée par 134 voix (MNS-2 et MDL) contre 50 (FDU) et 45 abstentions
(PSB).
(16)Dont la cote
de popularité ne cesse de chuter dans les sondages, passant de
77 % d'opinion favorable lors de son élection à 36 % au
début de l'année 2003. (www.aresearch.org).
(17)Le congrès
constitutif du MNS-2 s'est tenu début avril 2002. Siméon-II
en a été élu président. Il sera entouré
de 4 vice-présidents, d'un Conseil politique de 19 membres et d'un
Conseil national de 51 personnes. Dans une déclaration sur les
valeurs fondamentales du mouvement il est indiqué, en substance,
que le parti « partage les idéaux des Partis populaires européens
» (PPE), qu'il est « conservateur sans être élitaire
; libéral mais à forte orientation sociale ; national sans
être nationaliste ». D'après une récente
étude sociologique (juin 2002), sur les 2 millions de Bulgares
ayant voté pour le MNS-2 lors des dernières élections
législatives de juin 2001, 900.000 proviendraient du mouvement
anti-communiste des Forces démocratiques unies (« bleu »),
300.000 du PSB (« rouge ») et 800.000 « indécis »
de ce que l'on pourrait appeler la « mouvance politiquement opportuniste
» de l'électorat bulgare actuel. Sur ses 2 millions d'électeurs,
le MNS-2 aurait perdu environ 240.000 « rouges », 60.000 «
bleus » (qui seraient retournés dans leur parti d'origine)
et surtout 900.000 sympathisants qui se déclarent désormais
indécis. Il est intéressant de noter que les pertes les
plus importantes concernent les personnes peu instruites et vivant à
la campagne. Pour les spécialistes, se poserait alors le positionnement
politique du MNS-2 qui semble disposer d'un meilleur potentiel de voix
au centre et au centre gauche qu'à droite. Selon certains analystes,
il ne serait pas étonnant que le Premier ministre, qui aurait plutôt
eu tendance à se situer à droite sur l'échiquier
politique, pourrait être amené, par pragmatisme, à
se repositionner politiquement.
(18)L'attitude positive
à l'égard du MNS-2 est passée de 40 % en mai-juin
2001 à 31 % en février 2003. Si des élections avaient
lieu (mars 2003), le MNS-2 ne recueillerait que 10 % des suffrages (11
% pour l'UFD et 22 % pour le Parti socialiste).
(19)Lors de son
discours (04-02) devant le MNS-2, le Premier ministre a indiqué
que le chômage avait baissé de 35.000 personnes et que la
criminalité avait reculé de 16 % en un an (mars 2001-mars
2002). En juin 2002, la ministre du Travail et des Affaires sociales a
souligné que le nombre de chômeurs bénéficiant
d'une aide sociale a doublé depuis 1999 et s'est chiffré,
en 2001, à environ 167.000 personnes (des Roms pour la plupart).
A noter également la mise en place d'une véritable politique
d'accompagnement social des plus démunis puisque les personnes
le désirant se verront proposer des emplois dans des secteurs d'utilité
publique. Les salaires et les cotisations sociales de ces personnes devant
être pris en charge par le budget de l'Etat.
(20)Siméon-II
a été reçu par le Président G. W. Bush en
avril. Au cours de cette visite, le Premier ministre a exposé le
plan bulgare en vue d'adhérer à l'OTAN qui prévoit
notamment la destruction de 352 chars, 7 navires militaires et la fermeture
de 122 unités militaires. Le 31 mai 2002, la Bulgarie a signé
avec les Etats-Unis un memorendum sur l'élimination de ses missiles
SS-23 dont le coût de destruction (5 millions de $) sera financé
par les Etats-Unis.
(21)Outre son entretien
avec le Président V. Poutine, Siméon-II a rencontré
A. Koudrine, le Vice-premier ministre, ministre des Finances et président
de la commission mixte Russo-Bulgare. Parmi divers accords, la Bulgarie
a enfin signé une annexe à l'accord de 1995 sur le règlement
des dettes réciproques. La Russie va donc rembourser à la
Bulgarie la somme de 88,5 millions de $ (dont 49,5 sous forme de combustible
nucléaire pour la centrale de Koslodouy). La Bulgarie s'est d'autre
part engagée à accélérer l'enregistrement
au nom de la Russie des biens immobiliers de l'ex-URSS en Bulgarie. Jusqu'à
ce jour, le refus bulgare de signer un tel accord avait bloqué
le remboursement de la dette russe à la Bulgarie. La presse
bulgare rapporte également les propos du ministre russe de l'énergie
nucléaire, A. Roumiantsev, selon lesquels la Russie participerait
à l'appel d'offre pour la construction de l'éventuelle future
centrale nucléaire de Béléné en Bulgarie.
(On peut souligner à ce sujet que, dans un discours devant le MNS-2,
Siméon-II a indiqué qu'il faisait du « dégel »
de la construction de cette centrale une priorité de son gouvernement).
En marge de sa visite politique, Siméon-II a également rencontré
le Patriarche Alexis II.
(22)Le Président
Poutine a effectué, quant à lui, une visite officielle en
Bulgarie en mars 2003 pour le 125e anniversaire de la libération
de la Bulgarie du « joug ottoman » par la Russie.
Il ne fait aucun doute que cette visite, hautement symbolique au plan
historique pour la Bulgarie, sera également l'occasion d'observer
la nature des relations que la Russie entend entretenir avec ce futur
membre de l'UE (début 2007, selon toute vraisemblance, si la Bulgarie
poursuit sa politique actuelle) malgré l'influence qu'elle souhaite
conserver dans ce pays stratégique des Balkans.
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