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« Bulgarie. Un choix identitaire et stratégique »
Son Excellence, Monsieur l'Ambassadeur de Bulgarie en France présente
la Bulgarie
Plus d'un millénaire après avoir reçu son baptême,
c'est avec une fierté méritoire que la Bulgarie s'identifie
à l'oeuvre évangélisatrice des saints Cyril et Méthode,
créateurs de l'alphabet slave qui assura dès le IXe siècle
l'accès des peuples de l'Est aux Saintes Écritures –
une vraie réunification spirituelle du Vieux Continent qui a valu
aux deux apôtres, onze siècles plus tard, d'être proclamés
«coprotecteurs de l'Europe» par Jean-Paul II. Européens
par vocation culturelle et historique, les Bulgares sont aujourd'hui au
seuil de l'Union européenne, et il nous semble d'une logique prédestinée
qu'ils soient la première nation à écriture cyrillique
à y adhérer en 2007. Comme la plupart des peuples anciens
établis aux confins de l'Europe, ils ont joué leur destin
à chaque tournant de l'Histoire (et cela durant 1 300 ans) en réaffirmant
une identité forte, enracinée dans le passé de leurs
empires et nourrie par le souvenir d'un rayonnement culturel au-delà
des frontières de la Moesie, de la Thrace et de la Macédoine.
Les temples thraces et les manuscrits des anciens monastères orthodoxes
témoignent aujourd'hui d'un message culturel par lequel ce pays,
qui est à la fois la patrie d'Orphée et le berceau de la civilisation
slave, voudrait enrichir la palette spirituelle européenne.
Capable d'un vrai recul face à son histoire, la Bulgarie a réglé
ses comptes avec son passé - celui d'une très douloureuse
occupation ottomane, mais aussi celui, plus récent, d'une administration
prosoviétique. Après une série de mauvais choix à
la veille des guerres mondiales, les rêves nationaux brisés
ont apporté aux Bulgares une sagesse et un scepticisme à
l'épreuve des tentations du nationalisme militant auxquelles d'autres
ont cédé dans les Balkans. Nation relativement homogène
sur le plan ethnique, la Bulgarie a protégé sa communauté
juive pendant l'Holocauste et, au lendemain de la chute du régime
communiste, a su intégrer dans son système politique ses
10% de musulmans. Son modèle de tolérance ethnique largement
recommandé lui a valu d'être perçue comme une «île
de stabilité» dans une région réputée
potentiellement trouble.
Dotée d'un système démocratique fiable, Sofia a
joué un rôle clé dans la gestion de la crise en ex-Yougoslavie
et continue à favoriser une approche multilatérale des dossiers
internationaux. Membre de l'Otan, elle assume aujourd'hui ses responsabilités
par rapport à la communauté internationale, y compris par
la présence de ses contingents en Irak, mais aussi en Afghanistan,
au Kosovo et en Bosnie. L'intégration dans l'Union est très
largement plébiscitée par la société bulgare
et s'accompagne de la vision d'une identité européenne forte
qui respecte les sensibilités nationales et se donne les moyens
d'une présence incontournable sur la scène mondiale. Les
nouveaux défis devant la sécurité internationale
(terrorisme, états de déliquescence, crime organisé,
prolifération d'armes de destruction massive, dépendance
énergétique) incitent Sofia à penser la réunification
de l'Europe comme un élargissement de la zone de stabilité
sur le continent. Une stabilité qui, à ses yeux, revêt
une importance d'autant plus évidente qu'il lui incombe d'assurer
la frontière extérieure de l'Union. Néanmoins, les
choix binaires artificiels entre sa solidarité européenne
et sa loyauté atlantique sont généralement rejetés
par la classe politique bulgare, qui adhère à une échelle
de valeurs qu'elle considère communes à l'Union et à
l'Otan.
Aujourd'hui, les Bulgares rentrent chez eux en Europe. Il y a un mois
à peine, Sofia a conclu les négociations d'adhésion
à l'UE – une perspective désormais acquise. Le zèle
réformateur du pays (bien que tardif, comparé à celui
de l'Europe centrale) s'accompagne d'une continuité de l'effort
économique fourni. Parmi les incidences de cette politique introduite
en 1997 : une discipline financière rigide, une inflation négligeable
et des taux de croissance d'environ 5% par an. Pourtant, l'optimisme de
la nation a du mal à suivre, à cause des sacrifices continus
que les réformes exigent d'elle sur le plan social. L'objectif
de cette mobilisation étant l'adhésion à l'Union,
l'impatience de Sofia a été entre-temps refroidie, et la
date butoir de son adhésion a été arrêtée
pour 2007. Effectivement, si la société bulgare est en quête
des gages d'une solidarité européenne tant attendue dans
son passé, ce n'est que par souci d'être traitée selon
ses propres mérites. Toute autre approche manquerait de valoriser
les efforts des Bulgares et d'encourager ceux qui tarderaient à
en fournir.
Le cinquième élargissement est aussi une chance pour étendre
l'espace de la francophonie dans l'Union. Car l'appartenance de Sofia
à ce foyer de richesses spirituelles va bien au-delà du
partage du français, que les Bulgares considèrent comme
une langue véhiculaire de valeurs auxquelles ils adhèrent
depuis fort longtemps. La francophonie constitue aussi un lien naturel
avec la France, dont la solidarité a été souvent
sollicitée au sud du Danube – un lien qui puise son inspiration
dans cette vocation que de Gaulle avait définie comme «un
pacte séculaire entre la grandeur de la France et la liberté
dans le monde». Un lien, aussi, qui devrait encourager la Bulgarie
à clamer haut et fort une identité européenne assumée
désormais sans craintes ni complexes.
Marin Raykov
Cet article a été publié dans ©Le
Figaro du 11/08/2004
Note de juillet 2005 : Monsieur Marin Raykov a terminé
son mandat en mai 2005.
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Page mise en ligne le 12/08/2004
Dernière mise à jour 05 juillet
2005
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