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"Les structures internationales ont un besoin
urgent d'évoluer"
Interview de monsieur Jeliou Jelev
parue dans ©"Le Figaro", du mardi du 15 avril 2003 (page
32)
Président de la République de Bulgarie postcommuniste de
1990 à 1997, auteur d'un ouvrage>>
assimilant le communisme au fascisme, le philosophe Jeliou Jelev est
un ancien dissident chassé de l'université de Sofia en 1966.
Il approuve comme un signe de souveraineté l'attitude du gouvernement
bulgare qui a soutenu la guerre contre Saddam Hussein, mais qui a refusé
de fermer l'ambassade de l'Irak à Sofia.
Le Figaro.- Le déclenchement de la guerre en Irak a provoqué
une division des pays européens en deux groupes : celui des adversaires
de cette solution militaire, essentiellement le couple France-Allemagne,
et celui des pays qui ont approuvé l'attaque des troupes anglo-américaines
courant mars en terre irakienne. Pensez-vous que ce désaccord risque
de compromettre la bonne marche de la construction européenne ?
| Jeliou Jelev - Non, je reste convaincu que ce différend
entre les pays européens ne devrait pas compromettre la construction
d'une Europe unie. D'une part, parce que l'Union européenne
n'avait pas et n'a toujours pas de position commune au sujet de
la guerre en Irak et, d'autre part, parce que l'Union européenne
est une organisation démocratique, regroupant des Etats souverains,
ayant le droit d'adopter leur propre position en conformité
avec leurs intérêts nationaux tout en respectant bien
évidemment les principes et les normes du droit international.
Cette division au sein de l'Union européenne, de l'Alliance
atlantique comme au sein du Conseil de sécurité de
l'ONU apporte, à mon avis, la preuve que ces structures internationales
ont un besoin urgent d'évoluer, notamment dans leurs mécanismes
de prise de décisions afin d'acquérir une plus grande
souplesse et une plus grande efficacité, pour affronter ce
genre de situations dramatiques.
Cette nécessité de changements ne devrait apparaître
gênante pour personne, étant donné que ces organisations
internationales ont été créées après
la Seconde guerre mondiale, il y a donc un demi-siècle. Le
monde a considérablement évolué depuis : le
système colonial a disparu, le bloc communiste s'est effondré,
l'URSS a éclaté, ainsi que le groupe des pays non
alignés. Du fait de ces profonds changements, intervenus
dans les réalités politiques et économiques,
il serait même difficile d'imaginer que ces organisations
internationales restent figées. |
Le Figaro. - Selon vous, les Etats-Unis vont-ils chercher à
diviser l'Europe pour mieux assurer leur pouvoir hégémonique
dans le monde ?
| Jeliou Jelev. - Je ne pense pas que les Etats-Unis cherchent
à diviser l'Europe pour s'assurer un pouvoir hégémonique
dans le monde. Une telle politique pourrait se révéler
suicidaire pour eux car leur force s'appuie principalement sur leur
coopération avec l'Europe, sur l'unité de l'espace euro-atlantique,
concrétisée par l'Union européenne comme par
l'OTAN. Une politique de division des pays européens les condamnerait
à l'isolement non seulement par rapport à ces derniers,
mais également par rapport à de nombreux pays des autres
continents. La lutte contre le terrorisme international ne peut pas
être menée par une coalition limitée de pays mais,
au contraire, a besoin de la collaboration de tous les pays du monde.
Les Etats-Unis auraient intérêt à mettre en
place une coalition mondiale capable d'affronter le terrorisme international
comme cela fut le cas avec le régime des talibans en Afghanistan.
Cet objectif commun devrait inspirer non seulement les Etats-Unis
mais également tous les Etats civilisés dans le monde
car aucun pays n'est assuré contre un attentat terroriste.
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Le Figaro. - La Bulgarie veut adhérer à la fois
à l'OTAN et à l'Europe de Bruxelles. Ne craignez-vous pas
qu'un jour, ces deux objectifs soient difficiles à concilier, si
les Américains maintiennent un contrôle strict sur l'OTAN,
et si la majorité des Européens choisissent une politique
différente de l'interventionnisme américain ?
| Jeliou Jelev. - La Bulgarie aspire, au même titre
que l'ensemble des pays de l'Europe post-communiste, à devenir
simultanément membre de l'Union européenne et de l'OTAN,
et je suis convaincu que ces deux objectifs, qui animent les politiques
étrangères de ces pays, ne sont pas contradictoires.
Si l'Union européenne décidait d'ailleurs de les dissocier,
se serait, pour le continent européen, un retour en arrière
de deux siècles.
Ce n'est qu'après 1989, avec l'effondrement des régimes
communistes, qu'elle a pris le chemin de l'unification économique,
politique et militaire. Est-ce que la France et l'Allemagne, pionnières
de la construction de l'Europe en tant qu'entité ayant vocation
à réunir tous les peuples européens, permettraient
que leur œuvre soit détruite ? |
Propos recueillis par Denis
Lensel avec Ralitsa Mihailova-Frison-Roche |