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Entretien avec G. Parvanov,
Président de la République de Bulgarie
Conduit par François Frison-Roche. (Printemps 2003.)
Suite de la présentation :
« La Bulgarie a besoin
d'un Président actif »
François Frison-Roche — Monsieur le Président,
en juin 2001, les Bulgares ont massivement voté aux élections
législatives(1) pour le mouvement
de leur ancien Tsar, Siméon de Saxe-Cobourg Gotha, qui est logiquement
devenu Premier ministre(2). En novembre
de la même année ils vous ont élu Président
de la République(3). Voyez-vous
une contradiction dans ce comportement de l'opinion publique et, dans
l'affirmative, comment l'expliquez-vous ?
Guéorgui Parvanov — La contradiction n'est qu'apparente.
Je pense que dans les deux cas, lors des deux élections, les Bulgares
n'ont ni voté pour l'histoire ni pour des idéologies mais
se sont prononcés en faveur du pragmatisme et pour une politique
réaliste, ce que nous proposions, Siméon de Saxe-Cobourg
Gotha au moment des législatives de juin 2001 et moi dans ma plate-forme
électorale en novembre de la même année.
F. F.-R. — Dans le cadre de votre mandat de 5 ans, quels
sont vos principaux objectifs ?
G. P. — Il est bien sûr trop tôt pour établir
un premier bilan. Dans une République parlementaire, les effets
des actions du président ne peuvent être évalués
directement dans un laps de temps aussi court. Notre vie politique est
cependant très dynamique et les quelques mois qui viennent de s'écouler
comptent évidemment. D'autant plus que l'année de mon entrée
en fonction se révèle comme une année décisive
pour notre pays.
Mes premières actions avaient pour objectifs d'affirmer la continuité
de notre politique étrangère.
Ma visite de travail à Bruxelles et à Strasbourg, mes nombreuses
rencontres avec les responsables de l'OTAN et de l'UE ont contribué
à réactiver la réalisation de ces priorités
politiques, et notamment l'adhésion à ces institutions.
En même temps, j'ai mis à profit toutes mes prérogatives
pour accélérer notre préparation à cette adhésion.
Je suis persuadé que nos difficultés sont d'ordre interne
et que nos efforts doivent être prioritairement concentrés
dans ce domaine.
En qualité de Chef des armées, j'accorde une attention particulière
à la réforme militaire. J'ai adressé un message au
Parlement pour lui demander d'accélérer la préparation
législative de cette adhésion. Je m'efforce, à travers
les réunions du Conseil consultatif de sécurité nationale,
de suivre systématiquement et d'encourager toutes les actions visant
notre intégration à l'UE et à l'OTAN.
Un autre aspect prioritaire de mon action est également l'affirmation
de l'autorité de l'institution présidentielle. Dès
mon entrée en fonction, je me suis attaché à confirmer
ma position de président « au-dessus des partis »,
de président de tous les Bulgares. Il est très important
pour moi de parvenir à renforcer le consensus sur les questions
essentielles concernant le développement du pays, d'éviter
les confrontations entre les diverses institutions et d'œuvrer pour
la stabilité du pays.
Il est bien sûr évident que chaque président bulgare
aspire, dans le cadre des prérogatives qui sont les siennes dans
la Constitution, à imprimer sa marque. J'estime que la Bulgarie
a besoin d'un président actif, qui apporte une contribution significative
à la réalisation des objectifs nationaux, c'est-à-dire
au bien-être et à la sécurité de ses citoyens,
à la consolidation de la démocratie. Cet objectif constitue
donc l'orientation principale de mon action.
F. F.-R. — Pour de nombreux observateurs, vous auriez
avec l'actuel Premier ministre une sorte de « contrat non écrit »
qui vous lierait l'un à l'autre de manière très étroite.
Tous les deux, à vos postes respectifs, à court et moyen
termes, vous avez une « obligation de résultat »
vis-à-vis de l'opinion publique : l'obligation de réussir
sur le plan économique et social et d'améliorer le niveau
de vie de vos concitoyens. Si vous ne réussissiez pas dans cette
mission, on pourrait imaginer les pires scénarios pour la Bulgarie
et vos forces politiques respectives ne sortiraient pas indemnes de telles
situations de crise. Que pensez-vous de cette analyse ?
G. P. — Il n'existe pas d'accord. Nous avons pris chacun
des engagements vis-à-vis des électeurs. Ces engagements
sont inscrits dans nos programmes électoraux, celui de mon parti
et celui du Mouvement national Siméon-II. Parallèlement
à la promotion de l'image de la Bulgarie à l'étranger
et à la croissance économique, l'amélioration du
niveau de vie de la population constitue bien sûr une mission prioritaire
pour tout homme d'Etat bulgare. Un échec dans ce domaine provoquerait
un vif mécontentement social. J'imagine mal cependant des dérives
extrémistes. Les Bulgares n'ont jamais aimé l'extrémisme
en politique. Je voudrais encore ajouter ceci : si nous subissons un échec
non seulement sur le plan social mais également sur le plan de
la politique étrangère, si nous étions rejetés
par l'UE, les extrémistes deviendraient peut-être plus bruyants
ce qui ne veut pas dire, par contre, qu'ils auraient beaucoup plus d'électeurs.
Ils ne disposeraient pas d'un appui social au point de devenir une menace
comme ce fut le cas dans d'autres pays.
