|
Accueil du site
|
Bulgarie : élection présidentielle du 22 octobre 2006
Le président Parvanov,
réélu au premier ou au second tour ?
Par François Frison-Roche
Chargé de recherche au CNRS-CERSA - Université Paris II
(Manuscrit clos le : vendredi 29 septembre 2006).
Si l'on se fie aux différents sondages d'opinion
- réalisés environ deux mois avant l'élection, il
faut le souligner - le président Guéorgui Parvanov a de
très bonnes chances de se faire réélire lors des
élections présidentielles qui se dérouleront fin
octobre [voir l'article d'avril 2006 "Présidentielles
2006 en Bulgarie : une élection sans surprises ?"].
Deux questions se posent désormais : la première est de
savoir si cette réélection annoncée se fera dès
le premier tour du scrutin ; la seconde est de savoir quel sera son éventuel
compétiteur en cas de second tour. Les tentatives de réponses
qui sont apportées à ces questions redonnent un certain
intérêt à cette élection.
Malgré le manque apparent de suspense sur son issue, cette quatrième
élection présidentielle depuis l'instauration d'un système
pluraliste en Bulgarie en 1990, est intéressante à observer
dans la mesure où elle cristallise une situation politique à
la veille de l'entrée de la Bulgarie dans l'Union européenne
le 1er janvier 2007.
Si tant est que le vote des Bulgares confirme la projection des sondages,
on peut se poser la question de savoir jusqu'à quel point la «
gauche » bulgare sera renforcée par la réélection
de son candidat ? Quant à la « droite » on peut se
demander si elle survivra - dans sa configuration actuelle du moins -
à une défaite qui pourrait être, honorable ou, au
contraire, désastreuse ? Enfin, on peut s'interroger sur l'avenir
électoral de la mouvance extrémiste bulgare, très
largement représentée dans cette élection.
On l'aura compris, comme toute élection majeure, cette élection
présidentielle est de nature à bouleverser un peu plus la
scène politique bulgare, non pas tant par son résultat final
que par ses conséquences sur le plan intérieur. Elle est
d'autant plus captivante qu’il ne lui manque pas même quelques
zones d’ombre. Quant à l'Union européenne, quelques
« signaux » semblent indiquer qu'elle apprécie
la stabilité du statu quo actuel.
Après examen des différents documents exigés par
la loi, la Commission centrale électorale mise en place à
l'occasion de ces élections à décidé, samedi
16 septembre 2006, que sept candidats (et leur « suppléant
» pour le poste de vice président) pouvaient briguer les
suffrages des électeurs le dimanche 22 octobre 2006 [la
candidature du « ticket » présentée par le petit
parti communiste bulgare (Vladimir Spasov / Mariana Mateeva) a été
refusée aux motifs qu'elle ne comprenait ni la liste obligatoire
des 15.000 signatures de soutien ni la quittance du dépôt
légal de 5.000 léva].
Il s'agit - dans l'ordre de présentation des candidatures - des
candidats [voir la brève
présentation des candidats] Guéorgui Parvanov (et Angel
Marin) présentés par un « comité de parrainage
» et soutenus par le parti socialiste bulgare, Grigor Velev (et
Yordan Moutafchiev), présentés par l'Association des nationalistes
bulgares, Volen Sidérov (et Pavel Chopov) présentés
par le parti nationaliste Ataka, Nedelcho Beronov (et Yuliana Nikolova)
présentés par un « comité de parrainage »
et soutenus par les deux principaux partis de droite, l'Union des forces
démocratiques (S.D.S.)
et les Démocrates pour une Bulgarie forte (D.S.B.), Guéorgui
Markov (et Maria Ivanova) présentés par le parti Ordre,
loi et justice, Liouben Petrov (et Nelly Topalova) présentés
par un « comité de parrainage » et soutenus par l'Association
patriotique nationale de gauche et enfin Petar Beron (et Stela Bankova),
présentés par un « comité de parrainage »
et soutenus par diverses organisations nationalistes.
A la lecture de cette liste, trois observations s'imposent :
- le N.D.S.V (mouvement libéral dirigé par l'ancien Premier
ministre Siméon de Saxe-Cobourg), deuxième force parlementaire
et membre de l'actuelle coalition gouvernementale de centre gauche,
ne présente pas de candidat.
- Boïko Borisov, actuel maire de Sofia et personnalité
la plus populaire en Bulgarie, présenté par la presse
depuis plusieurs mois comme étant le concurrent le plus dangereux
du président sortant ne se présente pas.
- Les candidatures « extrêmes », qui se revendiquent
d'un « nationalisme bulgare » - qu'il soit de
gauche ou de droite - semblent étonnamment nombreuses pour être
le fruit d'un simple hasard.
Ces trois constatations donnent une tonalité particulière
à la campagne qui va avoir lieu.
Les tendances annoncées par les sondages
Même s'il est toujours nécessaire de soulever les précautions
d'usages quant à ce genre d'outil sociologique, les sondages d'opinion
donnent, sur la durée, une tendance généralement
crédible. Pour ce qui est des prochaines élections présidentielles
les orientations sont les suivantes :
selon un sondage de l'agence Alpha research, publié fin septembre
2006, 51 % seulement des électeurs ont l'intention de se rendre
aux urnes, 16 % indiquent qu'ils sont indécis sur leur choix et
33 % affirment qu'ils s'abstiendront. Si l'on tient compte de ce que l'on
appelle la marge d'erreur scientifique, le faible taux estimé de
participation est très important à souligner.
Parmi ceux qui affirment qu'ils iront voter, 68.5 % se prononcent en
faveur du président sortant, 14.4 % en faveur de Volen Siderov,
9.6 % en faveur de Nedelcho Beronov, 4.2 % en faveur de Gueorgui Markov
et 1.8 % en faveur de Petar Beron.
A moins d'un mois de l'échéance, le fait marquant ne semble
pas la « victoire annoncée » du président
G. Parvanov - prévisible depuis longtemps - mais plutôt
la « déroute annoncée » du candidat de la droite
unie, N. Beronov. Ce dernier serait largement dépassé, en
effet, par le candidat nationaliste, protestataire, extrémiste
et « anti tout », V. Siderov.
Plusieurs réserves doivent être immédiatement apportées
à ces indications liminaires. La première concerne le peu
d'intérêt apparent des électeurs pour ces élections
présidentielles. Le journal « Standart » indiquait
récemment que, d'une part, 7 % seulement des gens connaissent tous
les candidats officiels et que, d'autre part, un grand nombre d'électeurs
croient que Boïko Borisov est candidat [lire
en bulgare l'article sur Standart]. On peut encore ajouter que certains
candidats (nationalistes) sont encore si peu perceptibles par l'opinion
qu'il n'est pas possible de les faire figurer dans les sondages.
La seconde concerne le taux de participation estimé du premier
tour. Tel qu'il est annoncé, il est évidemment en baisse
par rapport aux précédentes élections mais ils est
surtout « limite » si l'on se place dans l'optique d'une possible
victoire du président sortant dès le premier tour. La constitution
indique très précisément, en effet, qu'au premier
tour « est élu le candidat qui a reçu plus de
la moitié des voix exprimées si plus de la moitié
des électeurs inscrits ont pris part aux élections »
(Art. 93, alinéa 3). Ce « double seuil »
à franchir, qui reste tout à fait incertain à un
mois des élections, pourrait donc imposer un second tour - quel
que soit le score du président sortant - si la participation n'atteint
pas 50 % des électeurs inscrits au premier tour. Dans ce cas, la
constitution prévoit que « si aucun candidat n'est
élu [dans ces conditions], un second tour est organisé dans
un délai de sept jours auquel participent les deux candidats qui
ont obtenu le plus grand nombre de voix. Est élu le candidat qui
a obtenu le plus de voix » (Art. 94, alinéa 4).
Aucun seuil concernant les électeurs inscrits, évidemment,
n'est exigé au second tour.
Concernant ce registre, il est intéressant de signaler qu'une récente
loi a autorisé le « nettoyage » des électeurs
inscrits sur les listes électorales. Par l'intermédiaire
de ses outils de surveillance aux frontières, c'est le ministère
de l'Intérieur qui a œuvré à cette mise à
jour des listes. Sont visés les électeurs bulgares qui sont
partis à l'étranger deux mois au moins avant ces élections.
Ceux-ci, il faut le préciser immédiatement, pourront quand
même voter s'ils se manifestent à leur retour en Bulgarie
ou auprès de leur ambassade dans laquelle ils pourront, comme la
loi les y autorise toujours, exercer leur devoir électoral. Il
n'empêche, les chiffres annoncés officiellement indiquent
que 600.000 électeurs inscrits - qualifiés par certains
de « fantômes » (1).
- ont été rayés des listes. Il est toutefois difficile
d'apprécier dans quelle mesure cette diminution des inscrits est
de nature à faciliter la réélection - dès
le premier tour - du président Parvanov.
Aperçu rapide du paysage politique bulgare actuel
Le paysage politique bulgare a été remodelé par
les dernières élections législatives de juin 2005.