F. F.-R. — Après 11 ans de confrontation politique
stérile, estimez-vous que les partis politiques bulgares ont une
maturité politique suffisante pour faire prévaloir désormais
l'intérêt général sur leurs intérêts
particuliers ?
G. P. — Je pense, en effet, que cette confrontation entre
les partis politiques est une des causes principales des échecs
qui ont jalonné notre transition vers la démocratie et qu'elle
leur a fait gaspiller beaucoup d'énergie qu'il eût été
préférable de consacrer à des tâches plus constructives.
Cette rivalité entre les deux principaux partis a pris parfois
des dimensions d'une telle ampleur qu'elle devenait néfaste pour
le pays et difficilement acceptable pour la majorité de ses citoyens.
C'est le cas notamment de la confrontation, excessivement longue dans
le temps, entre communistes et anticommunistes. Les résultats des
élections parlementaires de 2001, comme ceux des dernières
élections municipales partielles (4),
sont à cet égard très instructifs. Mes propres observations
me conduisent à constater que les partis sont en train de devenir
plus lucides et de se tourner progressivement vers les problèmes
réels du pays et de ses citoyens. Je crains cependant qu'ils ne
restent encore longtemps imprégnés de leurs approches négatives
et qu'il ne leur sera pas facile de retrouver leurs positions perdues.
Le grand problème est que de nombreux citoyens bulgares continuent
à se détourner de la vie politique et ne se laissent plus
mobiliser par des slogans idéologiques. Ils aspirent, en fait,
à la solution de leurs problèmes.
F. F.-R. — Monsieur le Président, en 1981, jeune
docteur en histoire, vous avez adhéré au parti communiste
et vous êtes devenu chercheur à l'institut d'histoire du
Parti. Quelques mois après la chute du mur de Berlin, en avril
1990, le parti communiste s'est transformé en parti socialiste.
Après le grave échec politique et économique du gouvernement
socialiste de Jan Videnov vous avez été élu, en 1996,
président du parti socialiste et vous l'avez réformé
de l'intérieur. Fin 2001, vous avez été son candidat
aux élections présidentielles et vous avez pris vos fonctions
en ce début d'année 2002(5).
Certains commentateurs ont estimé que vous étiez désormais
le symbole de la transformation et du rajeunissement du socialisme bulgare.
Existe-t-il un nouveau socialisme bulgare et en quoi diffère-t-il
de l'ancien ?
G. P. — Le point commun entre toutes les dates de cette
chronologie précise réside peut-être dans mon aspiration,
aujourd'hui comme avant 1989, à défendre la vérité.
Plus concrètement, aujourd'hui nous avons un parti socialiste qui
a subi des changements radicaux et dont le programme fut élaboré
dans l'esprit de la social-démocratie européenne. Notre
politique est fondée sur le principe du consensus national. La
direction du PS regroupe de très jeunes gens dont certains sont
encore plus jeunes que moi !
Comme je viens de vous le dire, nous avons opéré un changement
radical et ce changement a été bien perçu par nos
partenaires des partis socialistes européens et de l'International
socialiste.
Pour ne pas qu'on me reproche de ne parler que de la gauche, je voudrais
souligner également que je constate des changements radicaux dans
l'espace de la droite. Au début de la transition, beaucoup de partis
dans cet espace prétendaient être les successeurs directs
des partis qui existaient il y a 40 ou 50 ans. Actuellement, la droite
est, elle aussi, en cours de modernisation. Je crois qu'aujourd'hui nous
commençons à avoir en Bulgarie des partis qui ont vraiment
un aspect plus européen.
F. F.-R. — En tant qu'historien, mais également
en tant qu'homme politique, quels jugements portez-vous sur l'action passée
du Parti communiste bulgare ?
G. P. — Dans l'histoire du parti communiste bulgare il y
a eu de nombreuses erreurs et des crimes sur le plan politique mais il
y a eu également des éléments, assez nombreux, qui
sont positifs : la politique sociale et la participation de ce parti à
la lutte anti-fasciste aux coté des forces démocratiques,
par exemple. Mais je pense qu'il faut laisser l'histoire aux historiens
et que les hommes politiques doivent moins regarder dans le rétroviseur.
F. F.-R. — En tant qu'héritier direct, estimez-vous
souhaitable, utile et nécessaire que le parti socialiste bulgare
adresse des excuses au peuple bulgare pour les exactions commises par
le parti communiste ?
G. P. — Lorsque le parti a changé de nom, il a hérité
de tous les éléments positifs et négatifs, de tout
l'actif et le passif du parti communiste. Le parti a formulé une
évaluation de son action passée, très nette. Il a
assumé sa responsabilité, sa culpabilité. C'était
au début, au tout début de la transition. Moi, personnellement,
a plusieurs reprises, j'ai abordé ce problème mais je considère
que le passé de ce parti ne joue pas un rôle, ne joue plus
un rôle auprès de l'électorat bulgare. Ce qui s'est
passé lors des dernières élections en témoigne.
Les électeurs s'intéressent plus à ce qu'on leur
propose dans le présent et l'avenir qu'au passé.
F. F.-R. — Au cours de la campagne électorale
présidentielle de l'automne 2001, vous avez insisté sur
le fait que vous seriez un « président social ».
Que voulez-vous dire par cette formule ?