Non sans mal, les trois principaux partis représentés au
parlement sont arrivés à un accord politique pour former
une coalition gouvernementale que l'on peut qualifier de « centre
gauche ». Cette coalition comprend le parti socialiste (B.S.P.), le
Mouvement national Siméon II (N.D.S.V) et le Mouvement pour les droits
et les libertés (D.P.S) qui représente principalement les
intérêts de la minorité turque en Bulgarie. Ces deux
dernières formations politiques appartiennent à l'Internationale
libérale. Cette coalition, majoritaire au parlement, regroupe 169
sièges sur 240 (82/53/34).
Le gouvernement tripartite est dirigé par le leader du parti socialiste,
Sergueï Stanichev [lire
article], qu'entourent trois vice Premier ministres issus chacun de
l'une des composantes de la coalition [il s'agit
de M. Ivaylo Kalfin pour le B.S.P.
(Affaires étrangères), de M. Daniel Valtchev pour le N.D.S.V
(Education et Recherche) et de Mme Emel Etem pour le D.P.S. (Catastrophes
naturelles et industrielles]. Une instance politique ad hoc,
sorte de « Conseil de coalition », a été
instaurée pour fixer, d'un commun accord, les grands objectifs
et prendre les décisions les plus importantes. Ce Conseil est composé
des dirigeants des trois formations : le Premier ministre, S. Stanichev
(B.S.P.),
Siméon de Saxe-Cobourg (N.D.S.V.) et Ahmed Dogan (D.P.S).
Par ordre d'importance en sièges, l'opposition au parlement comprend,
d'une part, la « droite » bulgare, globalement incapable
de s'entendre pour des querelles de personnes plutôt que de doctrine.
Elle est représentée par trois groupes parlementaires :
l'Union des forces démocratiques (S.D.S.),
menée par l'ancien président de la République Petar
Stoyanov (20 sièges), les Démocrates pour une Bulgarie forte
(D.S.B.) dirigés par l'ancien Premier ministre Ivan Kostov (17
sièges) et l'Union populaire bulgare qui regroupe trois personnalités
plutôt que trois partis, Madame Anastassia Moser (Union agrarienne),
Krassimir Karakatchanov (ORIM)
et l'ancien maire de Sofia, Stefan Sofianski (Union des démocrates
libres) (13 sièges).
L'opposition comprend, d'autre part, un groupe extrémiste « anti tout », Ataka, composé de plusieurs mouvements et personnalités
se revendiquant du « nationalisme bulgare » et dirigé
par Volen Sidérov [lire
l'article Colisee]. Il ne compte plus désormais que 14 députés.
Bref bilan d'une année de la coalition gouvernementale
tripartite
Le 16 août 2005, après deux mois environ de négociations
difficiles, le parlement bulgare adoptait la composition d'un gouvernement
de coalition qui se présentait devant l'opinion comme le «
gouvernement de l'intégration européenne, de la responsabilité
sociale et de la croissance économique ». Malgré une
majorité substantielle au parlement, de nombreux observateurs politiques
locaux ne lui prédisaient pas une durée de vie très
longue.
Si les nombreuses promesses électorales faites sont encore loin
d'avoir été honorées, ce gouvernement peut s'enorgueillir
de quelques résultats économiques incontestables qu'il a
su mettre en valeur sur le plan international, notamment auprès
de l'Union européenne : la croissance du P.I.B.
devrait, pour la deuxième année consécutive, tourner
autour de 5 % en 2006 ; le taux de chômage, quant à lui,
continue de baisser pour atteindre aujourd'hui environ 8,75 % et les investissements
étrangers (IDE), qui représentent une marque de confiance
dans la stabilité politique globale du pays, se montent à
1.400 millions d'euros pour les six premiers mois de l'année (2.300
millions escomptés à la fin 2006).
Encadré par un « Directoire financier » (Currency
board) et contraint de respecter les nombreux critères fixés
par l'Union européenne et les institutions financières internationales,
le gouvernement actuel n'a finalement fait que poursuivre, sur le plan
économique, l'action entreprise par le gouvernement précédent
dirigé par Siméon de Saxe-Cobourg.
L'opinion publique, dans une large majorité, ne partage pas l'optimisme
gouvernemental et une partie d'entre elle pourrait encore décider
de manifester son mécontentement par un vote protestataire. Les
« perdants des réformes », qui constituent
encore une grande partie de la population, considèrent que leurs
revenus ne leur permettent pas de vivre dignement. L'un des deux principaux
syndicats a récemment souligné, par exemple, que si le salaire
minimum a augmenté de 6,7 % depuis le début de l'année,
l'inflation pour la seule année 2005 s'élevait à
6,5 %. Toujours selon ses experts, si le salaire brut moyen s'est accru
de 4,4 % en 2005, sa croissance nette n'a pas dépassé 2,6
%. Trop de familles, sans parler des 2.300.000 retraités (2).
et d'une majorité de personnes au sein des minorités ethniques,
vivent encore sous le seuil de pauvreté.