G. P. — La Bulgarie s'est engagée de manière
irréversible vers l'économie de marché mais le coût
social en a été très élevé. Toutes
ces épreuves, la pauvreté, le chômage et le manque
de perspective, affectent de larges couches de la population, voire des
générations entières. De plus, les années
à venir seront difficiles.
Aucun homme politique sérieux ne peut ignorer cette réalité
d'autant plus que les questions sociales constituent un aspect essentiel
de la stabilité politique d'un pays. Elles sont également
du ressort du respect des droits de l'Homme. L'érosion de la cohésion
sociale au sein de la société est un facteur d'accumulation
de risques potentiels qui affaiblit la sécurité nationale
dont le président est le garant. L'exclusion d'une grande partie
de la population de services sociaux essentiels les prive de droits garantis
par la Constitution. Cela concerne donc directement la mission du Président
de la République. De ce point de vue, cela me conduit à
être un « président social ».
Tout cela signifie qu'en tant que chef de l'Etat, élu au suffrage
universel direct, je m'efforce de mobiliser tous les facteurs sociaux
afin de trouver une solution aux difficultés de tous les Bulgares.
L'objectif de toute politique, qui se veut responsable, est de créer
les conditions nécessaires à l'accroissement du bien-être
de la nation tout en garantissant l'irréversibilité des
réformes à un coût social supportable. La dignité
d'un homme d'Etat est de plus en plus évaluée, dans la situation
actuelle, en fonction de sa sensibilité à l'égard
des problèmes sociaux. Pour moi, c'est une part essentielle de
la modernisation de la Bulgarie et de l'application du modèle européen
de son développement.
Dans le cadre de mes prérogatives constitutionnelles je veux affirmer
mes positions sur les questions sociales et je vais essayer d'imposer
ce thème dans le calendrier politique. J'utiliserai et je continuerai
à utiliser mon droit de veto quand on ira à l'encontre des
droits sociaux de manière évidente. Je me réserve
le droit de prendre des initiatives plus concrètes qui pourraient
contribuer à la solution de ces problèmes sociaux récurrents,
comme le soutien aux régions les plus pauvres et le soutien aux
groupes sociaux les plus touchés.
Bien évidemment, il ne s'agit pas là de quelque bataille
d'arrière garde pour n'assurer que des minima sociaux. En fin de
compte, les problèmes sociaux ne pourront être résolus
qu'avec une croissance économique durable. Mais cette croissance
dépend dans une large mesure de l'engagement de la population,
de sa formation, de son état de santé. Elle sera fonction
inverse de l'exclusion sociale.
F. F.-R. — Depuis votre élection, vous vous êtes
déjà heurté à l'action économique du
gouvernement. Je pense, par exemple, au veto que vous avez opposé,
en avril 2002, à la loi sur les privatisations des entreprises
d'état(6). Certains commentateurs
bulgares ont estimé que vos reproches étaient plus de nature
politique qu'économique et juridique.
Votre veto, qui a gêné le gouvernement au plan budgétaire,
était-il un signal à votre électorat ? Au-delà,
avez-vous voulu signifier également au Fonds monétaire international
que ses demandes de libéralisation rapide de l'économie
bulgare n'obtenait pas un consensus général en Bulgarie
?
G. P. — Le FMI n'avait pas d'exigences liées à
l'aspect de la loi que je contestais. En ce qui concerne l'appréciation
sur la nature de ce veto, tout est politique ! Il s'agit ici d'une politique
économique et sociale. Je ne peux pas accepter que les ouvriers,
les travailleurs dans une entreprise, ne puissent pas participer à
ces privatisations et acquérir une part minimum du fruit de leur
travail. Il existe différents types de privatisation. La privatisation
par le marché n'est qu'une possibilité parmi d'autres. Dans
ce type de privatisation, on a d'ailleurs pu constater certaines infractions
et il y en a même eu d'assez graves. Cela ne signifie pas que nous
sommes opposés à la vente de ces entreprises. Je suis pour
une privatisation accélérée mais je considère
qu'une part doit pouvoir revenir aux travailleurs.
F. F.-R. — Le 29 avril 2002 vous avez signé le
décret de promulgation de la loi votée par la majorité
parlementaire qui met un terme à l'action de la « commission
sur les dossiers »(7). Comme
le Premier ministre, vous estimez que la page de la collaboration de certains
bulgares avec les « services » doit être définitivement
tournée ?
G. P. — Il s'agit de la loi sur les « informations
classifiées » qui fait partie des exigences à remplir
pour notre adhésion à l'OTAN. Seule une petite partie de
cette loi est consacrée aux « dossiers ». J'ai toujours
été du côté de la vérité et j'ai
toujours insisté pour que la société connaisse la
vérité sur la police politique et sur les collaborateurs
de la police politique mais je considère, par contre, le démantèlement
des services de sécurité dans leur globalité comme
une erreur. Il est normal que chaque pays ait ses services de sécurité
et la Bulgarie ne fait pas exception. Pour moi l'erreur c'est l'amalgame
que l'on fait entre les collaborateurs de ces différents services.
S'il y avait les « mouchards » de la police politique, il
y avait également les personnes qui travaillaient dans les autres
services et qui servaient leur patrie. J'estime donc que cette page doit
être tournée.
Je voudrais encore ajouter que les gens, aujourd'hui, se préoccupent
beaucoup plus des noms de ceux qui ont pillé le pays pendant les
10 ou 12 dernières années, - les noms, par exemple, de ces
« millionnaires à crédit »(8)
comme on les appelle -, plutôt que de fouiller dans le passé.
F. F.-R. — Certains ministres socialistes(9)
participent, à titre individuel il est vrai, au gouvernement de
Siméon de Saxe-Cobourg. Dans quelle mesure cela signifie t-il que
le parti socialiste soutient la politique de l'actuel gouvernement ?
G. P. — Il serait inopportun de ma part d'émettre
des appréciations sur la politique des différents partis
politiques. Votre question devrait être adressée à
M. Sergueï Stanichev, président du Parti socialiste. Je voudrais
cependant faire remarquer que, dans ces années de transition complexe
et sans précédent, nous assistons à l'émergence
de configurations et de phénomènes inhabituels et inattendus,
dont la Bulgarie est un exemple en aucun cas unique. Vous trouverez une
réponse concrète à votre question dans les comptes-rendus
des discussions et des décisions du congrès du Parti socialiste.
F. F.-R. — Comment appréciez-vous la participation
du Mouvement pour les Droits et les Libertés (10)
à l'actuelle gestion gouvernementale ?
G. P. — Je considère que la participation, depuis
1989, du Mouvement pour les droits et les libertés dans la vie
politique bulgare est un fait incontestablement positif. J'apprécie
de la même manière son actuelle participation au gouvernement
du pays. D'une part, elle constitue l'une des preuves du bon fonctionnement
du modèle bulgare qui permet à toutes les catégories
sociales de participer à la gouvernance du pays. Sur le fond de
tout ce qui vient de se passer dans notre région, il m'est impossible
de ne pas souligner le rôle stabilisateur de ce modèle. D'autre
part, le Mouvement pour les droits et les libertés a démontré
qu'il a acquis une expérience suffisante et un potentiel humain
qui le rendent apte à la participation au sein des instances dirigeantes
du pays.
F. F.-R. — Abordons, monsieur le Président de
la République, quelques questions de politique étrangère.
Quel rôle souhaitez-vous pouvoir jouer dans ce domaine au cours
de votre
mandat ? En d'autres termes, estimeriez-vous légitime et efficace
de vous démarquer, éventuellement publiquement, de la position
de l'actuel gouvernement ?
G. P. — Mon rôle est défini par la Constitution.
Je souhaite remplir ce rôle-là, ni plus, ni moins. J'espère
que l'époque où il existait, d'un côté, la
politique étrangère du gouvernement et, de l'autre, celle
du Président est révolue. Pour moi, une telle divergence
est inacceptable. Je tiens à la continuité de la politique
étrangère et si nous avons certaines divergences avec le
gouvernement il s'agit de détails et ceux-ci peuvent être
résolus par les réunions de travail que nous tenons régulièrement
avec le Premier ministre.
F. F.-R. — Estimez-vous que la Bulgarie est économiquement
et socialement prête pour adhérer à l'Union européenne
?
G. P. — Je suis réaliste et j'apprécie à
sa juste valeur le degré auquel se situe notre pays sur l'échelle
du temps et sur l'échelle des indices objectifs requis pour son
adhésion à la Communauté européenne. C'est
d'ailleurs dans la perspective de l'intégration de la Bulgarie
à l'Europe que certains secteurs économiques font actuellement
l'objet de réformes très impopulaires et lourdes de conséquences
pour la population. C'est le cas notamment des transports, du système
fiscal, de la politique sociale. Nous sommes reconnaissants à l'Union
européenne du soutien qu'elle nous accorde sur cette voie difficile.
Je voudrais en même temps souligner que, pour des raisons indépendantes
de notre volonté, la Bulgarie a dû subir, pendant longtemps,
les effets négatifs de divers facteurs, défavorables à
sa préparation à l'adhésion. Pour cette raison, j'ai
appelé nos partenaires ainsi que l'OTAN à adopter une approche
politique plus large à l'égard de la Bulgarie en prenant
en compte sa contribution à la maîtrise des conflits et à
la stabilisation de la région, à la lutte contre le terrorisme,
ainsi que les pertes qu'elle a dû subir en accomplissant ses obligations
de membre de la communauté internationale. Je voudrais aussi évoquer
ici le bon fonctionnement du modèle bulgare d'intégration
ethnique et les succès que notre pays a réalisés
dans le domaine de la démocratisation de la société
et de l'économie.
Au sommet de Laeken, l'Union Européenne a envoyé des signaux
politiques très clairs sur ses intentions d'accorder un soutien
particulier à la Bulgarie. Ce soutien ne pourra être efficace
que s'il est accompagné d'une nouvelle « feuille de
route », définissant précisément les contours
de « l'horizon visible » de notre adhésion : les délais
de clôture de certaines « chapitres » des négociations
concernant notre adhésion à l'UE, par exemple.
De plus, les pays candidats à l'Union européenne qui ne
réussiraient pas à mettre à profit le "principe
de rattrapage" devraient, dans ce cas, bénéficier d'une
aide structurelle et d'une assistance financière afin d'éviter
qu'ils soient trop devancés par les pays nouvellement admis comme
membres de l'UE.