Au delà de ces aspects socio-économiques graves, se greffent
les problèmes de criminalité et de corruption qui gangrènent
le pays depuis de nombreuses années. C'est justement parce qu'aucune
force politique ayant exercé le pouvoir jusqu'à présent
n'a pu apporter de solutions visibles que l'opinion se radicalise. Les
tentatives du nouveau Procureur général, un ancien conseiller
du président de la République, sont encore trop embryonnaires
pour être perçues comme efficaces par l'opinion.
Par ailleurs, le spectacle tapageur que donnent les « nouveaux
riches » exaspère ce que l'on pourrait appeler le « bulgare
moyen » qui doit se contenter de regarder, avec envie, ce dont
il ne disposera jamais. Les Bulgares acceptent de plus en plus mal de
se faire souvent « racketter » au guichet pour obtenir
le moindre document administratif ou d'avoir à payer un « bakchich »
à l'hôpital, au tribunal ou au commissariat de police.
Cette « petite corruption », vécue au quotidien
par la population, se double d'une « grande corruption »
contre laquelle les autorités gouvernementales ont de la peine
à lutter efficacement. L'arrestation récente, pour détournement
de fonds, du directeur de la société de chauffage urbain
de Sofia ou le limogeage de quelques policiers, douaniers ou magistrats
ne peuvent apaiser l'opinion qui reste persuadée que les « gros
poissons » du monde politique ou de la « haute administration »
demeurent intouchables. Abreuvée par la presse de dénonciations
de scandales en tous genres - plus ou moins vrais, plus ou moins exagérés
et jamais éclaircis - une grande partie de l'opinion publique est
devenue suspicieuse et agressive à l'égard de la classe
politique et des institutions.
Evidemment, la droite n'a pas manqué de souligner que les tergiversations
du gouvernement ont été à l'origine du mauvais rapport
intermédiaire de la Commission européenne en mai dernier.
Décrédibilisés par leurs querelles intestines, incompréhensibles
souvent pour la grande majorité de leurs sympathisants, les représentants
de la droite ont abandonné le terrain de la contestation au principal
parti extrémiste, Ataka, qui se complaît dans la surenchère
populiste virulente.
Après un an d'exercice, ce gouvernement de coalition recueillerait
selon les sondages environ 28 % d'opinion favorable contre 43 % d'opinion
défavorable.
Un étrange début de campagne
En observant la campagne électorale qui vient de commencer, on
pourrait se demander si elle n'est pas le reflet de la profonde
crise que traverse le système politique du pays. La question que
l'on peut alors se poser est de savoir si cette élection
ne préfigure pas une instabilité politique chronique pour
les années à venir.
Le destin de « l'honnête Monsieur Beronov »
A moyen terme - si l'on est optimiste - l'avenir de la droite
actuelle semble très sombre. Depuis plusieurs mois, tout indique
qu'elle savait qu'elle allait se trouver confrontée
à un nouvel échec électoral. Face à la dynamique
que suscite une telle élection, elle ne s'est d'ailleurs
jamais positionnée en terme de victoire à conquérir
mais plutôt en terme de défaite à gérer aux
mieux des intérêts politiques de ses dirigeants. Incapable
de s'entendre entre factions rivales, la droite semble avoir «
fait l'impasse » sur cette élection.
Après quelques pressions amicales, venant essentiellement de leurs
correspondants politiques, tant en Europe qu'Outre atlantique, les deux
principaux leaders de la droite, P. Stoyanov et I. Kostov ont fini par
afficher, à contre cœur, une unité de façade.
Parce qu'il fallait absolument trouver un candidat, ils se sont mis d'accord
sur une personne - tout à fait digne et respectable au demeurant
- qui avait surtout à leurs yeux la qualité essentielle
d'être suffisamment âgée pour ne pas risquer de leur
porter ombrage par la suite. L'objectif non avoué étant
de l'utiliser en 2006 comme un « candidat jetable » dont on
se débarrasse sans peine après un usage unique, d'autant
plus facilement qu'il sera nécessairement tenu responsable de l'échec.
Trouver un « présidentiable » de droite plus jeune,
donnant une image plus dynamique sur le plan politique, eut été
- pour eux - une erreur stratégique dans la mesure où ce
candidat serait inévitablement devenu - quelle que soit l'issue
de l'élection - un acteur concurrent dans leur jeu politique.
Jusqu'à présent, les Bulgares ne semblent d'ailleurs pas
prendre Nedelcho Beronov très au sérieux. Un sondage réalisé
du 18 au 25 août 2006 par l'Institut MBMD (1204 personnes interrogées),
indique que 68,8 % d'entre eux lui font « plutôt pas confiance
» comme ils font « plutôt pas confiance » à
Petar Stoyanov (75 %) ou à Ivan Kostov (85,6 %). A titre de comparaison,
le président Parvanov n'est qu'à 37,3% dans la même
rubrique.
Désormais, à un mois environ de l'élection, la Droite
se heurte au dilemme suivant : soit faire face à la « honte honorable » de s'être fait battre dès le
premier tour - si tant est qu'elle arrive en seconde position derrière
le vainqueur -, soit faire face à l'humiliation suicidaire de se
voir éliminer d'un éventuel second tour par un mouvement
extrémiste - si elle ne se classe qu'en troisième position
- !
L'orientation politique de la campagne de la droite sera intéressante
à observer dans les semaines à venir : attaquer le président
socialiste sortant, ce qui semblerait logique dans une campagne de type
« affrontement Gauche/Droite », ou essayer de se prémunir contre la montée en puissance de V. Siderov
qui risque de la ridiculiser ?
Quoi qu'il arrive, la droite bulgare ne sortira pas indemne de cette défaite
qui s'annonce, d'ores et déjà, peu glorieuse. On peut craindre
que ses leaders actuels ne voudront pas tirer les conclusions qui s'imposeront
concernant leur responsabilité personnelle dans ce désastre.
Il reste toutefois à espérer que leurs amis du groupe PPE
au parlement européen sauront leur faire comprendre qu'ils ne pourront
jamais gagner tant qu'ils se cantonneront à leurs querelles de
« boutiquiers » d'une droite anti-communiste qui se trompe
de combat.
Quant au combat d'arrière garde que livrera l'ancien juge G. Markov
- un nostalgique du « combat anti-communiste » du début
des années 1990 - il ne pourra que brouiller un peu plus les cartes
de la droite. Crédité quand même de quelques points
dans les sondages, il est trop tôt pour évaluer sa «
capacité de nuisance » dans la restructuration politique
post électorale.
L'étonnante absence du centre libéral
A priori, l'absence d'un candidat du N.D.S.V
dans la bataille présidentielle est étonnante. La deuxième
force politique au parlement se prive apparemment d'une tribune pour défendre
ses idées et ses propositions.
Si l'on se réfère aux sondages, cette « absence »
dans la bataille présidentielle devient déjà plus
compréhensible. Selon le sondage de l'institut MBMD, son principal
leader, l'ancien monarque (1944-46) et ancien Premier ministre (2001-05),
Siméon de Saxe-Cobourg, est très loin de faire l'unanimité
dans l'opinion publique bulgare. 81,1 % des personnes interrogées
n'ont « plutôt pas confiance » en lui. Toujours selon
le même sondage publié fin août 2006, s'il était
candidat, il ne rassemblerait que 0,4 % des suffrages. Même si ce
dernier chiffre semble bien sévère et doit s'apprécier
en fonction de la date du sondage et des autres candidats proposés
alors, on peut comprendre les réticences qu'il a eu à se
lancer dans une bataille qui semble perdue d'avance. On a indiqué
il y a plusieurs mois dans un précédent article d'autres
raisons éventuelles pour lesquelles sa candidature était
fortement improbable. [Voir L'improbable
candidature Siméon II].
Devant ses fidèles, il a récemment expliqué qu'il
avait pris sa décision de ne pas se présenter en 2004. Il
a, par ailleurs, demandé aux instances compétentes du N.D.S.V.
de ne pas présenter de candidat lors de cette élection.
Non sans quelques réserves, notamment de la part de deux de ses
lieutenants, sa position a été suivie.
La question qui agite les observateurs locaux est de savoir ce que va
faire l'électorat du N.D.S.V., du moins ce qu'il en reste, car
le mouvement semble avoir beaucoup souffert de sa participation à
la coalition gouvernementale depuis maintenant un an. 83,4 % des sondés
(MBMD) indiquent qu'ils lui font « plutôt pas confiance »
(3).
Même si les explications chiffrées de cette absence sont
parfaitement recevables, elles ne semblent pas totalement satisfaisantes
pour un observateur extérieur. Depuis son arrivée sur la
scène politique bulgare, l'ancien monarque, pétri d'une
culture politique qui lui est propre, n'est pas dans une logique électoraliste
et de pouvoir mais dans une stratégie de réconciliation
des Bulgares et de consensus politique. Si l'on se place de ce point de
vue on peut alors trouver d'autres explications au refus de se présenter
personnellement ou de présenter un candidat N.D.S.V.
aux élections présidentielles. Au contraire même,
la position de l'ancien monarque semble logique.