F. F.-R. — La Bulgarie a accueilli le Pape Jean-Paul
II. Quel bilan tirez-vous de cette visite ?
G. P. — Cette visite fut une visite historique. Non seulement
parce que sa Sainteté le Pape Jean-Paul II est venu pour la première
fois en Bulgarie mais également parce que sa visite a donné
un signe très explicite de rapprochement entre l'Ouest et l'Est
et entre les Eglises Catholique et Orthodoxe. Pour la Bulgarie, cette
visite était d'une importance fondamentale parce que, lors de notre
entretien en tête à tête, il m'a dit qu'il n'avait
jamais cru à « la filière bulgare » (11).
Il a toujours estimé que cette « filière bulgare »
était une machination. Cette déclaration supprime la tache
qui salissait le nom de la Bulgarie depuis 20 ans. Je pense également
que cette visite du Pape a donné une impulsion nouvelle au remonter
de la Bulgarie en Europe.
F. F.-R. — Selon vous, quel rôle la Bulgarie doit-elle
jouer dans les Balkans ?
G. P. — Il me semble que la Bulgarie « joue »
déjà bien son rôle dans les Balkans. Elle y est devenue
un facteur de stabilisation, malgré la tension qui y est toujours
présente et l'imprévisibilité des événements.
La Bulgarie tente de générer une stabilité régionale
et d'intensifier les efforts communs d'un essor économique et social
en Europe du Sud-Est, dans la lutte contre le terrorisme et contre les
nouveaux défis.
Bien évidemment, il existe encore des possibilités et un
potentiel non explorés, qui pourraient accroître le rôle
du pays dans la région. De ce point de vue, le développement
des infrastructures régionales est une des orientations significatives
à suivre. La Bulgarie doit également se montrer plus conséquente
et plus active dans la réalisation des projets déjà
existants.
Je suis persuadé qu'après l'adhésion du pays à
l'OTAN et à l'UE, la Bulgarie sera en mesure de prendre plus de
responsabilités et de jouer un rôle plus actif dans le processus
de stabilisation et de coopération entre les pays de cette Europe
du Sud-Est.
F. F.-R. — Les accords d'Ohrid du 13 août 2001
sont-ils de nature à établir une paix durable en Macédoine
?
G. P. — L'année 2001 fut très difficile pour
la Macédoine. Le chemin parcouru par toutes les communautés
ethniques de ce pays pour parvenir à ces accords était semé
d'embûches. Je voudrais particulièrement souligner le rôle
décisif qu'ont joué les institutions européennes
et euro-atlantiques dans la recherche d'un compromis et d'une solution
aux problèmes.
Aujourd'hui, ces accords sont un fait. L'adoption et la mise en application
de mesures d'accompagnement sont aussi un fait. Je suis convaincu qu'ils
constituent une bonne base pour trouver une issue aux problèmes
ethniques dans un esprit de tolérance et de compréhension
réciproques. C'est maintenant aux institutions et aux forces politiques
macédoniennes de se prononcer. C'est d'eux que dépend désormais
la pérennité des accords. Je ne doute pas de la volonté
et de la sagesse politique du président Traïkovski, qui en
est devenu le garant.
F. F.-R. — Selon vous, quelle devrait être l'orientation
des relations entre la Macédoine et la Bulgarie au cours des prochaines
années ?
G. P. — Je soulignerai d'abord le fait que la Bulgarie fut
le premier Etat à reconnaître la souveraineté de la
République de Macédoine le 15 janvier 1992 (12).
Bien avant ses autres partenaires régionaux ou les diverses institutions
européennes. Depuis 10 ans, nous menons une politique de soutien
à l'affirmation de sa souveraineté, de son Etat, de son
intégrité territoriale et de son intégration au sein
des organisations internationales. Il ne s'agit pas là d'une politique
conjoncturelle, mais d'une politique qui correspond aux intérêts
nationaux de la Bulgarie et à l'intérêt commun de
sauvegarder la paix et la sécurité en Europe du Sud-Est.
La stabilité de la région dépend de la stabilité
de chacun des Etats.
Je voudrais encore ajouter que nos relations doivent être plus pragmatiques.
Nos relations politiques sont excellentes, la volonté politique
d'intensifier les contacts entre les deux pays est réelle de part
et d'autre, mais ces liens doivent être renforcés dans le
domaine économique et commercial, et bien évidemment dans
celui des infrastructures. C'est une vision d'ensemble et je suis persuadé
que, dans un avenir très proche, nous commencerons à en
« récolter les premiers fruits ».
F. F.-R. — Quelle devrait être, selon vous, la
nature des relations entre la Bulgarie et la Russie au cours des prochaines
années ?
G. P. — Dans l'histoire bulgare contemporaine, les relations
bulgaro-russes ont traversé plusieurs étapes. A certains
moments, elles ont même été gelées. Certains
dirigeants politiques bulgares considéraient d'ailleurs la dégradation
des relations avec Moscou comme une sorte de « laisser passer »
pour l'adhésion à l'UE et à l'OTAN. Les rapports
qu'entretiennent certains membres des pays démocratiques avec la
Fédération de Russie démontrent cependant le contraire.
Prenons, par exemple, le dialogue actif qui lie la France, l'Allemagne
ou la Pologne à la Russie. Il ne fait que confirmer l'idée
que la sécurité dans l'espace européen est impensable
sans une Russie démocratique, stable et active.