Pendant cinq ans, l'un des objectifs du gouvernement de Siméon
de Saxe-Cobourg a été de faire réintégrer
la Bulgarie dans le giron européen. Il a fait franchir une première
étape décisive au pays en signant symboliquement le 25 avril
2005 - avec l'actuel président de la République - le traité
d'adhésion de la Bulgarie à l'Union européenne. Sa
participation à la coalition gouvernementale avec les socialistes
- incomprise par son électorat et donc coûteuse sur le plan
politique interne - peut largement se justifier par sa volonté
de tout faire pour faciliter la seconde étape et voir son pays
rentrer dans l'Union à la date fixée du 1er janvier 2007.
A quoi bon, dès lors, livrer entre temps un combat non essentiel
- voire contre productif - pour l'objectif global qu'il s'est fixé
? Si la presse et les commentateurs bulgares travaillent sur le temps
court, l'ancien monarque semble avoir inscrit son action politique dans
le temps long.
Le « GERB » en embuscade ?
Le mouvement GERB, « Citoyens pour le développement européen
de la Bulgarie » (GERB, prononcer GUERB = « blason »
en bulgare) ne présentera pas son « Héraut »,
Boïko Borisov, l'actuel maire de Sofia et ancien Secrétaire
général du ministère de l'Intérieur sous le
gouvernement libéral de Siméon de Saxe-Cobourg. Personnalité
très populaire - grâce à son franc parler surtout
-, il était présenté par la presse comme le concurrent
potentiellement le plus dangereux du président Parvanov.
A première vue, les sondages lui étaient globalement assez
favorables. Selon MBMD, il ferait pratiquement « jeu égal
» avec le président sortant ; 54,2 % des personnes interrogées,
en effet, lui feraient « plutôt confiance » contre 56,3
% pour le président Parvanov. Quant à son mouvement politique,
toujours en gestation, il inspirerait un peu plus confiance aux personnes
sondées que le parti socialiste (36,4 % contre 35,8 %).
Certes, en ce qui concerne l'élection présidentielle proprement
dite, B. Borisov ne semblait pas être en mesure de battre le président
sortant, loin s'en faut. Toujours selon MBMD, les personnes interrogées
sont seulement 13 % à penser qu'il est la personne la plus «
appropriée » pour devenir président de la République
(43,6 % pour Parvanov) et, selon les noms des candidats présentés,
il était crédité, au mieux de 22 % et au pire de
5 % des suffrages au premier tour. Certains à droite, comme l'ancien
président Stoyanov (S.D.S.),
auraient été pourtant prêt à soutenir sa candidature
... pour le ranger dans la catégorie des « looser » en cas d'échec et se débarrasser ainsi d'un concurrent
politique, ajoutent avec perfidie quelques observateurs de la vie politique
bulgare !
Après avoir largement profité pendant de longs mois d'une
couverture médiatique au sujet de la « potentialité
» de sa candidature, le maire de Sofia a fait dans le registre de
la modestie - pourtant rare chez lui - en indiquant récemment qu'il
n'avait jamais eu la prétention de briguer la magistrature suprême
contre le président Parvanov. Il le lui aurait même promis
personnellement. Il n'a jamais cessé de se consacrer à la
bonne gouvernance de la capitale - le Premier ministre socialiste lui
ayant d'ailleurs promis de nouveaux subsides financiers - et, surtout,
à la mise en place de son mouvement politique.
Sûr de lui, de ses capacités et de sa notoriété,
le maire de Sofia a certainement l'ambition de jouer un rôle politique
national. Les sondages accordent environ 20 % à son mouvement (4).
en cas de législatives anticipées ; soit moins que le parti
socialiste, qui oscille entre 25 et 30 %, mais beaucoup plus que tous
les autres partis de droite ou du centre réunis. Il y a là
de quoi inquiéter certains responsables politiques ; non pas tant
de gauche, d'ailleurs, que de droite où ils sont déjà
concurrencés par l'extrémisme politique.
La mouvance extrémiste bulgare
Quatre candidats représentant « l'extrémisme à
la bulgare » aux élections présidentielles d'octobre
2006, cela fait beaucoup pour un pays qui avait su « gérer
» - plus ou moins - ses poussées de fièvre [article
" Ataka : décryptage d'un radicalisme à la bulgare",
paru sur Newropeans
Magazine]. La « réussite » du mouvement Ataka,
et de son leader V. Siderov, aux dernières élections législatives
de juin 2005 a certainement suscité de nombreuses craintes et quelques
vocations.
La réplique des adversaires politiques de V. Siderov - à
droite comme à gauche - semble s'être déroulée
en deux temps. Elle a tout d'abord débuté au lendemain des
élections législatives. La presse s'est largement fait l'écho
pendant plusieurs semaines d'un accident de voiture dans lequel il était
impliqué avec son chauffeur pour « coups et blessures volontaires
». Empêtré dans ses mensonges et dans les imbroglios
d'un faux témoignage, il est actuellement poursuivi devant la justice
et son immunité parlementaire a été levée.
V. Siderov s'est d'ailleurs largement discrédité lui-même
par l'agressivité dont il a fait preuve au cours de cette affaire.
La réplique s'est ensuite poursuivie en « aidant »
ou en « suscitant » des candidatures concurrentes pour affaiblir
son score à l'élection présidentielle. En Bulgarie,
la technique est connue. Elle a été utilisée avec
succès par la droite en 2001 contre S. de Saxe-Cobourg en suscitant
des « partis monarchistes » qui ont détourné
quelques milliers d'électeurs ayant confondus les sigles sur les
bulletins.
On peut remarquer que le candidat P. Beron, intellectuel fantasque et
populiste multicarte depuis des années, a été élu
aux dernières législatives sur les listes Ataka. On peut
se poser la question de savoir qui l'a convaincu de se présenter
? Quoi qu'il arrive, dans la mesure où il pêche dans les
mêmes eaux, les quelques milliers de voix qu'il risque de grappiller
seront autant de moins pour le candidat Siderov. Il serait certainement
instructif de savoir qui finance sa campagne électorale…
La candidature de G. Velev est plus étonnante, non pas tant par
le discours nationaliste qu'il va tenir - qui touche chez lui au
pathologique (!) - que par le choix de son vice président,
un ancien militaire « communiste pur et dur » qui «
double » en quelque sorte les appétits électoraux
d'un autre général candidat, L. Petrov. Même si le
« milieu militaire » représente, familles comprises,
plusieurs dizaines de milliers de voix au moins en Bulgarie, c'est le
signe, pour certains observateurs, que le parti socialiste essaye de «
canaliser » une hémorragie dont il est la première
victime.
Là encore, il serait très intéressant de savoir qui
finance, directement ou indirectement, les campagnes de ces deux candidats
qui se revendiquent du « nationalisme ». Pour ce qui les concerne,
on peut estimer qu'ils ne font pas courir de danger à la démocratie
mais sont plutôt représentatif d'un certain « folklore
politique » bulgare.
Un parti socialiste triomphant ?
Selon toute vraisemblance, la gauche bulgare, c'est-à-dire le
parti socialiste, sortira triomphante de cette élection. Son candidat
sera réélu pour un second (et dernier) mandat de cinq ans
et le gouvernement qu'elle dirige peut envisager les trois ans qu'il lui
reste avant les prochaines élections législatives avec une
certaine sérénité.
Pragmatique avant tout, l'actuelle direction du parti socialiste a su
s'adapter depuis quelques années à la « nouvelle donne
» internationale. Le gouvernement n'a pas remis en cause, par exemple,
l'adhésion à l'OTAN, les futures bases américaines
sur son territoire, la participation de la Bulgarie à la lutte
contre le terrorisme mondial, c'est-à-dire l'envoi d'un contingent
en Irak et d'un autre en Afghanistan. Quelques aménagements cosmétiques
ont bien été pris pour ménager les susceptibilités
de la vieille garde communiste à l'intérieur du parti -
toujours présente -, mais rien d'essentiel aux yeux des spécialistes.
Au sein de la coalition gouvernementale, le poste de la Défense
a même été laissé à un représentant
du N.D.S.V..
Acceptant globalement la politique étrangère initiée
par les précédents gouvernements, le parti socialiste s'est
rallié à l'Union européenne - et à ses
multiples exigences - trouvant à ce nouvel horizon prometteur
une alternative à la traditionnelle « amitié »
avec la Russie. Sur le plan économique, le libéralisme débridé
de l'économie de marché - imposé par la mise
en œuvre de l'acquis communautaire - est largement maîtrisé
par les représentants de l'ancienne nomenklatura. Il est tempéré
par un « discours social », plus affiché que véritablement
mis en application. C'est ce « virage à droite », politique
pour ne pas dire idéologique, qui est à l'origine de la
montée en puissance d'une tendance « plus à gauche
» au sein du parti et qui pourrait laisser planer quelques craintes
sur son unité à moyen terme.
Initiée récemment par des personnalités comme A.
Lilov, Y. Stoïlov, G. Bojinov ou K. Premianov, une « volonté
de rupture » est apparue au grand jour. Pour certains spécialistes
du parti socialiste, c'est l'un des signes du manque de structuration
de la Gauche bulgare. Depuis quinze ans, le parti a réussi à
maintenir son unité, « l'esprit de famille » - pour
ne pas dire de « clan » - faisant cohabiter ensemble, pour
l'intérêt bien compris de tous, les représentants
de plusieurs mouvances politiques : social démocrate, socialiste
et communiste.