La voie vers l'adhésion à l'OTAN sur laquelle la Bulgarie
s'est engagée, ne doit en aucun cas être envisagée
comme étant en contradiction avec notre volonté de développer
des relations normales, réciproquement bénéfiques,
avec Moscou. Je pense qu'actuellement il existe, à ce sujet, une
approche commune à toute l'élite politique bulgare. L'heure
est venue aujourd'hui de mettre fin aux vacillements des relations bulgaro-russes.
Elles doivent trouver un point d'équilibre et s'appuyer sur des
bases réalistes et pragmatiques. Je ne pense pas que la Bulgarie
doive chercher à mettre l'accent sur les différences qui
séparent les deux pays. Bien au contraire, nous devons trouver
des solutions rapides et réciproquement avantageuses aux problèmes
existants.
F. F.-R. — Qu'attendez-vous d'un pays comme la France
?
G. P. — La France est un grand pays. Ce ne sont pas là
de simples propos de courtoisie. Aucun pays dans le monde ne peut ignorer
Paris dans la planification de sa politique étrangère. Aucun
homme politique sérieux ne peut nier l'influence politique de la
France, ni sa contribution culturelle et intellectuelle à l'évolution
de la civilisation européenne, ni d'ailleurs son engagement dans
ce que certains appellent « la maison européenne commune
». La France est de plus un exemple d'attachement aux valeurs de
la liberté et de la démocratie.
Je reviens à votre question. La France, au même titre que
l'Allemagne, doit continuer à être le « moteur »
de l'Union européenne, le moteur de l'unification. C'est un fait
d'une très grande importance surtout à la lumière
des résultats des élections présidentielles qui se
sont déroulées chez vous. C'est la première chose
que la Bulgarie attend de la France.
En deuxième lieu, notre pays espère un soutien très
ferme de la part de Paris dans la réalisation de ses objectifs
stratégiques, et notamment de son adhésion à l'OTAN
et à l'UE.
En troisième lieu, je soulignerai la nécessité de
relations bilatérales plus actives. Il n'existe pas de différends
dans le domaine du dialogue politique entre nos deux pays. Je pense que
dans le domaine de la coopération économique et commerciale,
dans celui des investissements également, notre potentiel est très
important, surtout en ce qui concerne la France.
En dernier lieu, nous devons œuvrer pour supprimer tous les obstacles
à notre dialogue dans le domaine de la culture, de l'art, des sciences
et de l'éducation. Je reste convaincu que notre culture, qui a
une histoire millénaire, n'est pas sans intérêt pour
les Français. La Bulgarie est également membre de la Francophonie
et continuera à participer activement à ses
activités (13). J'ai confié
à l'ancien Président Jelev, la mission de me représenter
au sommet de la francophonie. Nous avons sur ce sujet une vision commune.
F. F.-R. — Monsieur le Président, je souhaiterais
également vous poser quelques questions sur la politique bulgare
de défense et de sécurité. Au cours de la guerre
en ex-Yougoslavie et des bombardements de l'OTAN en Serbie et au Kosovo,
l'opinion publique bulgare était relativement hostile à
l'OTAN. A l'époque, le parti socialiste bulgare, dont vous étiez
le président, s'est opposé au Parlement aux accords de la
Bulgarie et de l'OTAN. Aujourd'hui, l'opinion publique semble soutenir,
dans sa majorité, le processus d'adhésion (14).
Comment expliquez-vous ce revirement ?
G. P. — Nous sommes voisins des Serbes et il est tout à
fait naturel d'éprouver à leur égard des sentiments
de sympathie. Je suis persuadé qu'au début de ce nouveau
siècle, la guerre ne peut plus être considérée
comme un moyen de résoudre les différends. D'ailleurs, le
sort de Milocevic a démontré que les moyens pacifiques avaient
été les plus efficaces pour le combattre.
D'autre part, le parti socialiste bulgare est tout à fait cohérent
dans sa position vis-à-vis de l'OTAN. Nous avons soutenu toutes
les décisions du Parlement dans ce domaine et nous avons prouvé
avec toutes nos actions que nous sommes pour l'adhésion de la Bulgarie
à l'OTAN. Nous avons soutenu également les actions du gouvernement
de l'époque, l'envoi de détachements bulgares au Kosovo,
la participation aux missions de la KFOR, de la SFOR ou l'envoi de troupes
bulgares en Afghanistan. Nous avons donc adopté une position tout
à fait raisonnable dans ce contexte. Si vous souhaitez obtenir
plus d'informations à ce sujet, vous pouvez vous adresser à
la direction du parti socialiste bulgare. Pour ma part, je préfère
répondre aux questions d'intérêt national.
Je voudrais également rappeler que l'Union des forces démocratiques
réclamait, en 1990, la dissolution simultanée du pacte de
Varsovie et de l'OTAN. Vous voyez, une position peut toujours évoluer
dans le temps.
F. F.-R. — En matière de sécurité
extérieure vous avez, avant de devenir Président de la République,
converti le Parti socialiste bulgare à la poursuite de la politique
d'adhésion de la Bulgarie à l'OTAN. Or, au cours de la campagne
électorale, votre Vice-président, qui est un ancien général
de l'armée, a exprimé des positions beaucoup plus en retrait.
Avez-vous des divergences de vue avec lui sur ce sujet ?
G. P. — Nous n'avons eu aucune divergence entre nous, ni
pendant la campagne présidentielle, ni actuellement. Au cours de
la campagne électorale, le général Marin (15)
a toujours soutenu les positions que j'exprimais. Nous avons une position
commune et nous sommes tous les deux pour une adhésion accélérée
de la Bulgarie à l'OTAN.
F. F.-R. — Ne craignez-vous pas que cette adhésion
à l'Otan brise définitivement les liens privilégiés
que la Bulgarie a pu entretenir avec la Russie ?
G. P. — Notre adhésion à l'OTAN ne doit pas
être présentée comme une alternative à nos
bonnes relations avec la Russie. Un nouvel accord a été
signé à Rome entre l'OTAN et la Russie, c'est encore une
preuve que l'Alliance Atlantique souhaite établir des rapports
de coopération actives avec ce grand pays. Je suis même convaincu
que nos liens traditionnels avec la Fédération de Russie
ne pourront qu'être un « plus » pour une Bulgarie
membre de l'OTAN. Ce sera une sorte d'apport spécifique, national,
à la politique de l'Alliance à l'égard de Moscou.
F. F.-R. — Selon vous, quels sont les principaux avantages
et les principaux inconvénients que la Bulgarie peut retirer de
son adhésion à l'OTAN ?
G. P. — Les avantages sont nombreux mais je n'en évoquerai
que les principaux : la Bulgarie sortira enfin de la « zone grise
» de la sécurité européenne, de cet état
de « flou stratégique » qui est le sien actuellement.
Elle obtiendra des garanties extérieures, juridiquement définies,
pour sa sécurité. Elle fera partie, de manière irréversible,
de la zone où agissent les valeurs et les principes universels
de la liberté et de la démocratie.
Elle sera un partenaire de plein droit lors de la prise de décisions
concernant la sécurité dans la zone euro-atlantique. Elle
aura également la possibilité de poser, suffisamment tôt,
les problèmes de sécurité extérieure, d'influencer
la prise de décision au sein de l'OTAN, et particulièrement
quand ces dernières concernent la stabilité de l'Europe
du sud-est. Il est aussi très important pour nous de pouvoir participer
aux échanges d'informations et de coordonner nos positions avec
celles des autres partenaires de l'Alliance en matière de questions
internationales d'actualité.
L'adhésion à l'OTAN aura aussi des effets économiques
pour notre pays. La politique bulgare gagnera en visibilité auprès
des acteurs économiques internationaux et, de ce fait, la Bulgarie
sera plus attractive pour les capitaux étrangers.
Du point de vue militaire, j'espère que l'Armée bulgare
se rapprochera des standards occidentaux ce qui ne fera qu'accroître
sa puissance et qu'accélérer sa modernisation technologique.
Autrement dit, nos forces armées seront à même de
réagir de manière plus adéquate aux défis
de notre siècle, et de défendre avec plus d'efficacité
notre sécurité.
Il est encore trop tôt pour envisager d'éventuelles conséquences
négatives de cette adhésion. Je voudrais me réserver
le droit de répondre à cette question quelques années
après l'intégration de la Bulgarie au sein de l'OTAN. A
l'heure actuelle, je ne peux qu'exprimer ma certitude que les conséquences
négatives n'apparaîtront que si l'on défend de manière
incompétente les intérêts de notre pays au sein de
l'Alliance ou lors d'une utilisation inappropriée des mécanismes
de prise de décisions.
François Frison Roche
(1)Aux élections
législatives (qui se déroulent au scrutin proportionnel)
de juin 2001, le MNS-2 a recueilli 42,73 % des suffrages (1.951.859 voix)
et 120 sièges, les FDU : 18,17 % des suffrages (783.107 voix) et
51 sièges, le PSB : 17,14 % des suffrages (783.107 voix) et 48
sièges et le MDL : 7,45 % des suffrages (340.510 voix) et 21 sièges.
La participation s'est élevé à 67,03 %.
(2)La procédure
d'élection du Premier ministre est la suivante : lorsque le Parlement
s'est constitué après les nouvelles élections, le
Président de la République consulte les groupes parlementaires
et « charge le candidat aux fonctions de Premier ministre,
désigné par le groupe parlementaire le plus nombreux, de
former le gouvernement » (art. 99-1 de la Constitution).
(3) Comme en France,
le Président de la République bulgare est élu au
suffrage universel direct à deux tours. Le Président G.
Parvanov a été élu au second tour du scrutin avec
54,13 % des suffrages exprimés (2.043.443 voix) (36,39% et 1.032.665
voix au 1er tour) contre 45,87 % (1.731.676 voix) à son adversaire
P. Stoyanov. La participation fut de 41,76 % au 1er tour et de 55,09 %
au second tour
(4) Plusieurs élections
municipales partielles, ayant valeur de test, ont eu lieu en Bulgarie
au printemps 2002. Dans 2 grandes villes (Roussé et Blagoevgrad),
par exemple, des candidats « indépendants »
ont battu les candidats soutenus par les partis officiels. D'autre part,
l'abstention a atteint des records puisque le taux de participation fut
à peine de 26 % ce qui constitue, selon la presse, un sérieux
avertissement pour les partis politiques avant les élections locales
de 2003. Le PSB, qui a perdu ces deux villes importantes, n'a pu que constater
que la dynamique créée à son profit lors de l'élection
présidentielle était très vite retombée.