Pour l'instant, la position qui consiste à se cantonner «
à gauche du parti mais dans le parti » est une solution doublement
avantageuse dans la mesure où, d'une part, les risques de perdre
des postes de responsabilité sont peu élevés et,
d'autre part, cette position ne nuit pas à la crédibilité
de leur discours chez les militants : Si l'on gagne, c'est grâce
à la pertinence de nos critiques, si l'on perd, c'est que l'on
ne nous aura pas suffisamment écouté.
Jusqu'à quand perdurera ce « grand écart » au
sein du parti ? L'usure du pouvoir et les inévitables et dures
réalités économiques et sociales, inhérentes
à l'entrée de la Bulgarie dans l'UE, pourraient conduire
à des changements au sein de la Gauche. Quelques optimistes dans
le camp de la Droite espère que ce qui s'est passé ailleurs
en Europe centrale pourra se réaliser également en Bulgarie.
La candidature du vieux général Petrov - tel un « bon
berger » du troupeau - n'aurait finalement pour objectif que
de ramener au « bercail » les brebis communistes égarées
en 2005 du côté d'Ataka et d'affaiblir ce mouvement qui deviendrait
alors plus classiquement « d'extrême droite » ! Il n'est
pas non plus interdit de penser que quelques « intérêts
économiques amis » jouent avec cette candidature une carte
d'influence interne.
L'implication de l'Union européenne
L'Union européenne a remarquablement su jouer de son influence
depuis quelques mois. Par quelques signaux, parfois directs, parfois discrets,
elle semble même avoir choisi son camp : celui de la plus grande
stabilité politique possible en Bulgarie. Force est de constater
que la Droite n'offre pas cette alternative aujourd'hui !
Après avoir fermement mis l'épée dans les reins du
Premier ministre socialiste, le 16 mai 2006, par la publication d'un rapport
intermédiaire menaçant, la décision annoncée
ce 26 septembre 2006 de faire rentrer la Bulgarie le 1er janvier 2007
indique qu'elle prend acte de la volonté politique du gouvernement
de coalition de mettre en accord ses paroles sur la plan extérieur
avec ses actes sur le plan intérieur.
La Commission n'a pourtant pas été dupe. Il n'était
pas question de « donner un chèque en blanc »
à l'actuelle coalition à partir du 1er janvier 2007. Beaucoup
reste encore à faire et l'Europe a pris la précaution de
signaler, d'une part, qu'elle exercerait sa vigilance pendant plusieurs
années après l'adhésion et, d'autre part, qu'elle
se réservait le droit de prendre des mesures de sauvegarde en cas
de dérapage.
L'invitation du président G. Parvanov, le 20 octobre 2006, deux
jours avant le 1er tour des élections présidentielles, à
un sommet européen à Lahti, est de nature à donner
l'impression à l'opinion publique bulgare que l'Union européenne
« adoube » le candidat favori des électeurs et lui
accorde un « petit plus » susceptible de faciliter
sa réélection.
Notes :
(1) Depuis 15 ans environ, une polémique agite
régulièrement les spécialistes des élections
en Bulgarie, notamment au sujet de ce que le professeur M. Konstantinov
(proche du SDS) appelle les « électeurs fantômes ».
Après les dernières élections législatives,
qui montrèrent que l'immense majorité des Bulgares
d'origine turque vivant en Turquie était venue, par bus entier,
voter pour les candidats du DPS, les mouvements nationalistes ont protesté
contre ce qu'ils qualifient de « tourisme électoral
organisé ».
(2) Selon l'Institut national des statistiques, 38,8
% des retraités reçoivent une pension d'environ 100 Leva
(50 euros) ou moins ; 15 % de 100 à 120 leva, 32.7 % de 120 à
200 leva, 13.4 % de 200 à 420 leva et 0.5 % au dessus de 420
leva - c'est-à-dire environ 12 825 personnes.
(3) Bien que faisant partie de l'opposition, les
partis de droite semblent encore plus discrédités : 85,4
% des sondés déclarent qu'ils font « plutôt
pas confiance » au SDS de P. Stoyanov et 87,2 % au DSB de I. Kostov
!
(4) Dont la création officielle est prévue
pour début décembre et qui devrait finalement s'intituler
le GER (prononcer GUER, Citoyens pour le développement européen)
car la législation sur les partis interdit l'utilisation du nom
du pays dans les appellations politiques.
Election présidentielle de 2006 en Bulgarie.
Les candidats >>
Mis en ligne le 30 septembre 2006
|