(5)La Constitution
impose que les élections présidentielles aient lieu « au
plus tôt 3 mois et au plus tard 2 mois avant l'expiration du mandat
du président en exercice » (art. 93-5). Cette disposition
explique que le président, élu le 18 novembre 2001, n'ait
pris ses fonctions que le 19 janvier 2002.
(6)Le Président
a opposé son veto, par exemple, à la loi de privatisation
des « entreprises d'état » car certains articles
priveraient les ouvriers et les employés des entreprises privatisables
de la possibilité d'acquérir des actions de ces dernières.
A la majorité absolue (art. 101-2 de la Constitution), l'Assemblée
a repoussé le veto présidentiel et adopté définitivement
la loi de privatisation. En l'espace de quelques mois, le nouveau Président
à déjà utilisé son droit de veto à
trois reprises.
(7) Dès la
chute du système communiste, la « gestion politique »
de la collaboration de certains responsables bulgares avec l'ancien régime,
et notamment les services de répression policière, a été
au centre de très nombreuses polémiques et de très
nombreux scandales. Depuis une dizaine d'années, tous les gouvernements
ont utilisé cette arme avec plus ou moins d'efficacité politique
soit pour détourner l'opinion publique de problèmes plus
graves soit pour alimenter une confrontation nécessaire au maintien
du partage bipolaire de la vie politique. Le précédent gouvernement
d'orientation libérale d'I. Kostov avait mis en place une « commission
sur les dossiers », chargée notamment d'établir
la liste des personnes compromises avec les divers « services ».
Cette commission était sur le point de rendre ses conclusions.
(8) De nombreuses
banques « privées » ont été
créées dès le début de la transition sans
que le pouvoir politique (qu'il soit de gauche ou de droite) essaye de
les encadrer par une législation adéquate. Leurs objectifs
n'étaient manifestement pas de faire fructifier les économies
des épargnants ou de faciliter le développement de l'économie
bulgare mais plutôt de procéder à des spéculations
diverses et de « blanchir » de l'argent douteux.
Par des procédures opaques, ces « banquiers »
ont, par exemple, accordé sans aucune garantie des prêts
considérables à des personnes qui sont ainsi devenues des
« millionnaires à crédit ». Ceux-ci ont souvent
disparu à l'étranger dès que le système bancaire
a commencé à faire faillite lors de la grave crise financière
de 1996 dont le gouvernement socialiste de J. Videnov fut responsable.
Si le système bancaire est désormais assaini, les coupables
de ces détournements de fonds considérables (et de la ruine
des épargnants) n'ont jamais été arrêtés
ou jugés, non seulement à cause de connivences politiques
aussi diverses que variées mais également à cause
de l'inefficacité globale du système judiciaire bulgare.
(9)Deux ministres
socialistes participent, à titre personnel, au gouvernement de
Siméon-II. L'un est Vice-premier ministre, ministre du Développement
régional et des Travaux publics ; l'autre est ministre de l'Administration
publique. Cette participation a, bien évidemment, soulevé
de très vives critiques au sein du PSB.
(10)Le MDL est le
parti politique qui représente principalement les minorités
d'origine turque et musulmane de Bulgarie. Il est présent sur la
scène politique depuis les premières élections pluralistes
de 1990. Au second tour des élections présidentielles, il
a soutenu la candidature du Président Parvanov.
(11)Après
la tentative d'assassinat du Pape Jean-Paul II, la police italienne arrêta
deux Bulgares soupçonnés d'être les commanditaires
directs du crime, la « filière bulgare »
était née. Dans son ouvrage (Bulgarie terre d'Europe.
La politique de la Bulgarie post-communiste, (préface A. Lamassoure),
éditions Frison-Roche, 1998, 216p), l'ancien Président J.
Jelev (1992-96) évoque l'entretien qu'il eut avec le Pape lors
d'une visite officielle au Vatican en décembre 1995. Mentionnant
ces événements, le Pape lui dit : « s'il s'agit
de la participation bulgare, elle doit être rejetée ».
A l'époque, la presse bulgare avait largement commenté cette
phrase qui disculpait la Bulgarie mais l'événement ne dépassa
pas les frontières du Pays. Aujourd'hui, la véritable nouveauté
réside dans le fait que cette information a été reprise
par les médias internationaux.
(12 ) Toujours dans
son livre l'ancien Président de la République bulgare, J.
Jelev, a fait le récit de la reconnaissance mouvementée
de la Macédoine. Les lecteurs intéressés peuvent
s'y reporter pour avoir le point de vue des autorités bulgares.
(détails >>)
(13) La Bulgarie
a adhéré au Mouvement des pays francophones lors du sommet
de l'Île Maurice le 18 novembre 1993.
(14)Selon un sondage
Gallup (fin 2002), 54 % des Bulgares sont favorables à l'adhésion
à l'OTAN contre 17 %. 29 % indiquent qu'il faudrait poser des conditions
à l'adhésion.
(15) Le général
Angel Marin (62 ans) a été choisi comme Vice-président
par le Président Parvanov et élu avec lui le 18 novembre
2001. Diplômé de l'école d'artillerie de Choumen (1965)
puis de l'Académie militaire de Saint-Petersbourg (1978), il fut
promu général (1991) et commanda les unités de missiles
des forces terrestres de l'armée bulgare (1990-98). Il fut
démis de ses fonctions par le précédent Président
de la République, sur proposition du gouvernement de I. Kostov,
pour avoir critiqué la façon dont la réforme des
armées était conduite .
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